Conjoncture économique

Economic Overview

Introduction

 

En 2025, la croissance économique des Émirats arabes unis s’accélère par rapport à 2024, consolidant la position du pays en tête des performances régionales. Le pays conserve un profil macroéconomique solide, porté par d’importantes réserves financières, des ratios d’endettement limités et sous contrôle, une balance courante largement excédentaire, un secteur bancaire stable, des investisseurs internationaux confiants et l’ancrage du dirham au dollar. La volatilité des marchés pétroliers réaffirme la nécessité d’une diversification de l’économie émirienne, engagée à la fois par des investissements dans des secteurs de pointe (IA, santé) et par des réformes structurelles. 

Chiffres Clefs

Croissance réelle

du PIB

6,2 % en 2025

Pétrole: 4,1 %

Hors pétrole: 6,8 %

Production de pétrole

3,12 Mb/j

Capacité: 4.85 Mb/j

Excédent Budgétaire

5,1 % du PIB

Prix du baril pour l'équilibre budgétaire: 45,7 USD/baril

1. Une fédération de sept émirats dominée par Abu Dhabi et Dubaï

Emirates Map

Indépendants depuis 1971, les EAU sont une fédération composée de sept émirats – Abu Dhabi et Dubaï étant les deux plus importants. Cette fédération est dirigée par le Conseil suprême réunissant les sept émirs qui élit pour cinq ans le Président (issu de la famille royale d’Abu Dhabi, les Al Nahyan) et le Premier ministre (issu de la famille royale de Dubaï, les Al Maktoum), et désigne les membres du conseil des ministres. Chaque émirat dispose de son propre gouvernement et conserve une large autonomie notamment en matière budgétaire et économique. Cet éclatement du pouvoir explique les divergences de stratégie constatées par exemple entre Abu Dhabi et Dubaï en matière de politique de diversification. Depuis le sauvetage de Dubaï en 2010, Abou Dhabi exerce toutefois une influence croissante sur ses voisins et oriente de plus en plus les priorités économiques et stratégiques du pays. La population est évaluée à 11,4 M d’habitants dont environ 90 % d’expatriés. Le PIB nominal était de 571,64 Md USD en 2025, au 31ème rang mondial (entre la Thaïlande et la Norvège). Exprimé par habitant et en parité pouvoir d’achat, le PIB atteint 83 340 dollars internationaux en 2025.       

2. Une accélération de la croissance en 2025

La croissance économique réelle s’intensifie en 2025 et a atteint 6,2 % en 2025 selon la Banque Centrale émirienne (CBUAE). L’année 2024, avec ses 4,0 % de croissance, marquait une normalisation de l'activité après le pic de croissance de 2022. Le FMI revoit à la baisse ses projections pour 2026, à 3,1 %, sous l’effet combiné des perturbations de la production et des exportations pétrolières liées à la fermeture du détroit d’Ormuz, et des répercussions de la guerre sur l’activité non pétrolière, en particulier le tourisme, le transport aérien, l'immobilier et la confiance des investisseurs.

Le secteur pétrolier est en forte hausse en 2025 après une reprise encore modérée en 2024, affichant une croissance réelle de +4,1 % contre 1,0 % en 2024 (CBUAE). Malgré une croissance plus importante du secteur non-pétrolier (+6,8 %), l’économie émirienne demeure dépendante des hydrocarbures qui représentent encore environ un quart du PIB national. Le prix du baril de Brent, estimé en moyenne à 69 USD/baril pour l’année 2025 (EIA), est revu à la baisse pour une troisième année consécutive, sans compromettre l’équilibre budgétaire du pays (prix d'équilibre budgétaire à 45,7 USD/baril). En 2025, la production émirienne annuelle s’établit à 3,12 Mb/j selon l'OPEP, légèrement au-dessus des 2,92 Mb/j enregistrés pour 2024. Début 2026, la production atteignait 3,42 Mb/j en février selon les données OPEP, avant d’être fortement affectée par les répercussions de la guerre et les contraintes d’exportation liées au détroit d’Ormuz et serait tombée à 1,91 Mb/j en mars selon S&P Global. Malgré les coupes de production décidées par l’OPEP+ en 2025 et l’incertitude liée aux tensions géopolitiques régionales, la modération de la demande mondiale ainsi que la hausse de l’offre non-OPEP+ n’ont pas permis de soutenir durablement les prix du pétrole. Ce contexte précède un tournant stratégique pour les EAU, qui ont annoncé leur retrait de l’OPEP et de l’OPEP+ à compter du 1er mai 2026, afin de s’affranchir des contraintes de quotas et de valoriser l’expansion de leurs capacités de production. ADNOC poursuit dans ce cadre un plan d’investissements de 205 Md USD sur 2026-2030, avec l’objectif d’atteindre une capacité de production de 5 Mb/j d’ici 2027. À plus long terme, les EAU disposent désormais de réserves conventionnelles estimées à 120 Md de barils de pétrole et 297 Tcf de gaz, soit environ 8 400 Md m³, les plaçant respectivement au 6e et au 7e rang mondial..

