Les lignes de swap bilatérales entre banques centrales sont des outils de protection contre un risque de liquidité en devises. Ce sont des accords ex-ante qui peuvent être activés sans conditionnalité, selon des modalités prédéfinies. Économiquement, la transaction s'apparente à un prêt de devises, avec un collatéral en monnaie locale, l'emprunteur portant le risque de change.

Lors de la crise financière de 2008, des lignes de swap temporaires ont été mises en place entre la Réserve Fédérale américaine (Fed) et 14 banques centrales de pays avancés et émergents pour pallier dans l'urgence les problèmes de liquidité du marché interbancaire international en dollar apparus à partir d'août 2007 et éviter des conséquences négatives sur l'économie mondiale et sur les États-Unis. Le 10 décembre 2008, les prêts de la Fed aux banques centrales via les lignes de swap atteignaient un plus haut, à 580 Mds $, soit près d'un quart des actifs de la Fed et 168 % de la taille du FMI de l'époque. Ce programme de lignes de swap a efficacement restauré la liquidité des marchés et a été clos en février 2010.

Le retour de tensions sur le financement à court terme en dollar a conduit à la réouverture de lignes illimitées de swap en mai 2010 entre la Fed et cinq autres banques centrales, lignes rendues permanentes fin octobre 2013. En l'absence de conditionnalité, l'effectivité et la pérennité d'un accord de swap nécessite une confiance mutuelle des parties et ne repose sur aucun accord multilatéral à la différence d'institutions comme le FMI. Dans les faits la Fed a cantonné ces accords aux grandes économies avancées.

En parallèle, la Banque centrale chinoise (PBoC) a développé des accords de swap pour l'octroi de renminbi (RMB), créant en quelques années un réseau important, et est ainsi devenue l'un des acteurs principaux dans le réseau international des lignes de swap avec 33 accords à hauteur de 460 Mds USD en 2017 (contre 25 Mds en 2008), majoritairement avec des banques centrales de pays émergents ou en voie de développement.

Ces initiatives permettent à la Chine d'étendre le rôle international du RMB, malgré la fermeture partielle du compte de capital, et d'accroître son influence. De plus, en signant des accords avec des pays parfois fragiles sans conditionnalité apparente et une sélectivité des partenaires moins forte que les autres aides multilatérales ou bilatérales, la Chine accroît son influence en concurrençant les institutions internationales, mais risque aussi de fragiliser la stabilité financière.

Trésor-Éco n° 231