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Situation économique en Colombie: premier bilan 2015 et perspectives 2016

 

Si l’année 2015 a été pour l’économie colombienne celle de la résilience face à un choc externe d’ampleur lié à la chute des cours des matières premières, 2016 s’annonce plus difficile, sans être non plus apocalyptique. La mise en œuvre effective des programmes contracycliques lancés antérieurement par les autorités (4G et logement notamment) viendra en effet soutenir opportunément l’activité.

 

  

1.      Eléments de cadrage

 

 Si l’économie mondiale a continué à afficher en 2015 une croissance solide (3,1% estimés après 3,4% en 2014), la Colombie s’est inscrite l’année dernière dans un cadre macro-économique dominé par la chute des cours des matières premières (-17,4% en moyenne hors produits pétroliers), nettement plus accusée encore dans le cas des hydrocarbures (-47,8% en moyenne annuelle pour le Wti, à 48,67 Usd contre 93,17 en 2014). Or, le pétrole (1 000 004 barils/jour en moyenne en 2015) représente bon an mal an 50 à 55% des exportations, un tiers de l’investissement direct étranger et un sixième environ des recettes budgétaires de la Colombie.

 L’environnement régional s’est nettement dégradé, l’Amérique latine et les Caraïbes - dont la croissance au cours des dernières années surfait largement sur le boom des matières premières - étant le seul continent en récession en 2015 (-0,3% selon le dernier World Economic Outlook du  Fmi), du fait notamment de l’évolution du Brésil (-3,8%), et pour ce qui est des partenaires traditionnels de la Colombie, du Venezuela (8 à 10% de récession) et de l’Equateur (-0,6%).

 Conséquence directe de la chute des cours du pétrole  (Natixis estime qu’avec un taux de 91%, la Colombie est, parmi les pays producteurs, celui dont l’évolution de la devise est la plus corrélée à celle du prix du baril), le peso colombien s’est déprécié en moyenne annuelle de 35,8% par rapport au dollar, alors qu’il avait affiché au cours des 4 années précédentes une assez grande stabilité (dépréciation moyenne de 1,6% par an).

  

2.      Résilience de l’économie réelle

 La croissance du Pib devrait s’être établie aux alentours de 3,1% en 2015. Sur les neuf premiers mois, elle est principalement tirée, s’agissant des composantes de la demande, par la consommation (+3,4%) et la formation brute de capital fixe (+2,8%). En termes sectoriels, la construction (4,6%) et l’agrégat commerce-hôtellerie-restauration (+4,6% également) sont les branches les plus dynamiques, tandis que la croissance de l’industrie est demeurée nulle, s’améliorant toutefois en fin de période (+1,8% au T3 et +4,8% en glissement annuel en novembre).

 La Colombie apparaît donc, parmi les principales économies du continent, comme celle qui aura le mieux résisté au changement de paradigme constaté en 2015, avec le Pérou (+3,3%) mais devant le Mexique (+2,5%) et le Chili (+2,1%)[1].

 Cette bonne performance s’est accompagnée d’un léger reflux du taux de chômage (8,9% en moyenne annuelle, soit la meilleure performance depuis 15 ans ; 9,1% en 2014), qui reste toutefois très élevé à l’aune régionale, et surtout d’un recul marqué de la pauvreté : pour la première fois dans l’histoire récente de la Colombie, le pourcentage de la population vivant dans la pauvreté (28,2%) est passé en-dessous de la proportion de la population relevant de la classe moyenne consolidée (30,5%). On notera que le taux de pauvreté a diminué de 9 points au cours des 5 dernières années, ce qui signifie que plus de 4,4 millions de personnes ont, sur la période, échappé à cette condition.

 

 Pour 2016, la moyenne des prévisions ressort actuellement à 2,8%, là-encore dans le peloton de tête régional des principales économies, derrière le Pérou. Les estimations varient de 3,2% pour le ministère des finances à 1,8% pour Merrill Lynch (3,1% pour la Cepal, 2,7% pour le Fmi et pour la Banque centrale, 2,6% pour la première banque colombienne Bancolombia).

 En termes sectoriels, c’est, selon le ministère des finances,  l’industrie qui devrait connaître la plus forte croissance (+7,5%), stimulée par la remise en service de la Raffinerie de Cartagena (qui contribuerait à hauteur de 0,6 points à la croissance du Pib), et par la substitution aux importations résultant de l’enchérissement des produits importés. La construction pour sa part (en hausse de 3,8 à 4%) devrait, notamment grâce au lancement effectif de plusieurs chantiers du programme 4G, mais aussi aux programmes de logement publics (Mi Vivienda), contribuer à hauteur de 0,3 points à la croissance du Pib.

