Situation économique et financière des Emirats Arabes Unis

La performance économique des Emirats arabes unis a de ralenti en 2017, tout en restant néanmoins au-dessus de la moyenne du CCEAG, sous l’effet conjugué de l’encadreement de la production pétrolière (Accord de Vienne) et d’un ralentissement de la croissance hors hydrocarbures. L'année 2018 devrait marquer une réelle reprise, soutenue par la remontée des prix du pétrole, la relance des investissements dans les hydrocarbures et le dynamisme des autres secteurs, en liaison notamment avec les grands projets conduits dans la perspective de l’Exposition universelle Dubai 2020 .

 

Une économie encore centrée sur les hydrocarbures, mais une diversification déjà bien avancée

 

Deuxième économie du Golfe derrière l’Arabie Saoudite, la Fédération des EAU, dont le PIB a atteint 377 Mds $ en 2017, est dominée par l’Emirat d’Abu Dhabi (un peu plus de 60% du PIB total). Celui-ci assure plus de 90 % de la production d’hydrocarbures et gère la quasi-totalité de l’épargne accumulée dans les fonds souverains (1300 Mds $ d’actifs sous gestion au total, dont près de 830 Mds $ pour ADIA et 125 Mds $ pour Mubadala). Fin 2017, la population s’élève à 10,1 M d’habitants, dont seulement 12% de « nationaux ». Le PIB par habitant s’élève à 37 226 $ en 2017.

4ème producteur pétrolier de l’OPEP (2,9 millions de barils/jour en 2017), au 6ème rang pour les réserves mondiales (98 Mds de barils), 14ème producteur mondial de gaz (7ème rang pour les réserves), les EAU sont parvenus à réduire la dépendance de l’économie aux hydrocarbures grâce au développement d’une plate-forme de services dès le début des années 1980, notamment à Dubaï (tourisme, activités portuaires et aéroportuaires, les réexportations de biens représentant 35% des exportations totales). Aujourd’hui, le secteur des hydrocarbures représente moins de 20 % du PIB.

 

Une reprise de l’activité attendue en 2018, tirée par les grands projets d’infrastructures et la remontée des cours des hydrocarbures

Les Emirats arabes unis ont enregistré un ralentissement de l’activité économique en 2017, la croissance ayant atteint 0,5 % (estimation du FMI) à 1,5 % (estimation Banque centrale), après un rythme de 3 % en 2016.

Le PIB « hydrocarbures » s’est contracté de -2,5 % en 2017. Partie à l’accord de Vienne de plafonnement de la production pétrolière en qualité de membre de l’OPEP, les Emirats arabes unis ont réduit volontairement leur production de 2 % au cours de l’année 2017. Une fois cette contrainte volontaire levée, ce secteur présentera des perspectives de croissance soutenues, en lien avec les annonces d’investissement de la compagnie pétrolière Abu Dhabi National Oil Company visant à rehausser ses capacités de production (de gaz notamment) en amont et à développer ses activités de raffinage et sa production pétrochimique en aval.

La croissance du segment « hors hydrocarbures » de l’économie a ralenti, passant de 2,7 % en 2016 à 1,9 % en 2017. Elle est restée positive sur plusieurs secteurs d’activité :

 

  • Au sein de l’Emirat de Dubaï, le trafic aérien et le fret maritime ont progressé en 2017, tirés par une croissance mondiale plus soutenue, même si la progression du trafic de passagers a ralenti en 2017 en raison notamment de la fermeture de liaisons aériennes avec le Qatar.

 

  • La fréquentation touristique est restée dynamique à Abu Dhabi comme à Dubaï en 2017. Les arrivées des touristes d’Inde, premier pays de provenance aux Emirats arabes unis, de Russie et de Chine ont fortement augmenté en 2017, ceux-ci bénéficiant depuis fin 2016 de modalités d’obtention de visa facilitées. Au contraire, le ralentissement économique dans le Golfe a entraîné une baisse du nombre de touristes venant du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe.

 

  • Si le secteur de la construction a contribué positivement à l’activité économique, la baisse des prix immobiliers observée à Dubaï depuis 2014 s’est poursuivie en 2017 malgré une reprise du volume des transactions. Celle-ci devrait être amenée à se prolonger alors que la croissance de la construction se poursuit à un rythme rapide dans la perspective de l’Expo 2020.

Une reprise plus soutenue est prévue pour 2018 (+2 %). La mise en place de la TVA constitue un facteur de risque, l’activité ayant enregistré un ralentissement sur les premiers mois de 2018, notamment dans la distribution. A moyen terme, l’activité économique aux Emirats arabes unis devrait bénéficier de la reprise de l’économie mondiale et des grands projets soutenus par le gouvernement : Exposition Universelle 2020 à Dubaï (avec notamment l’extension du métro), construction de l’aéroport international Al Maktoum et diversification du mix énergétique.

