Commerce et investissements France-Japon

Le déficit commercial de la France vis-à-vis du Japon se creuse encore en 2017 ; les flux d’IDE japonais vers la France s’accroissent en 2016, mais leur marge de progression reste importante.

Le déficit commercial de la France vis-à-vis du Japon s’est légèrement creusé en 2017 à 3,56 Mds € (environ 400 M€). Malgré le retour d’une croissance positive des exportations bilatérales de 1,8% en 2017, après quatre ans de contraction, les importations, structurellement supérieures en montant, ont cru plus vite (+6%). D’un point de vue sectoriel, la dégradation du déficit commercial 2017 s’explique essentiellement par l’aggravation du déficit des matériels de transports et la hausse des importations de machines industrielles qui n’a pas su être compensée par la hausse des exportations agroalimentaires. Le Japon demeure ainsi le 11éme fournisseur de la France, et devient son 13ème client en perdant une place. Il reste le 2nd partenaire commercial asiatique de la France, derrière la Chine. Du côté des investissements, la France investit près de 26 Mds € au Japon en 2016, ce qui fait de lui la 10émedestination des IDE français à l’étranger et la 1ére destination asiatique[1]. Côté japonais (4éme émetteur d’IDE au monde en stock), les investissements en France atteignent 15 Mds € en stock, faisant de la France leur 19éme destination. Le Japon est le 9éme investisseur étranger pour la France[2].

 
I. Le déficit bilatéral français se creuse malgré la hausse de la demande domestique japonaise qui a stimulé les exportations

En 2017, la France a vu son déficit commercial bilatéral vis-à-vis du Japon se dégrader légèrement à -3,56 Mds €. Alors que le déficit français vis-à-vis du Japon est structurel (déficit commercial constant ces 10 dernières années, de -2,6 Mds € en moyenne), il s’améliorait néanmoins entre 2011 et 2014, avant de doubler en 2015, de se creuser de près de 50% en 2016 et de se stabiliser en 2017 (-14%) (cf Annexe 1).

Les exportations françaises vers le Japon ont ainsi augmenté de 2% à 6,4 Mds € alors qu’elles se contractaient depuis 2013. Néanmoins, la progression des importations a été supérieure (+6%, 9,9Mds € en 2017). Comptant pour 1,4 % des exportations françaises, le Japon perd une place au classement des meilleurs clients de la France et devient 13ème. Le Japon demeure notre 11ème fournisseur en 2017 (inchangé depuis 2016, 12ème en 2015, cf Annexe 3)[1].

En 2017, la dégradation du déficit bilatéral s’explique en premier lieu par le creusement du solde déjà déficitaire des matériels de transport (6,1 points), par la chute des exportations de gaz naturel (4,3 points) et par la hausse des importations d’équipements, particulièrement de machines industrielles (-4,1 points) (cf Annexe 2).

      A. Les importations françaises depuis le Japon

Bien que la dépréciation du yen en 2017 (-5,3% sur l’année 2017 pour atteindre 126,65 JPY/EUR[2]) ait encore augmenté l’attractivité des importations depuis le Japon, celles-ci étaient déjà structurellement supérieures aux exportations :

  • Le principal poste d’importation en 2017 est constitué des matériels de transport, soit 3,04 Mds € (30,6% des importations totales) avec une quasi-stabilité par rapport à l’an passé (+3,5% en 2017). En termes de dynamique, ce sont les importations de composants et accessoires automobiles (+32% en 2017) et de cyclomoteurs qui ont particulièrement progressé. Les importations de véhicules automobiles finis se sont à l’inverse réduites de 9,5% mais constituent toujours le principal matériel de transport importés devant les composants automobiles. En parallèle de cette hausse des importations de matériel de transport, les exportations françaises du secteur ont baissé, contribuant ainsi à près de la moitié du creusement du déficit bilatéral en 2017 (cf Annexe 4).
  • Les machines industrielles et agricoles, 2ème poste des importations françaises depuis le Japon (2,28 Mds €) ont également progressé de 9,7 % en 2017. Les principaux produits importés dans ce secteur sont les machines et équipements de bureau[3] et les moteurs et turbines (hors moteurs pour avions et véhicules).
  • Enfin, les importations de produits informatiques, électroniques et optiques (1,22 Md €) et de produits chimiques, parfums et cosmétiques (1,18 Md €) ont augmenté respectivement de 3% et 6% en 2017. 
      B. Les exportations françaises vers le Japon

Après une année 2016 médiocre, les exportations agroalimentaires ont repris en 2017, de même que les exportations dans les secteurs du luxe où la France est habituellement bien positionnée au plan international : le vin, les cosmétiques, les parfums et la joaillerie. La nette accélération de la croissance japonaise en 2017 a procédé d’une forte reprise de la demande intérieure et notamment de la consommation des ménages (contribution de 0,6 point à la croissance du PIB qui a atteint 1,6% en 2017). Le gouvernement a également cherché à promouvoir la consommation en poussant les entreprises à augmenter les salaires (négociations annuelles tripartites de printemps) et via des mesures symboliques tel le « Premium Friday »[4].

