SITUATION ECONOMIQUE ET FINANCIÈRE DE L’AFRIQUE DU SUD - Avril 2018

  • Une situation politique nouvelle.

Cyril Ramaphosa a été élu à la tête de l’ANC (African National Congress – le parti majoritaire dans le pays depuis la fin de l’apartheid) en lieu et place de Jacob Zuma fin décembre 2017. Il l’a ensuite remplacé à la tête du pays, formant courant mars dernier un nouveau gouvernement portant notamment comme priorités la réforme de la gouvernance des entreprises d’Etat et une gestion plus efficace et plus transparente des finances publiques. Les milieux d’affaires ont accueilli très favorablement ce changement à la tête de la République d’Afrique du Sud. Les prochaines élections présidentielles sont prévues pour le début d’année 2019.

 

  • Une puissance économique régionale majeure, toujours marquée par un fort risque social.

L’Afrique du Sud est la première économie d’Afrique Australe. Elle totalise 61% du PIB de cette région et affiche un PIB par habitant de 5261 USD (2016). Au regard de l’ensemble du continent africain, elle se situe en termes de PIB (344 Mds USD – 2016) au troisième rang, derrière le Nigéria et l’Egypte. Toutefois, en termes de richesse par habitant, l’Afrique du Sud (5 261 USD/tête - 2ème d’Afrique australe derrière le Botswana) se situe bien devant ces deux pays. Elle est le seul pays africain membre des BRICS et du G20.

L’Afrique du Sud est un pays émergent à l’économie moderne et diversifiée qui dispose de nombreux atouts : ressources naturelles abondantes, forte insertion dans le commerce mondial, environnement législatif sophisitqué et opérationnel, infrastructures performantes, sophistication financière (44ème devant la France selon le World Economic Forum s’agissant de ce critère)…

Malgré l’émergence d'un puissant secteur des services, notamment financiers (21 % du PIB), l’économie reste très dépendante du secteur minier (7 % du PIB ; or, platine, diamant, ferrochrome, manganèse, charbon…) qui assure encore la moitié des recettes d’exportations.

Bien que des progrès aient été réalisés depuis la fin de l’apartheid, notamment en termes d’amélioration des conditions de vie de la population (facilitation de l’accès à l’eau et l’electricité, hausse du nombre d’années de scolarisation, réduction de l’extrême pauvreté), l’Afrique du Sud reste un pays où les inégalités sociales sont très marquées. A cet égard, quelques chiffres valent d’être mentionnés : fin 2017, le taux chômage s’élevait à 26,7% ; l’espérance moyenne de vie est en constante diminution depuis plus de 20 ans (62,1 ans en 1990 / 55,7 ans en 2017) ; le coefficent de Gini était en 2016 (0,6) supérieur à ce qu’il était au début des années 2000… Par ailleurs, les niveaux de croissance observés depuis 2009 (entre 0 et 3% annuels) sont notoirement insuffisants pour assurer une amélioration de la situation sociale du pays dont la croissance démographique est de 1,3%.

 

  • Vers une reprise de l’activité économique dans un contexte d’inflation maîtrisée.

Avec +1,3% en rythme annuel en 2017, la croissance a largement dépassé les prévisions des organisations internationales, des analystes bancaires et du gouvernement (qui oscillaient entre 0,6% et 0,9%). Elle est en nette accélération par rapport à 2016 (+0,6%) et a été principalement tirée par les secteurs financier, agricole et minier. Les prévisions de croissance pour les années à venir ont été récemment revues à la hausse par le gouvernment et s’établissent comme suit : 1,5% en 2018 (1,7% pour la banque centrale), 1,8% en 2019 et 2,1% en 2020. Après une longue période durant laquelle l’inflation se situait au-dessus de la cible fixée par la Banque centrale (6%), la hausse des prix de détail semble maîtrisée et ce depuis le mois d’avril 2017 grâce au reflux de l’inflation alimentaire, à la faiblesse de la demande, à la bonne tenue du Rand et au niveau modéré des prix du pétrole. Elle se situait à +4,0% en février 2018, tandis que la moyenne pour 2017 s’est établie à +5,3%.

 

  • Un déficit courant qui s’est réduit en 2017.

Au plan externe, le déficit courant s’est réduit en 2017 (-2,3 % du PIB après -3,3 % en 2016), reflet de l’amélioration de la balance commerciale (hausse des prix des matières premières et réduction des importations de produits agricoles suite à la fin de la sécheresse, atonie de la demande intérieure) mais pourrait à nouveau se creuser en 2018 avec l’appréciation du Rand (qui pénalise une partie des exportations depuis la fin de l’année 2017) et le redressement de l’activité (qui est susceptible de relancer les importations). Si jusqu’ici les flux de capitaux entrants ont couvert sans difficulté le déficit courant, la modification rapide de leur composition ces dernières années (ils sont désormais essentiellement composés de flux financiers de court terme et volatils, alors que la part des IDE tend à décroître rapidement) pèse sur l’aptitude du pays à assurer de façon pérenne et à moindre coût l’équilibre de sa balance courante. 

