AFRIQUE DU SUD
Indicateurs et conjoncture
L’économie sud-africaine demeure confrontée à de nombreuses difficultés structurelles, héritées notamment de la présidence Zuma (2009–2018), qui avait été marquée par une corruption endémique et une dégradation des capacités de l’État. Alors que la formation d’un gouvernement d’unité nationale (GNU) en juin 2024, bien accueillie par les marchés, et l’amélioration de la situation énergétique laissaient présager une embellie, l’économie n’a pas retrouvé d’élan en 2025. La croissance du PIB (+1,1 % en 2025, après +0,5 % en 2024) reste inférieure à la croissance démographique, et la situation socio-économique du pays reste très dégradée (taux de chômage élevé et inégalités à des niveaux records). Malgré des efforts de consolidation budgétaire, l’état des finances publiques reste préoccupant (dette proche de 80 % du PIB). Dans ce contexte, les perspectives pour 2026 demeurent modestes, la reprise restant contrainte par la faiblesse de l’investissement et un environnement externe de plus en plus incertain, notamment marqué par la hausse des coûts de l’énergie liées au conflit au Moyen-Orient.
1. Situation économique et politique
1.1 Situation politique
À l’issue des élections générales du 29 mai 2024, l’African National Congress (ANC) a perdu sa majorité absolue au Parlement pour la première fois depuis 1994, n’obtenant que 40 % des suffrages contre 58 % lors du scrutin précédent. Si le président Cyril Ramaphosa a été reconduit, il a été contraint de former un gouvernement d’unité nationale (GNU) avec son principal parti d’opposition, la Democratic Alliance (22 %), et neuf autres partis. Si cette coalition a été bien accueillie par les marchés, des tensions sont apparues en 2025, notamment lors de l’adoption du budget 2025/26, approuvé avec un retard de plusieurs mois. Si la situation s’est globalement apaisée depuis, la stabilité du GNU demeure fragilisée par la relance de la procédure d’impeachment visant le président dans le cadre de l’affaire du « Farmgate », ainsi que par des tensions sociales croissantes, notamment liées aux enjeux migratoires, dans un contexte de chômage élevé. Ces facteurs contribuent à accroître les risques de fragmentation politique à l’approche des élections locales qui doivent avoir lieu le 4 novembre prochain.
1.2 Éléments structurels sur l’économie
L’Afrique du Sud, seul pays africain membre du G20 et membre historique des BRICS, est de loin la première économie d’Afrique australe (58% du PIB sous-régional). Elle est également la première économie d’Afrique (427 Mds USD en 2025), devant l’Egypte (365 Mds USD). Le pays affiche ainsi un PIB par habitant de 6 700 USD, dans le top 10 des pays d’Afrique sub-saharienne, loin devant les autres grandes économies de la région.
Grand pays émergent doté d’une économie moderne et relativement diversifiée, l’Afrique du Sud, qui bénéficie d’un solde commercial positif, dispose de nombreux atouts : des ressources naturelles abondantes ; une agriculture commerciale performante quoique duale (2,9% du PIB en 2025) ; une industrie manufacturière puissante, compétitive et intégrée dans les chaînes de valeur mondiales (11% du PIB – automobile notamment) ; des services avancés (dont un secteur financier solide et sophistiqué – 24,6% du PIB) ; une industrie du tourisme développée et en croissance (11,5% du PIB) ; des infrastructures plus développées que celles de ses voisins ; et des institutions judiciaires fortes et indépendantes. L’économie reste relativement dépendante de l’industrie minière (environ 52% des exportations), même si le poids de ce secteur historique tend à diminuer (4,4% du PIB : or, platine, diamant, ferrochrome, charbon, etc.).
Malgré ces atouts, l’économie sud-africaine peine à générer une croissance durable et inclusive. Entre 2014 et 2024, le taux de croissance annuel moyen s’est limité à 0,7 %, soit moins de la moitié de celui enregistré au cours de la décennie précédente. La progression de l’activité reste largement absorbée par la croissance démographique (1,4% par an en moyenne entre 2014-2024).
Ces résultats décevants ont mis un frein aux progrès sociaux réalisés dans l’immédiat post-apartheid. Le taux de chômage a atteint 32,7% au T1 2026 (plus de 57,0% chez les jeunes), et le taux de pauvreté (au seuil de 8,30 USD par jour, applicable aux pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure) est particulièrement élevé (60% en 2025). Les inégalités restent les plus importantes au monde (indice de GINI de 0,54 – dernier chiffre de la Banque mondiale mesuré en 2022). Dans ce contexte, la criminalité a atteint des niveaux record, pesant fortement sur l’économie (impact estimé jusqu’à 10 points de PIB par la Banque Mondiale en 2023). Le climat des affaires est également pénalisé par un niveau élevé de corruption : en 2025, l’Afrique du Sud se classe au 81ème rang sur 182 pays dans l’indice de perception de la corruption publié par Transparency International.
