Retrouvez le numéro 240 d'Objectif Afrique

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FOCUS

L' Africa Climate Summit à Nairobi

Du 4 au 6 septembre, le Kenya a accueilli l'Africa Climate Summit avec l’Union africaine, un événement majeur réunissant 19 dirigeants africains, le Secrétaire Général de l'ONU, la présidente de la Commission européenne et près de 20 000 délégués. Cet événement visait à porter une voix et des solutions africaines pour le climat, en amont de la COP-28. En marge de l’évènement, 120 side-events ont eu lieu. Différents partenaires et bailleurs, dont la France, ont soutenu financièrement et techniquement le Kenya dans l’organisation de ce sommet.

Les préoccupations initiales de la société civile, concernant notamment les marchés carbone mis en œuvre dans les pays occidentaux, ont pu en partie être atténuées grâce à la participation au sommet de l'organisation "Pan African Alliance for Climate Justice". Le Président kényan, William Ruto, a défendu la vision de l'Afrique comme porteuse de solutions pour une croissance verte et non comme un continent uniquement récipiendaire d’APD. Il a plaidé pour une répartition équitable des financements climatiques. Il a proposé la création d'une "Banque verte", l’instauration de taxes mondiales sur les énergies fossiles, la suspension du service de la dette des pays en développement pendant 10 ans et l’augmentation des financements nécessaires à l’adaptation et l’atténuation à 500 Mds/an, en rappelant que le continent et le Kenya sont prêts à contribuer.

Une déclaration commune, l’"African Leaders Nairobi Declaration on Climate Change and Call to Action", a été signée par 15 dirigeants africains, promouvant les investissements dans les énergies renouvelables, l'adaptation, l’agriculture et les infrastructures, et promouvant l’instauration d’un régime fiscal mondial pour financer l’action climatique. On peut noter que certains pays africains majeurs, tels que l'Afrique du Sud et le Nigeria, ne l’ont pas encore signé, supposément en raison de préoccupations liées à la taxation carbone.

La participation du secteur privé était limitée malgré les appels à son implication et a été largement surpassée par celle des bailleurs multilatéraux. L'entreprise française Hydrogène de France s'est démarquée avec son engagement dans l'hydrogène vert, tout comme Engie Energy Access, qui a annoncé un partenariat avec le Nigeria et CrossBoundary Access pour la construction de Mini-grids solaires pour 60 M USD.

 

L’Africa Climate Summit à Nairobi

 

L’Union africaine devient membre permanent du G20

A l’occasion du sommet organisé par New Delhi, et sur proposition du président Modi, L'Union africaine est devenue membre permanent du G20. Auparavant désignée comme « organisation internationale invitée », l'Union africaine a désormais le même statut que l'Union européenne, qui était auparavant le seul bloc régional à en être membre à part entière. Auparavant, l'Afrique du Sud était le seul pays africain à faire partie du G20. Pour rappel, L'UA compte 55 membres à part entière (dont six suspendus), représente un PIB de 3 000 Mds USD et englobe une population de 1,4 Md de personnes. L’adhésion de l’UA au G20 témoigne de l’influence croissante du continent africain sur la scène internationale. Pour rappel, en août dernier, l’Egypte et l’Ethiopie intégraient le groupe des BRICS.

 

Afrique de l’Ouest : Le prix du riz à son niveau le plus haut en 15 ans

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la décision de l’Inde - premier exportateur mondial (environ 20,5 Mt par an sur un total de 53,7 Mt exportées sur les marchés mondiaux) - d’interdire à compter du 20 juillet les exportations de riz blanc non-basmati a conduit à une accélération de la hausse des prix. L’indice de référence sur le marché mondial a ainsi bondi de 9,8 % en août pour atteindre son niveau le plus haut en 15 ans. En Afrique de l’ouest, 6 pays font partie des 25 grands importateurs de riz : le Burkina Faso (0,6 Mt), la Côte d’Ivoire (1,4 Mt), le Ghana (0,85 Mt), la Guinée (0,85 Mt) ; le Nigeria (2,1 Mt) et le Sénégal (1,3 Mt). D’autres pays comme la Guinée Bissau, le Libéria et la Sierra Leone sont en outre dépendants de leurs importations de riz pour assurer l’alimentation de base de leurs populations. Cette hausse historique des prix du riz va rendre plus difficile l’accès des populations les plus pauvres à une ration alimentaire de base.

 

Nigéria : 2,4 Mds USD économisés en deux mois grâce à la suppression de la subvention sur les carburants

Cette manne substantielle a été constituée à partir des revenus accumulés en juin et juillet, comme l'a confirmé une source au sein du Comité d'allocation du compte de la Fédération (FAAC). « Le montant a été épargné sur le compte de la fédération [ndlr : auprès de la Banque centrale du Nigeria (CBN)] pour d'éventuels besoins futurs », a déclaré la source. Wale Edun, ministre des Finances et ministre coordinateur de l'économie, a fait part des intentions du gouvernement concernant les fonds économisés. « Le plan est d'utiliser cet argent pour exécuter des projets sans recourir à l'emprunt », a déclaré M. Edun. Le président Tinubu a également insisté sur ce point lors de la 63ème conférence annuelle de l'Association du barreau nigérian (NBA), où il a déclaré que la nation ne pouvait plus soutenir son économie avec un pourcentage écrasant de 90 % des revenus alloués au service de la dette. Lors d'une récente réunion du Conseil exécutif fédéral (FEC), le président a réitéré son engagement à donner la priorité à un environnement macroéconomique stable plutôt qu'à de nouveaux emprunts pour des projets. « L'ère de l'accumulation de dettes est révolue », a affirmé le président Tinubu.

