La Suisse est environ 60 % plus chère que ses pays voisins. Cette spécificité touche davantage les prix de la consommation, notamment de services, que ceux de l’investissement. L’îlot de cherté révèle une économie duale : des branches exportatrices très productives aux salaires élevés et un secteur domestique contraint de s’y aligner, tirant durablement les prix à la hausse. Ce modèle reste socialement acceptable grâce à des protections ciblées (agriculture) et aux revenus élevés qu’il engendre.

La Suisse est connue pour être un pays particulièrement cher. Les prix de son économie (indice des prix du PIB) sont environ 60 % plus élevés que la moyenne de l'Union européenne, un phénomène appelé « îlot de cherté » en Suisse. Cette singularité touche surtout la consommation, par rapport à l'investissement, et, au sein de la consommation, les services davantage que les biens.

L'îlot de cherté ne résulte pas d'une inflation récente mais de facteurs structurels, remontant aux années 1970. Il s'accompagne de salaires environ deux fois plus élevés que dans les pays voisins. Cette cherté suisse révèle surtout la dichotomie de l’économie.

Une partie de l'économie de la Suisse est fortement ouverte sur le monde et sa productivité très élevée explique un haut niveau de salaires ; une autre est orientée vers le marché domestique, notamment dans les services, avec peu de concurrence. Le secteur intérieur moins productif doit s'aligner sur le niveau de salaires élevé du secteur compétitif exposé à la concurrence internationale, faisant ainsi grimper le niveau général des prix.

Par ailleurs, le modèle suisse assume de privilégier le producteur sur le consommateur, avec pour finalité de promouvoir la place économique et industrielle helvétique, laissant certains pans de l'économie assez fermés, en mobilisant un fort protectionnisme agricole et une politique de la concurrence moins exigeante que celle qui fonde l'UE.

Le niveau de revenus permet à la majorité des Suisses de disposer d'un pouvoir d'achat très confortable. Certes îlot de cherté, la Suisse est avant tout un îlot de prospérité, tiré de sa réussite à l'export. Paradoxalement, une question demeure sur la pérennité de ce modèle sans le maintien de dispositifs de protection ciblés et d'une moindre concurrence interne. 

 

 TE-379

 

+ Télécharger l'étude complète Trésor-Éco n° 379>>

+ Autres publications à consulter sur le sujet :

+ Voir toute la collection des études Trésor-Éco : Français / English

+ S’abonner à la collection Trésor-Éco : bit.ly/Trésor-Eco