La connaissance de la position de l'économie dans le cycle est importante pour la conduite de la politique économique. Elle permet, par exemple, de dessiner un scénario de moyen terme pour la croissance : une économie en surchauffe aura tendance à ralentir ; au contraire, une économie en déficit de demande pourra croître plus vite que son potentiel. De même, parce qu'elle permet d'évaluer le solde structurel, elle permet d'identifier les efforts à faire pour revenir à l'équilibre structurel des finances publiques.

L'identification de la position dans le cycle est souvent assimilée à l'écart de production ou output gap, dont la mesure est incertaine. L'écart de production retrace l'excès ou le déficit de demande par rapport au niveau de production potentielle de l'économie.

L'écart de production, mesuré par les organisations internationales, demeurerait négatif en moyenne dans les grandes économies européennes en 2017, quoique dans des proportions variables. Cela semble en ligne avec l'absence de tensions inflationnistes mais difficile à réconcilier avec l'apparition de tensions sur l'appareil productif observées dans certaines grandes économies européennes.

Cette note présente une approche complémentaire à celles mises en œuvre par les organisations internationales pour estimer l'écart de production en mobilisant uniquement des données d'enquête sur les tensions sur l'appareil productif. Les résultats de cette approche, dite « directe », sont peu révisés, contrairement aux méthodes plus classiques. Ils semblent donc à même de compléter l'analyse et permettent d'apporter un éclairage en temps réel sur la position de l'économie dans le cycle.

Cette approche complémentaire ne prend néanmoins pas en compte les facteurs structurels (évolution des prix, des salaires ou du taux de chômage), classiquement examinés pour juger du plein emploi des facteurs de production d'une économie. En outre, elle ne permet pas d'interpréter sur le passé ou de prévoir une trajectoire potentielle de croissance à moyen terme, ce qui rend délicate l'interprétation du niveau de l'écart de production.

Si l'on en croit les indicateurs signalant une montée des tensions sur l'appareil productif en Allemagne, en France et dans une moindre mesure en Espagne, les positions de ces économies dans le cycle seraient plus avancées que ne l'estiment les organismes internationaux.

Cette méthode ne vise pas à remplacer les méthodes existantes mais à élargir le spectre des outils permettant d'appréhender la position dans le cycle des économies. Elle pourrait notamment servir de point de comparaison pour étayer la robustesse des estimations traditionnelles et enrichir l'analyse de la conjoncture.

Trésor-Éco n° 223