 

Niger : Arrêt de la production d'uranium sur le site de Somaïr

Dans un communiqué publié le 13 septembre, le groupe Orano a indiqué que l’usine de traitement d’uranium de la Société des mines de l'Aïr (Somaïr) a été provisoirement mise en opération de maintenance anticipée en raison de l’amenuisement de ses stocks de produits chimiques. En effet, depuis l’application des sanctions économiques et financières à l’encontre du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) en vigueur depuis le 30 juillet, la fermeture du principal corridor d’approvisionnement du Niger (axe Benin – Niger) perturbe les livraisons vers le site. Selon le groupe, ces dispositions sont prises dans le but d’atténuer l’impact des difficultés logistiques et de permettre la reprise de la production dès que la situation le permettra. Pour rappel, à la suite de la fermeture du site de la filiale du groupe de la Cominak (site d’Akouta) en mars 2021, la Somaïr (site d’Arlit) reste le seul site du groupe en exploitation. Concernant le projet Imouraren, l'un des plus grands gisements d'uranium au monde, le groupe indique que les études et activités se poursuivent normalement.

 

Kenya : Le Trésor rapatrie 3 Mds USD auprès des banques

Après presque 10 ans de planification du projet Tresory Single Account (TSA), le mois de septembre sera marqué par le début de l’apurement des fonds gouvernementaux au sein des banques commerciales. Or, il est probable et attendu que ce projet bouscule les positions en liquidités de l’industrie bancaire. Effectivement, les fonds gouvernementaux représentent entre 8 % et 10 % du total des dépôts bancaires. Les dépôts gouvernementaux dans les banques commerciales s’élevaient à 436 Mds KES (3 Mds USD), soit 8,7 % du total des dépôts (5 Mds KES ; 34,6 Mds USD) au 31 décembre 2022. En vertu du TSA les ministères, départements et organismes gouvernementaux sont tenus de rembourser les fournisseurs dans les 24 heures suivant la réception des fonds du Trésor public afin d’éliminer les liquidités inutilisées dans les comptes bancaires. La mise en œuvre, par le Kenya, du TSA fait partie d’un plan plus large des Etats membres de la CAE visant à assurer la surveillance des fonds publics et à éliminer les coûts inutiles au maintien de l’argent sur des comptes bancaires. Sa mise en œuvre a cependant pris du retard.

 

Afrique du Sud : Stellantis officialise son implantation

Le constructeur automobile franco-italo-américain Stellantis a annoncé le 13 septembre son projet d'usine d'assemblage de 160 M USD à Port Elizabeth (Eastern-Cape), en partenariat avec l’institution financière sud-africaine IDC (Industrial Development Corporation). Cette coentreprise devrait être opérationnelle d'ici fin 2025, avec une capacité de production visant 50 000 véhicules par an (et jusqu’à 90 000), et la création de 2700 emplois, en vue de servir les marchés d'Afrique et du Moyen-Orient. Le premier modèle sera le pick-up thermique Peugeot Landtrek. En 2022, Stellantis a vendu 415 000 véhicules en Afrique et au Moyen-Orient (12% des parts de marché, derrière le japonais Toyota) mais le groupe était beaucoup plus en retrait sur le marché sud-africain, avec seulement 2% des parts de marché.  D’autres développements significatifs sont à l’œuvre dans cette région stratégique, à l’instar des 300 M EUR investis récemment au Maroc ou de l’usine de Bursa, en cours de développement en Turquie.

 

Afrique du Sud : Inquiétude du FMI sur la hausse de la dette sud-africaine

Vendredi 1er septembre, à l’occasion de la conférence biannuelle de la Banque centrale sud-africaine (SARB), Gita Gopinath, directrice générale adjointe du FMI, a exprimé les inquiétudes de l’institution internationale vis-à-vis de la hausse de la dette sud-africaine. Celle-ci pourrait entraîner un triplement du service de la dette à horizon cinq ans. Le risque de surendettement du pays resterait toutefois modéré, couvert par la solidité des marchés financiers, la longue durée des maturités des bons du trésor et la politique monétaire rigoureuse menée par la Banque centrale. Mme Gopinath encourage le pays à stabiliser le niveau de dette, via deux approches complémentaires : (i) des réformes structurelles pour stimuler la croissance et (ii) une consolidation fiscale via un meilleur ciblage des dépenses et une réduction de la masse salariale de la fonction publique. Selon elle, les multiplicateurs fiscaux (soit les effets des politiques budgétaires et fiscales sur la production totale) sont actuellement négatifs : les dépenses de l’état ayant un effet contreproductif sur la croissance, une consolidation fiscale permettrait en conséquence de stimuler la production. Elle a enfin rappelé l’importance de résoudre les problèmes locaux sud-africains, au premier chef desquels la crise énergétique, les contraintes logistiques et la corruption.

 

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