Flash Conjoncture Pays avancés - À ce stade, l’industrie allemande fait preuve d'une résilience inattendue
En ce début 2026, l’économie allemande a été plus résiliente que prévue, portée par le commerce extérieur et par le rebond de l’industrie, notamment dans les branches énergo-intensives. Cette résilience pourrait néanmoins s’avérer temporaire, les effets du choc énergétique ne s’étant pas encore pleinement transmis à l’activité.
L’activité allemande a progressé de +0,3 % (cvs-cjo) au 1er trimestre 2026, portée principalement par le rebond du commerce extérieur, dont la contribution à la croissance s’est établie à +1,3 pt (cf. graphique 1). Ce rebond provient avant tout des biens intermédiaires (notamment les métaux, les produits chimiques et pharmaceutiques), qui progressent de +9,9 % en valeur par rapport au 4e trimestre de 2025[1].
Les indicateurs conjoncturels pour le 2e trimestre 2026 pointent vers une résilience de l’industrie face au choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient. L’indice PMI manufacturier de S&P — indicateur synthétique fondé sur les réponses des entreprises concernant la production, les nouvelles commandes, l’emploi, les délais de livraison et les stocks — avait fortement progressé en mars 2026, atteingnant 52,2, son niveau le plus élevé depuis mai 2022. Il reste néanmoins inférieur à sa moyenne sur la période 2015-2019 (cf. graphique 2). Alors que l’indice PMI sur les services s’est nettement dégradé en avril et mai (cf. graphique 2) sous l’effet d’une baisse des commandes, le PMI manufacturier s’est maintenu à un niveau plus élevé que sur les trois dernières années. Par ailleurs, à fin mai, la production manufacturière demeure toujours supérieure à son niveau de janvier — bien qu'encore sensiblement inférieure à son niveau pré-Covid[2] — , notamment sous l’effet du rebond des branches énergo-intensives (cf. graphique 3). La hausse de la production manufacturière des énergo-intensifs est portée par le secteur de la chimie, dont la production a progressé de +1,2 % en mars, de +1,8 % en avril puis de +1,0 % en mai. Enfin, les nouvelles commandes adressées à l’industrie progressent nettement depuis mars (cf. graphique 4), tirée par les commandes étrangères.
Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette résilience. D’une part, des effets d’anticipation liés au choc énergétique et aux risques de perturbations des chaînes d’approvisionnement ont pu soutenir temporairement certaines commandes, en particulier dans les secteurs énergo-intensifs et les biens intermédiaires. Ce facteur est mis en avant par la Bundesbank et l’institut de recherche Ifo pour expliquer la bonne surprise sur l’activité au 1er trimestre 2026. De même, dans son communiqué de mars, S&P évoque une hausse des commandes attribuable à des clients cherchant à se prémunir contre de futures perturbations des chaînes d’approvisionnement. La contribution positive des énergo-intensifs à la résilience de la production manufacturière serait également cohérente avec cette hypothèse. D’autre part, l’industrie allemande est surtout exposée aux prix du gaz, dont les niveaux atteints sur les marchés européens (indice TTF) sont demeurés sensiblement plus contenus qu’en 2022[3] et dont la transmission aux prix payés par les industriels pourrait être différée dans le temps en raison de la structure des contrats.
[1] Données en valeur fournies par les statistiques douanières, pouvant ainsi différer des chiffres de la comptabilité nationale.
[2] À fin mai 2026, la production manufacturière reste inférieure de 8,6 % à son niveau pré-pandémique.
[3] Si la hausse en pourcentage des prix du gaz est comparable, le niveau atteint en 2026 est demeuré très inférieur à celui observé en 2022 : le prix du gaz a culminé autour de 62 €/MWh en 2026, contre près de 340 €/MWh en 2022, en raison d’un point de départ nettement plus haut avant le choc en 2022.