Commerce extérieur japonais en 2020

Reprise en V du commerce extérieur japonais. Contraction des exportations japonaises, plus importante que celle du commerce mondial, en raison d’une spécialisation dans des secteurs subissant un fort ralentissement en 2020. Fort rebond des exportations dès la fin de l'année toutefois, faisant du commerce extérieur un relais de croissance durable. Renforcement notable du poids de la Chine, premier fournisseur historique et désormais durablement installé comme premier client devant les États-Unis.

 

1. L’Asie - Chine en tête - domine le flux du commerce extérieur japonais

a) En 2020, les exportations japonaises baissent de 11,1%, pour atteindre 570 Mds €, contre 641 Mds € en 2019. Après une diminution de 5,6% en 2019, le niveau des exportations atteint un plus bas depuis 2016 (583 Mds€).

b) En 2019, les exportations étaient pénalisées par la chute de la demande en provenance des principaux partenaires asiatiques : -7,6% pour les exportations vers la Chine (19% du total des exportations/1er client) et -13% pour les exportations vers la Corée (7% du total/3e client). La baisse des exportations vers l’UE et les Etats-Unis était moins marquée: respectivement -2,8% et -1,4%.

c) En 2020, la tendance s’inverse: les exportations vers les Etats-Unis (-17,3%) et l’Europe (-15,1%), zones durement frappées par la pandémie, s’effondrent, alors que la baisse est limitée à -5,1% en Asie - portée par les exportations vers la Chine (+2,7%).

Forte d’une situation sanitaire relativement maîtrisée, l’Asie conforte sa place de première destination des exportations japonaises (57% du total, +3pp), notamment vers la Chine (22%, +3pp), suivie par la Corée du Sud (7%, stable), Taiwan (7%, +1pp) et Hong-Kong (5%, stable). Les Etats-Unis (18,4% du total, -1,6pp) et l’Union Européenne (11% du total, -1pp) sont en recul. La Chine passe devant les Etats-Unis comme premier client du Japon.

 

2. Une baisse des exportations marquée dans les secteurs touchés de plein fouet par la crise

La chute des exportations japonaises est supérieure à celle du commerce mondial de biens et services (-8,5% selon le FMI contre -11,1% pour le Japon).

Cette performance reflète la spécialisation du Japon dans des secteurs particulièrement touchés par la pandémie: les équipements de transports (21% des exportations), les machines-outils (19% des exportations) représentent à eux-seuls 66% de la contribution à la baisse des exportations. Le poste équipements de transport (- 20%) souffre de la baisse marquée des exports de voitures (-19%, 60% du poste), en lien avec celle des ventes de voitures de 15% dans le monde en 2020 (source IHS Markit). Le poste machines-outils (-13%) est touché par la contraction de la production industrielle mondiale en 2020. Seuls les équipements pour semi-conducteurs (21 Mds €, +2%) sont en hausse.

Représentant également 19% des exportations, le poste appareils électriques (107 Mds €, -3%) se maintient grâce aux semi-conducteurs (34 Mds €, +2%) et aux circuits intégrés (24 Mds €, stables). Dans la mesure où une part importante des ventes d’appareils électriques a lieu en ligne, le secteur bénéficie en 2020 de l’explosion du e-commerce compensant une partie de la chute des ventes physiques : la croissance du e-commerce mondial est ainsi estimée à 28% en 2020, pour un volume total de près de 4 Tns € (source: eMarketer).

Ces performances pèsent sur le tissu productif japonais, qui apparait plus dépendant que jamais de la demande extérieure : 50% des véhicules fabriqués au Japon sont destinés à l’export (source : Japan Automobile Manufacturers Association - JAMA). Pour les appareils électriques, cette tendance est même à la hausse, avec 93% des appareils électriques fabriqués en 2020 exportés, après 85% en 2018 et 90% en 2019 (source : Japan Electronics and Information Technology Industries Association - JEITA).

 

3. La contraction des importations permet un retour de l’excédent commercial

a) Les importations totales chutent de 13,8%, tirées pour moitié par la baisse du poste combustible (-34%). Le pays a avant tout bénéficié d’une diminution de sa facture énergétique, qui repose à plus de 90% sur des hydrocarbures importés. Ainsi, les importations de pétrole, de gaz et de charbon (respectivement la ½, le ¼ et 15% du poste "combustibles") se contractent de 42%, 26% et 33% (mais seulement de 16%, 4%, et 7% en volume). La seconde plus forte baisse concerne les importations d’équipements de transport (22 Mds €, -27%). Au sein de ce poste, les importations de véhicules motorisés chutent de 17% au global (9,7 Mds €) et de 32% depuis la France (de 333M € à 227 M €).

b) La part de l’Asie dans les importations se renforce (51%, +3pp). La Chine reste de loin le premier fournisseur du pays avec 26% du total (23% en 2019), largement devant les Etats-Unis (11%, stable) et l’Australie (6%, stable). Les importations depuis le Moyen-Orient baissent de 37%, en lien avec la baisse des prix de l’énergie. 5ème fournisseur du Japon en 2019, l’Arabie Saoudite glisse au 10ème rang en 2020. 

Selon les douanes japonaises, les importations depuis la France sont en baisse de 24,8%, un chiffre globalement similaire à celui des douanes françaises (-27,1%). Près des deux tiers de cette baisse s’explique en fait par le fort repli des ventes d’aéronefs à partir de sites français (667M €, -70%). La France devient le 3ème fournisseur européen, derrière l’Allemagne et désormais l’Italie; elle est le 17ème fournisseur du Japon.

Le repli des importations (-13,8%), plus important que celui des exportations (-11,1%), permet au Japon de retrouver un excédent commercial (5,6 Mds €) pour la première fois depuis 2017.

 

4. Depuis fin 2020, les exportations tirent la reprise économique

Depuis le 3ème trimestre 2020, le solde extérieur des biens et services contribue de manière déterminante à la reprise japonaise : plus de 50% de la croissance au T3 2020 et 30% au T4. Le dynamisme du commerce extérieur se poursuit début 2021 : selon les données des douanes japonaises, les exportations totales ont augmenté de 6% au 1er trimestre et ont même atteint leur plus haut niveau en 3 ans au mois de mars.

Fort d’une sortie de crise plus rapide, l’Asie renforce encore sa place de premier client du Japon. Sur le seul T1 2021, la croissance des exportations japonaises vers les principaux partenaires de la zone décolle : +25,4% vers la Chine, +9,4% vers la Corée et +11,5% vers Taiwan. La croissance des exportations vers le reste du monde, confronté à une sortie de crise plus lente, est plus limitée : -4,9% pour les Etats-Unis, +2,9% vers l’UE, +3,3% vers la France et +1,8% vers l’Allemagne.

A plus long terme le commerce extérieur devrait continuer d’être un moteur significatif de la croissance : la mise en œuvre des accords de libre-échange signés récemment (UE, CP-TPP, Royaume-Uni, RCEP) devrait offrir durablement au Japon de nouveaux débouchés.

 

Publié le 15 juin 2021

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