  • Les exportations françaises de produits agroalimentaires, historiquement le 1er poste des exportations bilatérales (1,15 Mds € soit 18% du total), ont augmenté de 3,3% sur l’année 2017. Cette progression s’illustre sur un grand nombre de produits dont le vin (8% des exportations totales et +8,3% en 2017), les produits laitiers et fromages (+15,7%), les viandes (+6,7%), les confiseries et chocolat (+14,1%). Outre la reprise de la consommation privée, nous soupçonnons l’existence d’un impact positif de la médiatisation des négociations et de la signature de l’APE UE-Japon. Cet accord décrit essentiellement dans la presse japonaise sous l’angle de la réduction du prix des « vins et fromages européens » a débouché sur des campagnes promotionnelles sur ces produits dans certains grands magasins comme Aeon en 2017 (cf Annexe 5).
  • Les produits pharmaceutiques talonnent les produits agroalimentaires de près, représentant 16,6% des exportations totales soit 1,06 Mds € et un solde positif de 694 M€ en progression de 10% en 2017. Les préparations pharmaceutiques[5] représentent ainsi le premier produit exporté vers le Japon. Le vieillissement de la population et le manque d’innovation des entreprises japonaises augmentent la demande adressée au secteur pharmaceutique français, leader mondial avec Sanofi[6].
  • Les expéditions de matériels de transport (802 M €) ont continué à décroitre en 2017. En effet après s’être contractées de plus de moitié (-51,8%) en 2015 les exportations d’aéronefs et engins spatiaux ont de nouveau diminué de 29% en 2016 et 26% en 2017. Des contrats majeurs ont néanmoins été passés avec les principales compagnies aériennes japonaises ANA et JAL entre 2013 et 2016 (près de 80 appareils) dont les livraisons devraient être entièrement achevées d’ici 2024, avec notamment une livraison de trois A380 d’ici 2019.
  • Pour les plus petits postes, comme les produits chimiques, parfums et cosmétiques (792 M€), secteur dans lequel la France est un partenaire traditionnel et privilégié du Japon, les exportations ont fortement rebondi, grimpant de 15% après une mauvaise année 2016. Celles-ci ont pu bénéficier de la forte hausse des dépenses des touristes étrangers (~32Mds € en 2017 dont 40% émanent des touristes chinois) en ligne avec l’explosion du tourisme au Japon.
  • Les exportations de machines industrielles et agricoles se sont également nettement accrues (+15,4%), grâce aux exports de turbines et moteurs (+48%), et au boom des expéditions de machines pour le travail du caoutchouc ou des matières plastiques (+336%, 65M€).
  • Les exportations de textiles, habillement, cuir et chaussures ont en revanche vu leur montant s’éroder de nouveau en 2017 de -4,6% après -27,6% en 2016 à 591 M€.
II. Les investissements français au Japon sont élevés en stock, les investissements japonais en France restent en croissance

Le Japon est traditionnellement peu ouvert aux investissements étrangers : selon la CNUCED, avec un stock d’IDE entrants de 187 Mds $ en 2016 (~169 Mds€), le Japon se situe largement en-dessous de la moyenne des pays du G7 qui atteint 1 507 Mds $ (~1 361 Mds €). De plus ce stock s’est réduit de 13% depuis 2010. A l’inverse, le Japon est la 4ème source d’IDE au monde à 1 401 Mds $ (~1265 Mds €) en stock[1] en 2016.

      A. Les investissements français au Japon

Selon la Banque de France (BdF), le Japon se place en 2016 au 10ème rang des récipiendaires d’investissements directs français en stock (soit 26,1 Mds € investis et +1% par rapport à 2015). Toutefois, ces données dressent un tout autre tableau au niveau des flux nets d’IDE français investis au Japon qui se révèlent négatifs en 2016 (-145 millions € après des IDE net entrant de 50 millions € en 2015). En effet le retrait des investissements en capital à hauteur de -1 023 M€ en 2016 n’a pas été compensé par le réinvestissement des bénéfices générés par les IDE (803 M€). A l’inverse, sur les quatre dernières années, les investissements nets en capital (nouveaux investissements) affichaient des sorties nettes, mais ces dernières étaient compensées par le réinvestissement dans l’archipel des revenus des IDE préexistant atteignant 1,1 Mds €/an en moyenne sur la période. Cette faiblesse des flux réinvestis en 2016 (803 M€) viendrait d’une plus forte redistribution du bénéfice des IDE (2 593 M€) sous forme de dividendes (1 790 M€) (cf Annexe 6).