 

 

3.      Un glissement préoccupant des prix, qui conduit la Banque centrale à durcir sa politique monétaire

 L’évolution de l’indice des prix à la consommation a constitué en 2015 l’un des points les plus critiques. L’Ipc s’est en effet établi en fin de période à 6,77% (3,7% en 2014 et 1,9% en 2013), très au-delà de la cible d’inflation de la Banque de Colombie, fixée à 3% (+/- 1 point de pourcentage). Par voie de conséquence, le salaire minimum a bénéficié au 1er janvier d’une augmentation de 7%.

 Deux raisons principales peuvent être avancées pour expliquer ce glissement des prix inédit depuis 2008 (+7,67%): la transmission aux prix, par le canal des importations, des effets de la dépréciation du peso par rapport à la plupart des devises étrangères (hors real brésilien) ; d’autre part, les effets perceptibles sur la production agricole de l’épisode particulièrement virulent du phénomène climatique El Niño que connaît actuellement le Nord de la côte pacifique de l’Amérique latine: les prix des aliments ont ainsi connu une hausse annuelle de 10,85%. L’alimentation a dès lors contribué à près de la moitié (3,06 points sur 6,77) de la hausse de l’Ipc, les deux autres grands contributeurs étant le logement (1,69 points) et le transport (0,71 points).

 Cette situation a conduit l’institut d’émission à relever à quatre reprises son taux directeur au dernier trimestre, pour un total de 125 points de base, soit un taux en fin d’année de 5,75% (une cinquième hausse est intervenue le 29 janvier, portant le taux de référence à 6%).

 

La plupart des analystes s’accordent à considérer que le glissement des prix se poursuivra au premier semestre, avec des variations en glissement annuel de l’ordre de 7%, avant de refluer au second – sous réserves d’évolutions encore plus défavorables au plan météorologique - pour une variation en glissement annuel de l’ordre de 4,5 à 5%.

 Le taux directeur de la Banque centrale devrait dans ce contexte continuer à augmenter, avant de se stabiliser en fin de période au niveau de 6,25 à 6,50%.

 

  

4.      La bonne tenue des comptes publics dans un contexte difficile a permis à ce stade à la Colombie de maintenir sa notation souveraine, mais le risque-pays augmente

 

Dans le contexte précité de recul marqué des prix du pétrole, c’est un choc majeur qu’ont subi les finances publiques colombiennes : les recettes pétrolières du gouvernement central sont en effet passées en un an de 2,6 à 1,2 points de Pib. Pour autant, le déficit de l’Etat est demeuré contenu, à 3% du Pib (2,4% en 2014), grâce notamment à d’excellentes rentrées fiscales (en hausse de 8,2% ou +0,6 points de Pib, pour atteindre 105,9% de la cible définie dans le budget,) et à une compression des dépenses courantes (-0,1 points de Pib) et d’investissement (-0,3 points de Pib).

 Le déficit du secteur public consolidé s’est pour sa part établi à 2,8% du Pib (1,8% en 2014), les comptes sociaux présentant un excédent de 0,4 points de Pib.

 La dette publique aurait progressé de 3,7 points de Pib, à 43,7%. Si elle reste majoritairement domestique et libellée en monnaie locale, on note tout de même une forte progression de la dette publique externe, passée en un an de 15 à 22,1% du Pib environ, ce qui peut au demeurant s’expliquer par la stratégie d’anticipation en 2015 de la moitié des besoins de financement externes de 2016 pour bénéficier d’un spread encore favorable. De fait, l’Embi n’a cessé d’augmenter courant 2015, passant de 189 en début d’année à 321 au 31 décembre.

 Pour autant, la notation souveraine de la Colombie est restée inchangée (BBB pour S&P, Baa2 pour Moody’s et BBB pour Fitch), dans les trois cas avec une perspective stable.

 

La situation des finances publiques devrait se dégrader à nouveau en 2016, principalement du fait de l’aggravation du choc externe. Le ministère des finances prévoit toujours un déficit de 3,6% du Pib (2,7% pour le secteur public consolidé), mais il est probable que l’ajustement auquel il vient de procéder sur le prix du baril (34,7 Usd estimés désormais contre 50 au moment du vote du budget) le conduise, pour partie à laisser filer le déficit (Bancolombia anticipe un résultat entre 4 et 4,3% du Pib), pour partie à contracter davantage les dépenses, et pour partie à accélérer l’entrée en vigueur de la réforme fiscale.

