Alors que le National Bureau of Economic Research a daté la fin de la « Grande récession » américaine au mois de juin 2009, la nature de la reprise en cours aux États-Unis fait toujours question. En particulier, la situation du marché du travail reste très dégradée ; son amélioration dépendra de la vigueur de l'activité, mais aussi du contenu en emplois de la reprise. En effet, si les reprises américaines ont traditionnellement été suivies - depuis l'après-guerre et jusqu'aux années 1980 - d'un fort rebond du marché du travail, les périodes suivant les récessions de 1990 et 2001 ont au contraire été particulièrement pauvres en emplois, soulevant l'hypothèse d'un changement durable dans la réaction du marché du travail à l'activité.La récession de 2007-2009 se distingue des deux récessions précédentes par l'ampleur des destructions d'emplois observées, qui plaident en principe pour un fort rebond du marché du travail en phase de reprise. Une analyse économétrique semble cependant co

Alors que le National Bureau of Economic Research a daté la fin de la « Grande récession » américaine au mois de juin 2009, la nature de la reprise en cours aux États-Unis fait toujours question. En particulier, la situation du marché du travail reste très dégradée ; son amélioration dépendra de la vigueur de l'activité, mais aussi du contenu en emplois de la reprise. En effet, si les reprises américaines ont traditionnellement été suivies - depuis l'après-guerre et jusqu'aux années 1980 - d'un fort rebond du marché du travail, les périodes suivant les récessions de 1990 et 2001 ont au contraire été particulièrement pauvres en emplois, soulevant l'hypothèse d'un changement durable dans la réaction du marché du travail à l'activité.

La récession de 2007-2009 se distingue des deux récessions précédentes par l'ampleur des destructions d'emplois observées, qui plaident en principe pour un fort rebond du marché du travail en phase de reprise. Une analyse économétrique semble cependant confirmer l'hypothèse d'un changement structurel dans la réactivité de l'emploi à l'activité, la période actuelle étant davantage en ligne avec celles correspondant aux reprises « sans emploi » qu'avec celles correspondant aux reprises « classiques ».

La faiblesse des embauches (alors que les destructions brutes d'emplois ont cessé) - trait caractéristique des reprises de 1990 et 2001 - semble confirmer ce diagnostic. La forte baisse des heures travaillées et la hausse du travail à temps partiel contraint pendant la crise sont de premiers éléments d'explication, même s'ils ne sont pas spécifiques à la crise de 2007-2009 : les entreprises sont en mesure de faire travailler davantage les employés dont elles disposent avant d'embaucher.

Plus fondamentalement, la faiblesse des créations d'emplois - constatées et à venir - en période de reprise serait liée à des changements structurels de l'économie américaine, amoindrissant la réactivité de l'emploi aux hausses du PIB. Une décomposition de l'évolution de l'emploi par secteurs d'activités montre que chaque récession depuis 1945 a été l'occasion pour les États-Unis d'accélérer la baisse de la part de l'emploi manufacturier dans l'emploi total, en raison notamment de la forte productivité de ce secteur et de l'externalisation de certaines activités. Cette désindustrialisation progressive a laissé le secteur des services - moins réactif aux évolutions du PIB - comme principale source de créations d'emplois en période de reprise.

Des facteurs spécifiques à la crise récente sont probablement aussi à l'œuvre, tels que l'incertitude particulièrement forte sur les perspectives économiques et l'ampleur de la crise immobilière, qui - outre les destructions d'emplois qu'elle engendre - tend à réduire la mobilité des travailleurs et aggrave ainsi le problème d'appariement entre les niveaux de qualification des travailleurs et des postes vacants.

Trésor-Éco n° 78