2. Conjoncture et finances publiques
2.1 Conjoncture économique
L’économie sud-africaine demeure confrontée à de nombreuses difficultés structurelles, héritées de la présidence Zuma (2009-2018), qui avait été marquée par une corruption endémique désormais qualifiée de « capture de l’Etat » : services publics en déclin en raison des difficultés des entreprises publiques, climat des affaires détérioré, faible niveau d’investissement, etc. Alors que la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale (GNU) en juin 2024 (qui avait été bien accueillie par les marchés) et l’amélioration de la situation énergétique semblaient présager une embellie, la reprise de la croissance est lente. Elle n’a atteint que 1,1 % en 2025, après 0,5% en 2024. Si la croissance reste tirée par la consommation de ménages (+3,6% en 2025 et +0,7% en 2024), la reprise de l’investissement au troisième (+1,4 %) et au quatrième trimestres (+1,3 %) 2025, après trois trimestres consécutifs de contraction, ont toutefois constitué un signe encourageant pour l’activité économique. Pour 2026, les prévisions de croissance ont été révisées à la baisse par l’ensemble des observateurs après le début de la guerre au Moyen-Orient, qui a accru l’incertitude extérieure, provoqué un choc pétrolier, alimenté la hausse de l’inflation et exacerbé les contraintes structurelles existantes. La croissance attendue pour 2026 est désormais estimée à 1,1 % par le FMI (contre 1,4 % avant le conflit) et à 1,2 % par la Banque centrale sud-africaine (contre également 1,4 % auparavant). Selon le FMI, la croissance se redresserait ensuite progressivement pour atteindre 1,8 % à l’horizon 2031.
L’inflation, qui avait engagé une trajectoire de ralentissement, passant de 5,9 % en moyenne annuelle en 2023 à 4,4 % en 2024, puis à 3,2 % en 2025, et qui devait converger vers la nouvelle cible de 3 % (±1 point), a rebondi début 2026. Elle s’est établie à 4,5 % en glissement annuel en mai 2026, contre 4,0 % en avril et 3,1 % en mars, principalement sous l’effet de la hausse des coûts de l’énergie dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la Banque centrale sud-africaine (South African Reserve Bank – SARB) a révisé à la hausse ses prévisions d’inflation lors de son dernier comité de politique monétaire, anticipant désormais une progression des prix de 4,4 % en moyenne en 2026 (contre 3,7 % précédemment), puis de 3,7 % en 2027 (contre 3,3 %). Face à ce regain de pressions inflationnistes, la banque centrale a mis fin à son cycle d’assouplissement et a durci sa politique monétaire, portant le taux directeur à 7,00 % depuis le 28 mai, soit sa première hausse depuis 2023 et un relèvement cumulé de 25 points de base depuis le début de l’année.
Le bilan des réformes structurelles engagées dans le cadre de l’Opération Vulindlela reste décevant. Si la première phase du plan (2020–2024) a permis de recenser des progrès dans le secteur de l’énergie, les réformes annoncées dans les secteurs de la logistique, du rail et des ports ont peu avancé, maintenant des goulets d’étranglement coûteux. Lancée en 2025, la seconde phase prévoit 30 réformes prioritaires (énergie, logistique, eau, collectivités, numérique). Son impact reste incertain : le défi est de transformer les annonces en résultats concrets et de lever les freins à la croissance.
2.2 Situation des finances publiques
La faiblesse structurelle de la croissance, les dysfonctionnements persistants de l’administration fiscale ainsi que le soutien budgétaire récurrent aux entreprises publiques sont la cause de déficits budgétaires persistants. Après plusieurs exercices marqués par des déficits élevés (5,6 % du PIB en 2023/24 ; 5,7 % du PIB en 2024/25 ; et 5,8 % du PIB en 2025/26, selon le FMI), la trajectoire budgétaire montre toutefois des signes d’inflexion depuis fin novembre 2025. Dans le budget de mi-parcours pour l’exercice 2025/26 puis dans le projet de budget pour l’exercice 2026/27, le gouvernement a réaffirmé son engagement en faveur d’une consolidation graduelle reposant sur la génération d’excédents primaires. Selon le gouvernement, le déficit public atteindrait ainsi 4,0 % du PIB sur l’exercice 2026/27, avant de reculer à 3,1 % du PIB en 2028/29, sous l’effet d’excédents primaires projetés à +1,4 %, +1,9 % et +2,2 % du PIB sur la période. Ces projections restent toutefois exposées à de nombreux aléas, tandis que les pressions budgétaires latentes (subventions sociales, renflouement des entreprises publiques, endettement élevé des municipalités) pourraient compromettre l’objectif de réduction du déficit. Dans ce contexte, les prévisions du FMI restent ainsi plus prudentes que celles du gouvernement (déficit projeté de respectivement 4,9 % du PIB, 4,3 % du PIB et 4,4 % du PIB en 2026/27, 20207/28 et 2028/29).
Alors que les autorités tablent sur une stabilisation de la dette publique, qui culminerait à 78,9 % du PIB sur l’exercice 2025/26 avant de décroître progressivement, le FMI anticipe au contraire une hausse continue de l’endettement, qui atteindrait 82,6 % du PIB en 2031/32. Cet écart s’explique, d’une part, par un traitement comptable différencié du soutien apporté aux entreprises publiques - la reprise de 254 milliards ZAR de dette de l’énergéticien public Eskom étant considérée par les autorités comme une opération patrimoniale et non comme une dépense budgétaire - et, d’autre part, par des hypothèses divergentes sur la trajectoire des dépenses publiques, le FMI intégrant notamment la poursuite du soutien de l’État aux entreprises publiques. La structure de la dette publique demeure néanmoins relativement robuste, avec un risque de change limité (10,5 % de la dette libellée en devises fin 2025) et un risque de refinancement contenu, la maturité moyenne s’établissant à 11,6 ans.