 Le risque- pays devrait augmenter assez fortement (+18,07% en janvier contre 8,29% pour l’ensemble des pays émergents), tout en demeurant à des niveaux raisonnables (indice Embi à 379 points fin janvier, l’écart se creusant toutefois assez sensiblement avec le Mexique (270) et le Pérou (280)). La perspective, désormais très probable, de la signature d’un accord de paix global avec les Farc au premier semestre, pourrait toutefois compenser la dégradation objective des indicateurs macro-économiques et permettre au pays de conserver sa perspective stable.

 

 5.      Creusement marqué du déficit commercial et diminution sensible des flux d’Ide et de portefeuille ; pour autant, la très forte compression des flux financiers de la Colombie vers l’extérieur permet d’équilibrer la balance des paiements sans variation négative des réserves de change

 

L’évolution de la balance des biens et services a constitué, avec celle des prix, le facteur le plus préoccupant de l’économie colombienne en 2015.

 Sur les 9 premiers mois de l’année, les exportations de biens s’affichent en repli de 33,02% en dollars, à 29,7 Mds, la chute (-44,1%) des exportations dites traditionnelles (produits pétroliers (-50,9%), mais aussi charbon (-32,5%), dont la Colombie est le 4ème exportateur mondial, nickel (-31,2%), café (+3,6%), etc.) n’étant qu’à peine freinée par la diminution moindre des exportations non-traditionnelles (-12,6%).

 La réduction plus limitée des importations (-13,3% sur les 9 premiers mois, à 39,5 Mds d’Usd), contribue au creusement marqué du déficit commercial (9,8 Mds d’Usd contre à peine 1,2 sur la même période de 2014).

 Au total, la balance des biens et services présente un solde négatif de 12,97 Mds, plus que doublé par rapport à 2014 (6,04 Mds).

 En revanche, le déficit du compte courant évolue peu (14,47 Mds d’Usd sur les neuf premiers mois contre 13,3 Mds sur la même période de 2014), du fait d’une amélioration de la position de la balance des transferts (principalement les transferts des émigrés, en hausse de 14,4%) et, surtout, d’une division par deux du déficit de la balance des revenus (de -10,2 Mds à -5,3 Mds), sous l’effet principalement de l’effondrement des sorties de dividendes (-4,64 Mds d’Usd).

 

Il reste qu’à 6,6% du Pib sur les 9 premiers mois et un chiffre probablement au voisinage de 7% sur l’année, le déficit du compte courant colombien demeure l’un des plus élevés parmi les émergents.

 S’agissant du compte financier et de capital, son solde varie peu et reste très confortable : si l’investissement direct étranger et a fortiori les flux de portefeuille enregistrent des replis importants (respectivement -26,3% à 9,23 Mds d’Usd et -37,5% à 10,4 Mds), les flux de capitaux colombiens à l’extérieur s’effondrent (-62% à 4,3 Mds contre 11,4 sur la même période de 2014), principalement du fait de la baisse de 5,4 Mds des flux d’investissements de portefeuille du secteur privé colombien à l’extérieur.

 Le compte financier et de capital enregistre ainsi sur les 9 premiers mois une position nette de 15,26 Mds d’Usd, si bien qu’après prise en compte des erreurs et omissions, la Colombie se paie le luxe d’enregistrer sur la période une variation positive de ses réserves de change de 288 Musd.

  

La compression très forte constatée en 2015 des flux de dividendes et d’investissements de portefeuille de la Colombie vers l’extérieur ayant assurément un caractère fortement conjoncturel, la Colombie devrait s’attacher en 2016 à réduire fortement le déficit de son compte courant, afin de diminuer d’autant les nécessités de financement externe et préserver ses réserves de change.

 

 

***

 

 Au total, malgré des conditions adverses, l’économie colombienne a jusqu’ici remarquablement résisté, pour enregistrer l’année dernière une quinzième année consécutive de croissance.

 L’année 2016 devrait être plus difficile encore, mais, toutes choses égales par ailleurs, on peut raisonnablement penser, avec les autorités du pays et la plupart des analystes privés, que la Colombie affichera à nouveau l’une des meilleures performances économiques parmi les pays du continent de taille comparable.

 2016 devrait également voir l’adoption d’une réforme fiscale d’ampleur, probablement au second semestre, et en tout état de cause après le plébiscite par lequel le peuple colombien se prononcera sur les accords de paix avec la guerrilla.

 

 

 

Laurent Charpin



[1] Estimations Banque mondiale


Publié le 29/06/2016
Colombie

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