Les Emirats bénéficient d’une croissance réelle non-pétrolière importante, estimée à 6,8 % (CBUAE) en nette hausse par rapport à 2024 (5,0 %). L’indice PMI du pays est supérieur à 50 depuis 2021, indiquant une croissance continue de l’activité non-hydrocarbure. Les perspectives pour 2026 sont revues à la baisse sous l'effet d'un ralentissement de l'ensemble des secteurs non-pétroliers en raison de la guerre Iran-US. Le pays pratique une politique de diversification économique volontariste pour développer des secteurs de pointe à grands renforts d’investissements et de législations favorables (Places financières off-shore, régulations innovantes dans la fintech…).

 

Dubaï, symbole de la diversification

Le dynamisme économique se confirme ainsi à Dubaï dont l’économie repose sur les secteurs non-pétroliers. L’émirat affiche une croissance de 4,7 % dans les 9 premiers mois de 2025 (en g.a.) selon le gouvernement, atteignant 95,7 Md USD, avec une croissance significative dans les domaines du transport et de l'immobilier.

3. Un risque pays très faible : des positions fiscales et externes positives, des acteurs bancaires solides

La position fiscale des Emirats se consolide en 2025, malgré une baisse prolongée des prix du pétrole alors que les hydrocarbures représentent entre 55 et 60 % des revenus du gouvernement. Ce dernier a donc présenté en 2025 un excédent budgétaire de 5,1 % du PIB d’après le FMI (contre 6,4 % en 2024). La création d’un impôt sur les sociétés ainsi que l’introduction d’un impôt minimum complémentaire de 15 % sur les bénéfices des grandes multinationales en 2025, devraient contribuer à renforcer la position fiscale du pays. En outre, le ratio dette publique sur PIB s’établit autour de 34,3 % en 2025 (contre 34,9 % en 2024) selon le FMI. Le service de la dette n’est d’ailleurs pas problématique étant données les importantes réserves d’actifs détenues par le pays via les fonds souverains et les réserves de change de la Banque centrale qui atteignaient environ 292 Md USD en équivalent en décembre 2025. 

Les comptes extérieurs de la Fédération poursuivent également leur très bonne dynamique en 2025. La balance courante du pays serait encore fortement excédentaire en 2025 (15,3 % du PIB selon le FMI, représentant 87,25 Md de dollars), après 15,4 % en 2024 et 14,1 % en 2023. Selon le FMI, la balance courante du pays s’équilibrait en 2024 à partir de 34 USD le baril (le breakeven le plus bas de la région). Un prix bien en deçà de la moyenne annuelle de l’or noir cette année. La dette externe est estimée stable à 93,2 % du PIB (FMI) fin 2025 contre 93,4 % en 2024, mais en forte hausse par rapport à 2023 (84,4 % du PIB). Compte tenu des importantes réserves de change de la Banque centrale et des actifs qui peuvent être mobilisés par les fonds souverains en cas de besoin, la parité fixe du dirham vis-à-vis du dollar US (3,6725 AED / USD, depuis 1997) n’est pas menacée.

Enfin, le secteur bancaire reste stable tout comme ses principaux ratios prudentiels. Les banques du pays sont globalement liquides, prudemment capitalisées et bénéficient encore d’un niveau de taux relativement élevé, malgré l’assouplissement amorcé par la Réserve fédérale américaine et suivi par la CBUAE. En outre, les banques émiriennes ont une confortable position externe nette et continuent d'accueillir de nombreux dépôts domestiques, renforçant ainsi leur structure de financement. Deux éléments de vulnérabilité sont toutefois à surveiller : i) un taux de prêts non-performants assez élevé pour la région et ii) une exposition des banques aux secteurs de la construction et de l'immobilier. 

4. Réformes structurelles : vers une refonte du modèle économique émirien

Au-delà des éléments conjoncturels, le gouvernement émirien a ouvert dans le sillage de la pandémie un cycle majeur de réformes qui visent à redynamiser une économie solide mais fragilisée depuis le milieu de la décennie 2010 par la baisse de la rente pétrolière et par la montée de la concurrence régionale notamment saoudienne. Plusieurs réformes de rupture ont été annoncées et mises en œuvre : alignement sur le weekend occidental, autorisation des investissements étrangers à 100 %, libéralisation du statut des étrangers, introduction d’un impôt sur les sociétés (juin 2023). D’autres accélèrent des tendances déjà à l’œuvre : localisation industrielle, émiratisation, optimisation de la filière hydrocarbure pour aborder la transition énergétique.

Pour renforcer leur rôle de plateforme mondiale, les Emirats ont également lancé ou signé, depuis septembre 2021, des négociations commerciales bilatérales avec une dizaine de pays. Menées au pas de course, elles ont notamment conduit à la signature d’accords de libre-échange avec l’Inde, Israël, la Turquie, l’Indonésie, le Kenya, et plus récemment l'Ukraine.

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