La France et le Japon partagent plusieurs problématiques similaires en matière de transition énergétique : comment accélérer le développement des énergies renouvelables, comment réduire le contenu carbone de la production énergétique, comment renforcer l'efficacité énergétique, comment adapter les réseaux de distribution d'énergie et mobiliser de nouveaux vecteurs énergétiques... Les objectifs sont également partagés : lutter contre le changement climatique et renforcer l'indépendance énergétique, tout en maîtrisant le coût de l'énergie.Dans ce contexte, et compte-tenu des importantes évolutions du contexte international au cours des dernières années (Accord de Paris, Agenda 2030...), les deux pays ont convenu de relancer en janvier 2019 un dialogue bilatéral sur les politiques énergétiques. La première réunion a permis d'identifier des sujets d'intérêt commun, tels que l'éolien en mer ou encore l'hydrogène, dans un contexte de révision des politiques énergétiques nationales.La p

La France et le Japon partagent plusieurs problématiques similaires en matière de transition énergétique : comment accélérer le développement des énergies renouvelables, comment réduire le contenu carbone de la production énergétique, comment renforcer l'efficacité énergétique, comment adapter les réseaux de distribution d'énergie et mobiliser de nouveaux vecteurs énergétiques... Les objectifs sont également partagés : lutter contre le changement climatique et renforcer l'indépendance énergétique, tout en maîtrisant le coût de l'énergie.

Dans ce contexte, et compte-tenu des importantes évolutions du contexte international au cours des dernières années (Accord de Paris, Agenda 2030...), les deux pays ont convenu de relancer en janvier 2019 un dialogue bilatéral sur les politiques énergétiques. La première réunion a permis d'identifier des sujets d'intérêt commun, tels que l'éolien en mer ou encore l'hydrogène, dans un contexte de révision des politiques énergétiques nationales.

La précédente réunion de ce dialogue, piloté par le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire (MTES) côté français et le Ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie (METI) côté japonais, s'était tenue en 2014, à Tokyo - trois ans après l'accident de Fukushima et un an avant la COP21 et l'Accord de Paris. Pour la relance du dialogue, matérialisée par une réunion organisée le 25 janvier 2019 à Paris, les deux pays ont souhaité donner la priorité aux questions de développement des énergies renouvelables, de technologies de stockage, d'efficacité énergétique et de sécurité d’approvisionnement en gaz. Outre le MTES, la délégation française incluait le Ministère de l'Economie et des Finances (Direction Générale du Trésor), le Ministère de l'Europe et des Affaires Etrangères, et l'Ambassade de France au Japon (service économique régional). La délégation japonaise était constituée de représentants du METI, dont le commissaire adjoint de l'énergie et des ressources naturelles, Atsushi Taketani, ainsi que de l'agence publique NEDO.

Présentation des politiques énergétiques nationales

Le MTES a présenté la politique énergétique et les objectifs en matière de transition énergétique de la France : stratégie nationale bas-carbone (avec une cible de neutralité carbone en 2050) et programmation pluriannuelle de l'énergie, dont le projet était publié le jour même pour consultation. Ont été évoquées les mesures de réduction des consommations en particulier dans le logement (y compris le bâti ancien) et le transport, la sortie complète du charbon, les objectifs d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables dans l'industrie. Le développement des bioénergies (biogaz, biocarburant), prenant en compte les interactions avec l'agriculture et les forêts a été présenté comme un moyen supplémentaire de mobiliser des sources renouvelables. La délégation française a en outre confirmé la trajectoire sur le nucléaire, qui doit être compatible avec les attentes économiques et sociales : une réduction des capacités mais une source d'énergie qui restera importante pour la France.

Le METI a présenté le cinquième plan fondamental de l'énergie, publié en juillet 2018, et réaffirmé l'importance des "3E+S" (Energy security, Economic Efficiency, Environment + Safety) - insistant sur le "S" pour sûreté, priorité absolue. Ce plan prévoit ainsi d'augmenter d'ici 2030 la part du renouvelable, de redémarrer les centrales nucléaires et de promouvoir l'efficacité énergétique, l'hydrogène et les technologies de stockage de l'énergie. Les énergies fossiles sont définies dans ce plan comme ayant un rôle majeur à jouer durant la période de transition menant à une société décarbonée. A l'horizon 2030, le METI ambitionne ainsi que le mix électrique soit composé à hauteur de 56% d'énergies fossiles (27% GNL, 3% pétrole, 26% charbon), 22-24% de renouvelables et 20-22% de nucléaire.

La présentation japonaise s'est concentrée sur la question de la production d'électricité - priorité jusqu'en 2030. L'horizon 2050 a également été évoqué, avec l'objectif d'éliminer les centrales à charbon les moins efficaces, la volonté de développer l'utilisation du carbone capturé et stocké (CCUS), et de travailler sur systèmes énergétiques décentralisés, le développement énergétique régional, et la mobilisation des énergies renouvelables pour la production de chaleur/froid et dans les transports.

