L'analyse du partage de la valeur ajoutée entre les facteurs de production permet de mieux comprendre l'évolution des inégalités ou de la consommation privée. Ce partage reflète à la fois l'évolution relative des volumes de capital et de travail utilisés et l'évolution relative de leur rémunération unitaire. La notion de surplus distribuable est utile pour étudier ce partage. Elle correspond à la part de la croissance du PIB, en termes réels, surtout due aux gains de productivité et disponible pour améliorer la rémunération horaire des travailleurs et la rémunération de chaque unité de capital.

La part du travail dans la valeur ajoutée a reculé depuis les années 1990 dans la plupart des grands pays de l'OCDE, au profit généralement d'une amélioration du taux de marge, sauf en France où elle est quasi-stable et au Royaume-Uni où elle progresse. Ce recul provient de deux effets : d'une part la hausse de l'intensité en capital, qui joue en particulier en Italie et en Espagne à la suite de la crise, et d'autre part, une progression modérée des salaires réels en Allemagne, aux États-Unis et au Japon.

Sur longue période et en moyenne, le surplus distribuable est essentiellement consacré à l'augmentation des salaires réels. Le freinage des salaires réels est donc en partie lié à l'affaiblissement des gains de productivité dans la plupart des grandes économies avancées. Celui-ci a entrainé une baisse du surplus distribuable et donc du taux de croissance du salaire horaire réel. Toutefois, depuis le milieu des années 1990, la rémunération du capital a aussi absorbé une partie du surplus distribuable en Allemagne, aux États-Unis et au Japon, au détriment de la hausse de la rémunération unitaire des travailleurs.

Le recul de la part du travail dans la valeur ajoutée peut avoir différentes causes. Le progrès technique peut favoriser la substitution du capital au travail. L'exposition croissante au commerce et à la concurrence internationale peut inciter à la délocalisation des parties des chaînes de production intensives en main d'œuvre. Elle peut également entraîner une baisse du pouvoir de négociation des salariés, ce qui pèse sur les salaires. Dans certains pays enfin, une hausse du pouvoir de marché des entreprises a aussi pu affecter l'évolution des salaires réels.

Trésor-Éco n° 234