 

Déficitaires depuis 2015, les comptes publics s’améliorent légèrement

 

Fragilisés par la baisse des cours des hydrocarbures (représentant 43 % des recettes budgétaires en 2017), les comptes publics des Emirats arabes unis sont passés d’un excédent de 1,9 % du PIB en 2014 à un déficit de -2,5 % du PIB en 2016. Une amélioration a été enregistrée en 2017 (-1,8 % du PIB) et devrait se poursuivre pour 2018 (-1,4 % du PIB selon le FMI).

Les autorités devraient voir augmenter les recettes liées aux hydrocarbures avec la remontée des cours et les recettes hors hydrocarbures grâce aux diverses taxes instituées depuis 2016 (aéroportuaires, municipales, hôtelières, contrats de location des expatriés) auxquelles s’ajoutent la TVA ainsi que les droits d’accises élevés sur le tabac et les boissons énergétiques (100 %) et les boissons gazeuses (50 %), depuis octobre 2017. Sur le plan des dépenses, des mesures d’économie (notamment des réductions sur les subventions sur l’eau, l’électricité et l’essence) ont permis de réduire les dépenses publiques en 2017. Une hausse des dépenses est néanmoins attendue pour 2018, des plans de relance économique ayant été annoncés à Dubaï et à Abu Dhabi.

Les Emirats arabes unis disposent encore de très larges réserves financières : les avoirs externes de la Banque centrale (95 Mds $ fin 2017), les dépôts du gouvernement auprès des banques émiriennes (55 Mds $ en janvier 2018) et les actifs sous gestions des fonds souverains (1 300 Mds USD en février 2018). La situation financière reste donc solide, la trajectoire de la dette semblant s’être stabilisée à un niveau avoisinant 19 % du PIB, même si la situation de l’Emirat de Dubaï est bien plus fragile qu’à Abu Dhabi (poids de la dette liée à la crise 2008-2009).

Les EAU parviennent à assurer leurs besoins de financement sans difficulté particulière, avec un recours au secteur bancaire en 2015, des transferts depuis les fonds souverains et la réalisation de deux émissions souveraines sur les marchés internationaux (10 Mds USD par l’Emirat d’Abou Dhabi en octobre 2017 et 1 Md USD par l’Emirat de Sharjah en mars 2018), largement sursouscrites.

 

Les comptes extérieurs sont restés excédentaires malgré la baisse des prix des hydrocarbures

 

Les Emirats arabes unis sont le seul Etat du Golfe à avoir maintenu un excédent de la balance des paiements courants malgré la baisse des prix des hydrocarbures. La part des hydrocarbures dans les exportations est relativement limitée à l’aune régionale (18,5 % en 2017), l’économie émirienne (Dubaï en particulier) étant plus diversifiée que les autres pays de la région et constituant un centre de régional majeur de réexportation. La balance des paiements est également restée excédentaire.

L’excédent courant a tout de même été ramené de 74 Mds USD en 2013 (19 % du PIB) à 5 Mds USD en 2016 suite à une baisse équivalente des exportations d’hydrocarbures. La balance des services, chroniquement déficitaire d’environ 20 Mds USD, et les transferts des expatriés vers leurs pays d’origine (d’environ 35 Mds USD en 2017) contribuent à diminuer l’excédent courant. Ce dernier s’est établi à 18 Mds USD en 2017 et devrait se maintenir à près de 22 Mds USD en 2018 et en 2019 selon les prévisions du FMI.

 

Le secteur bancaire demeure solide malgré un ralentissement du crédit en 2017

 

Les actifs du secteur bancaire émirien s’élèvent à 734 Mds USD fin 2017 (183 % du PIB). Ce secteur a connu une évolution dynamique en 2017 (+ 3 %) et en 2016 (+ 5,5 %), tiré par les acquisitions de titres étrangers alors que l’encours de crédit au secteur privé n’a progressé que modestement en 2017 (+ 0,9 % après +5,8 % en 2016). Les résultats des banques devraient bénéficier de la hausse des taux d’intérêt résultant du relèvement du taux directeur de la Réserve fédérale américaine. Les banques commerciales émiriennes disposent d’une capitalisation prudente et ont accru leurs liquidités.

National Bank of Abu Dhabi (2ème émirienne par la taille de ses actifs) et First Gulf Bank (3ème banque émirienne) ont fusionné en 2017 pour créer First Abu Dhabi Bank (FAB), désormais la première banque émirienne et deuxième banque du Golfe.

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