Soutien au développement des énergies renouvelables

La délégation japonaise a présenté sa politique nationale de soutien aux énergies renouvelables, centrée sur l'électricité. Depuis l'introduction en 2012 d'un système de tarifs d'achat bonifiés pour l'électricité renouvelable, le gouvernement japonais a pu constater une augmentation annuelle de 22% de la puissance renouvelable installée, et en particulier un très fort développement du photovoltaïque qui représentait en 2017 44,5GW sur les 61,8 GW totaux d'énergies renouvelables.

A l'horizon 2030 les objectifs pour les énergies renouvelables sont les suivants (en part du mix électrique) :

  • Géothermie : 1 à 1,1%
  • Biomasse : 3,7 à 4,6%
  • Eolien : 1,7%
  • Solaire photovoltaïque : 7%
  • Hydroélectricité : 8,8 à 9,2%

Le Japon est cependant confronté à différents défis sur le secteur des énergies renouvelables :

  • Le coût de production du photovoltaïque au Japon reste très élevé (2 fois plus qu'en Europe)
  • Le développement des énergies renouvelables s'est surtout concentré sur le photovoltaïque aux dépens d'autres énergies comme l'éolien
  • Le Japon est marqué par une séparation géographique importante entre les zones de forte demande énergétique et les zones propices à la production d'électricité renouvelable solaire et éolienne. Ceci est combiné à une faible flexibilité du réseau électrique.

Afin de répondre à ces défis et pouvoir positionner les renouvelables comme une source principale d'électricité, le Japon souhaite notamment travailler à la flexibilité du réseau électrique et promouvoir davantage l'éolien offshore, comme en atteste la loi de promotion de l'éolien offshore votée en 2018. Le gouvernement doit désigner des zones de promotion de l'éolien offshore, dans lesquelles des appels d'offres seront émis pour un usage exclusif du périmètre pour une durée allant jusqu'à 30 ans.

La délégation française a présenté l’évolution des mécanismes de soutien aux énergies renouvelables en France, incluant l'électricité renouvelable (dont les récentes simplications pour les projets éolien terrestres) mais également la chaleur renouvelable et le gaz renouvelable. Elle a également présenté la situation de l’éolien offshore en France, le potentiel mobilisable et les cibles à court terme, les prochains appels d’offre, la modernisation des procédures, ainsi que les projets dans le domaine de l’offshore flottant - dont le démonstrateur Floatgen.

Floatgen, première éolienne en mer en France

En savoir plus sur la politique du Japon en matière d'énergies renouvelables :

Hydrogène, stockage, réseaux

Sur le sujet des batteries, la délégation française a notamment présenté le projet Ringo porté par RTE, qui doit permettre de répondre à des pics momentanés de production sans construire de nouvelles lignes qui surdimensionneraient le réseau. Le plan stratégique énergétique du Japon tient compte de l'intérêt du stockage à l'aide de batteries pour la transition énergétique. La NEDO a en outre présenté ses projets et réalisations en Europe combinant batteries et systèmes intelligents, dont l'opération Lyon Smart Community en France, un système de batteries à grande échelle en Allemagne, un smart grid en Pologne, un système basé sur le cloud en Slovénie et un dispositif de demand response au Portugal. 

Concernant l'hydrogène, la délégation japonaise a présenté la stratégie nationale visant à réaliser la "société hydrogène" d'ici 2040, avec une première étape autour des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Le développement de ce vecteur de stockage et distribution d'énergie doit répondre aux 3 "E" qui structurent la politique énergétique japonaise ("Environment",  "Energy Security", "Economic Affordability"). L'objectif est de positionner l'hydrogène comme une nouvelle option énergétique de premier plan et de baisser son coût à 3 dollars le kilogramme d'ici 2030, 2 dollars d'ici 2050. Même s'il existe un projet de production d'hydrogène à partir de sources renouvelables dans la région de Fukushima, l’hydrogène visé par le Japon n’est toutefois pas exclusivement vert (approvisionnement depuis l'Australie en hydrogène produit à partir de charbon brun avec CCS et depuis le Brunei en hydrogène produit à partir de gaz naturel). Cherchant à se positionner en leader mondial, le Japon a organisé le 23 octobre 2018 à Tokyo une réunion des ministres de l'énergie centrée sur l'hydrogène, visant à fédérer les participants autour du développement de l'hydrogène au niveau mondial. Le METI a insisté sur la volonté du Japon de coopérer sur l'hydrogène.

La délégation française a présenté le contexte français en la matière et le plan hydrogène annoncé par le gouvernement à l'été 2018, qui vise à combiner mobilisation de l'hydrogène et développement des énergies renouvelables.

