Le solaire photovoltaïque est considéré comme la ressource renouvelable la plus prometteuse au Japon et disposant du plus fort potentiel de développement, avec une évolution prévue de 4,6% en 2016 à 7% du mix électrique en 2030. Alors que le déploiement des capacités solaires photovoltaïques se heurte déjà à des difficultés de taille rendant la réalisation de l’objectif de 2030 incertaine, le solaire thermique fait figure de grand oublié des feuilles de routes du gouvernement japonais malgré les fortes possibilités de croissance identifiées par le METI. Le marché japonais de l’énergie solaire reste tout de même très attractif et de nombreux opérateurs étrangers, dont trois entreprises françaises, se sont implantés avec succès au Japon avec l’intention de développer leurs activités solaires sur le territoire japonais, ou dans des pays tiers en coopération avec le secteur privé japonais.

1. Des objectifs de développement ambitieux pour le solaire photovoltaïque

Solaire

1.1 L’énergie solaire photovoltaïque, deuxième source renouvelable développée au Japon (après l’hydraulique), représente 4,3% du mix électrique de 2016, avec près de 43 GW de capacités totales installées selon les données du METI. L’objectif de développement des capacités solaires installées a été fixé à 7% du mix électrique à l’horizon 2030, soit une capacité de 64 GW. D’après l’IEEJ[1], grâce aux nouvelles installations réalisées en 2017, la capacité atteint désormais 47 GW (dont 37 GW de solaire PV non résidentiel et 9 GW de solaire PV résidentiel).                                                                                                                 

1.2 Les tarifs d’achat définis par le gouvernement japonais figuraient parmi les plus favorables dans le monde de 2012 à 2017 du fait, en partie, du prix plus élevés des panneaux et de leurs installations coûteuses au Japon. Le nombre d’installations photovoltaïques s’est envolé en réaction à la mise en place de ces tarifs d’achat très attractifs. Cette augmentation de projets s’explique également par l’absence d’obligation de réaliser une étude d’impact environnemental, étape très longue et stricte au Japon, dans le cadre d’un projet solaire, la facilité d’installation des panneaux et la baisse progressive de leur coût depuis 2012. Le rythme d’accroissement sur la période 2012-2017 est bien plus rapide que celui qui est nécessaire pour atteindre l’objectif 2030.

Solaire 1.3 La libéralisation du marché de l’électricité a également joué un rôle moteur dans le développement du solaire au Japon, avec une forte augmentation d’investissements du secteur privé japonais, principalement les nouveaux entrants au sein du marché de l’électricité, pour la construction de centrales photovoltaïques sur l’archipel, à l’image des groupes Softbank, Showa Shell et Orix. Le groupe Softbank a intégré le réseau de distribution d’énergie à la suite de la dérégulation du marché japonais de l’électricité, en mai 2016, et ambitionne de développer l’énergie solaire dans le cadre de sa stratégie énergétique en vue d’attirer une clientèle concernée par l’environnement. Le groupe japonais prévoit de vendre de l’électricité générée à 60% par des ressources renouvelables et possède déjà 31 sites de production au Japon, dont certains en construction. Orix a annoncé de son côté son intention de consacrer près de 100 Mds de JPY (874 M USD) sur deux ans dans la construction de centrales photovoltaïques au Japon afin de tirer profit de la hausse de la demande dans le secteur des énergies renouvelables. Le groupe financier a déjà installé près de 990 MW de capacités solaires au Japon, avec la construction de 113 sites photovoltaïques sur l’archipel.

1.4 Stimulé par la mise en place de tarifs d’achat particulièrement avantageux, le solaire photovoltaïque semble s’être développé beaucoup trop vite par rapport à l’objectif annoncé par le gouvernement japonais. L’objectif de 2030 sera très largement dépassé si le rythme qui a été amorcé pendant la période 2012-2017 se poursuit. Cette évolution s’est faite au détriment des objectifs fixés pour les autres énergies renouvelables, dont le développement pourrait prendre du retard par rapport au mix électrique cible de 2030. En 2017, le gouvernement a réduit les tarifs d’achat sur le solaire photovoltaïque en vue d’alléger les coûts qui se répercutent lourdement sur les consommateurs d’électricité. Un soutien du gouvernement restera néanmoins nécessaire pour maintenir un déploiement des capacités solaires jusqu’au 64 GW prévu en 2030, notamment en raison des contraintes liées au manque d’espace disponible, la capacité limitée du réseau électrique et les faibles possibilités de stockage de l’énergie.

 
2. Le solaire thermique absent des feuilles de routes et stratégies énergétiques japonaises

2.1 Les panneaux solaires thermiques, utilisés pour chauffer l’eau ou l’air, ont été très populaires au Japon dans les années 1980, suite aux chocs pétroliers. Toutefois, ils ont perdu leur popularité face à la baisse des prix de l’énergie à partir des années 90, passant de 830 000 unités installées par an à 30 000 unités en 2016. Les panneaux solaires photovoltaïques sont aujourd’hui plus répandus que les panneaux thermiques au Japon car ils permettent de produire de l’électricité et de la revendre en bénéficiant des tarifs d’achat. La technologie solaire thermique présente en revanche une meilleure efficacité énergétique que le solaire photovoltaïque (40% d’efficacité pour le solaire thermique contre 10% pour le solaire photovoltaïque). Les applications résidentielles offrent également des opportunités inexplorées par les politiques et le secteur privé japonais, la moitié de la consommation des ménages japonais étant représentée par le chauffage (22%) et l’eau chaude (29%). Actuellement, la plupart des infrastructures solaires thermiques sont installées dans des hôpitaux et d’autres infrastructures publiques, la taille des infrastructures solaires thermiques rendant une installation dans les résidences plus difficiles. Une solution à ce problème serait de combiner des installations solaires thermiques avec des installations photovoltaïques pour économiser de la place. 

2.2 Le déploiement du solaire thermique n’est pas détaillé dans les feuilles de route du METI et aucun objectif chiffré n’a été fixé pour le moment. Le développement des applications solaires thermiques est toutefois mentionné dans un rapport portant sur l’utilisation de l’énergie pour le chauffage urbain[2], rédigé en 2009 par un comité formé par l’ANRE. Ce rapport identifie le solaire thermique comme une énergie renouvelable qui peut être utilisé de manière permanente et qui dispose d’un fort potentiel de développement au Japon. Le solaire thermique peut constituer une énergie produite et consommée localement, contribuant à l’autonomie des régions japonaises en termes d’approvisionnement énergétique. Cette ressource est également compatible avec la production d’énergies thermiques, les panneaux solaires pouvant collecter la chaleur générée par des centrales à flamme avec une efficacité énergétique supérieure au solaire photovoltaïque, à des coûts raisonnables. Le rapport propose d’encourager les opérateurs énergétiques à se tourner progressivement vers les énergies renouvelables en couplant leurs installations thermiques avec des infrastructures solaires thermiques. Les principales utilisations du solaire thermique valorisées dans le rapport sont les applications froid/chaleur et l’approvisionnement en eau chaude.

Malgré ce rapport encourageant, la problématique de la production de chaleur renouvelable n’étant pas abordée dans la politique énergétique japonaise actuelle (concentrée sur la question électrique, encore plus depuis le choc de Fukushima en 2011), aucune action ambitieuse n’est menée pour traiter les freins techniques ou économiques qui pénalisent le solaire thermique au Japon.


[1] Institute of Energy Economics Japan

[2] Policy proposal by Urban Heat Energy Committee of Advisory Committee for Natural Resources and Energy