      B. Les investissements japonais en France

Du côté des investissements japonais en France, le Japon reste le 1er investisseur asiatique en France en stock (et 9ème au total) mais le montant des stocks ne représente que 15,3 Mds €, près de 10 Mds € de moins que les investissements français au Japon. De plus les revenus de ces investissements (541 M€ en 2016) sont principalement redistribués sous forme de dividendes (378 M€ en 2016). Le Japon se place en outre au 7ème rang des investisseurs directs étrangers en flux en France (3,5% du total, soit +887 M€ investis après 133 M€ en 2015).

Selon le MOF, la France se place en 2016 au 19ème rang des récipiendaires en stock et au 4ème rang des pays européens, loin derrière les Etats-Unis (33,4% du stock total d’IDE émis par le Japon). L’UE dans son ensemble attire néanmoins presqu’autant d’IDE japonais (293 Mds €) que l’Asie[2] (333 Mds €) avec des croissances fortes ces deux dernières années.

      C. Structure sectorielle des investissements bilatéraux

Le stock investi par la France au Japon se concentre à plus de 75,5% dans l’industrie manufacturière (majoritairement l’automobile, mais aussi la métallurgie, l’informatique, l’électronique et l’optique) et les activités financières et d’assurance (20%), la part de ces dernières aillant augmenté par rapport à 2015 (cf Annexe 7). En termes de flux, les activités de finance et d’assurance restent très attractives, avec le plus gros flux d’IDE entrant net en 2016 (+766 M€), l’industrie manufacturière japonaise a en revanche essuyé un retrait net de capitaux français (-898 M€). Le stock investi en France par le Japon se concentre à 60% dans l’industrie manufacturière (industrie automobile et pharmacie surtout) et à 25% dans le commerce et la réparation d’automobiles et motocycles. En 2016 les flux d’investissement restent dominés par le secteur manufacturier (535 M€) mais voit également d’autre secteurs émerger tels que les activités spécialisées, scientifiques et techniques. Selon Business France, les quelques 490 entreprises japonaises établies en France en 2016 emploient près de 74 000 salariés. Toyota, déjà bien implanté en France[3], a de plus annoncé le 21 janvier une augmentation de près de 300M € de ses investissements sur le territoire français.

*  *  *

1. La dégradation de notre solde commercial avec le Japon s’inscrit dans le contexte d’une forte dégradation du solde commercial global de la France vis-à-vis du reste du monde à 62,3 Mds €. La reprise de l’activité économique en France, notamment de la production industrielle, s’est en effet traduite  par une nette reprise des achats de biens intermédiaires, notamment en provenance du Japon. La hausse des importations d’équipement de transport, notamment de composants automobiles est néanmoins plus préoccupante.

2. Les exportations bilatérales sont néanmoins revenues dans le vert en 2017, notamment dans le secteur agroalimentaire. La signature de l’Accord de Partenariat Economique entre l’UE et le Japon[4] conclu en décembre 2017 et qui devrait entrer en vigueur au 1er semestre 2019 devrait stimuler encore nos exportations agroalimentaires vers le Japon (le Japon représente déjà près de 20% de l’excédent à l’export du secteur).



[1] Derrière les Etats-Unis, Hong Kong, et le Royaume-Uni

[2] Intérêt stratégique important avec des taux de croissance à 2 chiffres des stocks d’IDE sur les années 2000 du fait des chaînes de production délocalisée

[3]Le groupe emploie environ 3 800 personnes en France, et réalise un chiffre d’affaires supérieur à 4Mds €,  avec l’emblématique Toyota Yaris notamment.

[4] Cf. Note SER de Tokyo 2018 du 11 janvier 2018 : Négociations commerciales Japon UE TPP.


[1] 1,8 % des importations françaises sont achetées au Japon.

[2] Dépréciation de la valeur moyenne du taux change JPY/EUR sur l’année 2016, par rapport à sa valeur moyenne en 2015. Source : BCE

 

[3] Imprimantes, photocopieuse, machines comptables hors ordinateur.

[4] Incitation à quitter le travail plus tôt chaque dernier vendredi du mois pour rééquilibrer l’équilibre vie privée-vie professionnelle et relancer la consommation.

[5] Médicaments contenant des antibiotiques, hormones ou alcaloïdes et autres préparations pharmaceutiques (sérums et vaccins, contraceptifs, réactifs de diagnostic).

[6] Sanofi est la 3ème entreprise pharmaceutique mondiale en 2016 (LEEM, 2016, en termes de chiffre d’affaire et part de marché).



[1] Pour le Japon, cette entrée de capitaux de 26 Mds place la France au 3éme rang des investisseurs étrangers en stock derrière les Etats-Unis et les Pays-Bas

[2] Et le 1er investisseur asiatique.

 

ANNEXES :
 
commerce 1
commerce 2
Commerce 3Commerce 4
Commerce 5
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