En savoir plus sur la stratégie du Japon pour l'hydrogène :

Efficacité énergétique

La délégation japonaise a présenté la politique du pays. L'objectif de réduction de la demande d'énergie par une amélioration de la l'efficacité énergétique est de -35% d'ici 2030 par rapport à 2012.  Si le secteur industriel et celui des transports sont depuis longtemps visés par des mesures ("Top Runner program", mise en place dans les entreprises d'"energy managers" diplômés), les bâtiments font aujourd'hui l'objet d'une attention accrue (introduction du "Top Runner program" pour les matériaux d'isolation des bâtiments et obligation "Zero Emission Building" pour les bâtiments publics construits à partir de 2020). Sur le bâtiment existant, le METI a évoqué l'existence de subventions pour la rénovation, sans toutefois faire état d'une politique d'ensemble sur la question de l'efficacité énergétique du bâti ancien.

La France a présenté les Certificats d'Economie d'Energie et les grands dispositifs d'aide qui existent pour le renforcement de l'efficacité énergétique dans l'industrie, notamment les mécanismes mis en oeuvre par l'ADEME tels que le fonds chaleur et le soutien à des travaux de recherche (thèses).

Sécurité de l'approvisionnement en gaz

La partie japonaise a présenté sa stratégie de développement du gaz naturel liquéfié (GNL), dans un contexte d'évolution du marché vers des contrats de court-terme et des prix déconnectés du cours du pétrole. En raison de la forte demande japonaise en GNL et de la proximité du pays avec les routes de commerce du GNL, le Japon souhaite être reconnu à partir des années 2020 comme une plaque tournante des transactions en Asie et à l'international. La délégation japonaise a réaffirmé que le gaz naturel continuera à être un pilier incontournable de la politique énergétique du pays. L'objectif du Japon est d'introduire plus de flexibilité et de résilience dans le marché du GNL. Pour cela, et en collaboration avec d'autres pays (notamment Europe, Inde), le Japon souhaite agir sur la flexibilité des contrats de GNL, la transparence des prix et l'amélioration des infrastructures.

La partie française a présenté la réforme du stockage du gaz en France, avec douze installations souterraines visant à assurer la sécurité en approvisionnement. Le METI a indiqué ne pas disposer de système équivalent au Japon.

Instances multilatérales (G7, G20, Agence Internationale de l'Energie)

G20 Japon 2019Le METI a évoqué brièvement ses intentions pour le G20 sous présidence japonaise et rappelé la tenue d’une réunion ministérielle conjointe énergie-environnement, les 15 et 16 juin à Karuizawa. Le Japon souhaite notamment mettre l’accent sur l’innovation dans les technologies de l’énergie.

La délégation française a évoqué la présidence française du G7 et l'organisation d'une réunion ministérielle G7 environnement, les 5 et 6 mai à Metz. Elle a également rappelé l'intérêt de la France pour la finance verte, avec des discussions menées au niveau européen, et l'émission au niveau national d'obligations vertes. Le Japon a confirmé son intérêt pour les politiques de finance verte de la France.

La réunion a également permis un rapide échange sur les sujets de réflexions en cours à l’AIE.

Conclusion

Les deux délégations se sont félicitées de la tenue de cette réunion qui a permis de relancer des échanges nourris sur les politiques énergétiques respectives des deux pays. Le METI a exprimé le souhait de poursuivre ces travaux sur une base annuelle et a invité le MTES à tenir la prochaine réunion à Tokyo début 2020. Au vu des coopérations existantes et des perspectives de coopérations industrielles, évoquées tout au long de la journée en complément des échanges sur les politiques publiques, en particulier dans le domaine des énergies renouvelables (éolien offshore notamment, thème faisant également écho au dialogue maritime global franco-japonais, annoncé en janvier 2019) et de l'hydrogène, la France a également évoqué la possibilité d'inclure des entreprises dans le prochain groupe de travail.

En permettant des échanges directs entre les ministères français et japonais en charge de l'énergie, ce dispositif de dialogue global sur l'énergie vient utilement compléter une palette d'outils de coopération institutionnelle bilatéral déjà large, incluant notamment le dispositif de coopération sur le nucléaire civil, les échanges entre les agences ADEME et NEDO (depuis 1991), le groupe de travail pour la coopération industrielle franco-japonaise dans les nouveaux systèmes énergétiques (entre la Direction Générale des Entreprises et le METI), ainsi que les dispositifs d'échanges entre le MTES et les autres ministères japonais - ville durable (MLIT), construction (MLIT), transport aérien et aviation (MLIT et METI), société bas carbone et environnement (MOE).

La NEDO et l'Ambassade de France au Japon ont en outre convenu de l'intérêt de poursuivre le développement des échanges entre collectivités françaises et japonaises sur ces sujets, dans un contexte de décentralisation des systèmes énergétiques.