 

  • Politique économique : consolidation budgétaire, réforme de la gouvernance des entreprises publiques et stratégie de maîtrise de l’endettement public

S’agissant des finances publiques, la revue budgétaire de mi-parcours d’octobre 2017 et le Budget 2018/19 présenté en février 2018, avec dans les deux cas des mesures complémentaires au programme de réformes présenté en juillet 2017 par le ministre des Finances Malusi Gigaba, étaient des étapes importantes pour évaluer la volonté des autorités de maintenir une trajectoire budgétaire soutenable suceptible de réduire la pression exercée par les agences de notation. Grâce à un budget présenté mi-février intégrant une consolidation budgétaire, le solde public à l’horizon de 2020 semble maitrisé : pour 2018-2019, la réduction totale des dépenses est de 85,7 Mds ZAR et la croissance des recettes de 36 Mds ZAR (notamment à travers la hausse de la TVA de 14 à 15%). Le déficit se replierait légèrement de -3,6% du PIB en 2018/2019 à -3,5% en 2020/2021 (après -4,3% en 2017/2018) avec une perspective de stabilisation de la dette autour 2023, à 56,2% du PIB. Le Fonds salue la stratégie conservatrice du gouvernement bien que la dette publique au sens large devrait croître légèrement jusqu’en 2023 (52,6% du PIB) avant de commencer à diminuer. La structure de la dette publique sud-africaine est plutôt favorable car elle est peu sensible au risque de change (10 % seulement de cette dette est libellé en devises) et de refinancement à court terme (maturité à près de 15 ans en moyenne). Néanmoins, son exposition aux investisseurs étrangers est forte (35 % de la dette libellée en rand est détenu par des non-résidents).

Suite à la présentation du budget, Moody's a annoncé qu’il maintenait la dette publique sud-africaine en catégorie « investissement » et qu’il relevait sa perspective de « négative » à « stable », tandis que Fitch et S&Ps classent la dette en devises (et en Rand pour Fitch) en statut spéculatif. Le maintien en catégorie investissement de Moody’s était anticipé mais pas nécessairement le relèvement de la perspective qui se fonde essentiellement sur les bons débuts du gouvernement Ramaphosa en termes notamment d’amélioration du climat des affaires et de consolidation de la trajectoire budgétaire et d’endettement de l’Etat. Cependant, les entreprises publiques continuent de faire peser un risque significatif sur les finances publiques (cf. plus bas).

Profitant du contexte inflationniste favorable, la Banque Centrale a réduit début 2018 son taux directeur de 0,25 point (lequel s’affiche désormais à 6,50%). Cette baisse, comme la précédente intervenue en fin d’année 2016 (également de 0,25 point), devrait avoir un impact favorable et significatif sur la croissance économique.

 

  • Un secteur bancaire solide et perfomant, déconnecté de la sphère réelle de l’économie

Les indicateurs de performances du secteur bancaire (près de 10% du PIB) continuent de s’améliorer, confirmant ainsi sa solidité globale grâce à une amélioration régulière de la régulation de celui-ci  (signature en 2017 de l’amendement au FICA Bill sur la lutte contre le blanchiment financier et mise en place d’un système de régulation moderne distinguant surveillance bancaire et sécurité pour les clients, dispositif dit des « twin peaks »).

 

  • Réformes structurelles: la réforme des entreprises publiques et la réforme agraire

L’Afrique du Sud fait aujourd’hui face à un défi majeur : relancer son économie, notamment en restaurant la confiance des investisseurs étrangers, afin de réduire les inégalités tout en assurant la soutenabilité de ses comptes publics. Dans ce contexte, la réforme de la gouvernance des entreprises publiques est clairement centrale. Il s’agit, à cet égard, de repenser entièrement la gouvernance et la structure entrepreneuriale des entités de l’Etat ainsi que de restaurer la situation financière et réputationnelle de ces entités et notamment d’Eskom et de South African Airways.

Par ailleurs, la volonté affichée de Cyril Ramaphosa de relancer la réforme agraire dans le pays, via la mise en place d’un dispositif « d’expropriation sans compensation », est un sujet sensible, pour les investisseurs étrangers notamment. Mais le président a mis des conditions pour une telle réforme : absence d’impact négatif sur la sécurité alimentaire, sur la production agricole et sur la croissance économique. La capacité du Président a trouver une voie modérée dans le débat actuel sur la réforme agraire sera un des premiers tests de la nouvelle méthode du gouvernement pour prendre en compte la nécessité d'accélérer la transformation socio-économique du pays tout en attirant les investissements, notament étrangers.

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