Commerce extérieur du Japon

Une résilience commerciale japonaise sous contrainte géoéconomique

Le commerce extérieur japonais a poursuivi en 2025 la trajectoire observée au cours des deux années précédentes de réduction du déficit commercial, avec toutefois un dynamisme moins prononcé : si les exportations ont continué de croître, leur rythme de progression a quelque peu décéléré avec une hausse de +3,1 %, pour atteindre 651 Mds EUR, contre +6,2 % en 2024. Les importations, toujours pénalisées par la faiblesse du yen, ont crû de seulement +0,5 % en 2025, à 669 Mds EUR, contre +2,1 % en 2024. Dans ce contexte, la balance commerciale s’est à nouveau améliorée avec un déficit réduit de moitié (-17 Mds EUR). Malgré des résultats ternis par la résurgence du protectionnisme commercial américain (-4,3 % d’exportations vers les États-Unis – 1er client et 2ème partenaire commercial du Japon – et -2,5 % d’exportations automobiles globales en 2025), la croissance des exportations japonaises devance toujours celle des importations, freinée par la chute (en valeur) des importations énergétiques. Après une croissance de +4 % en 2024, la valeur totale des échanges commerciaux du Japon s’est élevée à 1 320 Mds EUR en 2025 (+1,8 % – cf. annexe n° 1).

1- Des exportations japonaises résilientes malgré les recompositions brutales du commerce mondial

En 2025, les exportations japonaises ont crû de +3,1 % en valeur pour atteindre un nouveau record de 110 400 Mds JPY (651 Mds EUR), marquant toutefois un léger ralentissement après une progression de +6,2 % en 2024 (107 087 Mds JPY). Cette hausse a été portée par la croissance des exportations des appareils électriques (+3,4 % en glissement annuel – g.a.) – qui ont représenté 16,8 % du total des ventes japonaises (dont 6,0 % d’exportations de semi-conducteurs et composantes ; +8,4 % en g.a.) –, ainsi que par l’augmentation des exportations de machinerie (appareils et équipements mécaniques), soit 17,9 % des ventes totales (+2,5 % en g.a.). À noter cependant la contraction de -2,3 % des exportations de biens manufacturés (10,6 % du total) – dont -10,5 % de produits de fer et d’acier – et de -2,5 % de voitures (14,3 % du total). Si la structure des exportations demeure très proche de celle observée en 2024, les données publiées par les Douanes japonaises rapportent toutefois une forte hausse des ventes de produits « divers » (i.e. optique, jouets, papeterie, meubles, bijouterie, etc. ; +14,9 %), qui constituent près de 20 % des ventes totales, reflétant une tendance à la diversification de la production nippone (cf. annexe n° 2).

Les flux d’exportations japonais demeurent concentrés en Asie (54,2 % du total ; +5,3 % en 2025) : 17,0 % vers la Chine (111 Mds EUR ; -0,4 % en g.a.), 14,5 % vers les pays de l’ASEAN (94 Mds EUR ; +3,9 %), 7,2 % vers Taïwan (+15,1 %), et 6,3 % vers la Corée du Sud (-1,0 % – cf. annexe n° 3). Bien qu’en recul de -4,3 % en valeur, les exportations japonaises à destination des États-Unis permettent à ces derniers de conserver leur rang de 1er client du Japon (121 Mds EUR). Cette relative résistance reflète en large partie la décision des exportateurs japonais d’absorber le coût des droits de douane américains – fixés à 15 % depuis l’accord commercial bilatéral signé en septembre –, au détriment de leurs marges. Par ailleurs, les exportations vers l’Union européenne ont progressé de +1,3 % en 2025 (9,1 % du total, soit 59,7 Mds EUR). Premier client européen, l’Allemagne a enregistré une croissance de +3,8 % de ses importations depuis le Japon (16 Mds EUR) ; les exportations vers la France ont été stables (5,9 Mds EUR ; +0,4 %) ; celles vers l’Italie ont reculé (4,2 Mds EUR ; -6,5 %). Le Royaume-Uni apparaît toutefois comme l’un des principaux bénéficiaires des recompositions commerciales récentes, avec une hausse de +13,6 % des exportations japonaises vers ce marché par rapport à 2024, à 11 Mds EUR. Bénéficiant d’un effet de rattrapage après la stagnation des ventes en 2024, les ventes vers le marché britannique semblent avoir été portées par l’accession effective du Royaume-Uni au CPTPP en décembre 2024. Il a représenté 1,8 % des exportations totales de l’Archipel, contre 2,5 % pour l’Allemagne et 0,9 % pour la France.

2- Faible hausse des importations liée au reflux énergétique et à la recomposition des approvisionnements

En 2025, les importations japonaises n’ont progressé que modestement, à +0,5 % en g.a., freinées essentiellement par le recul marqué des importations de combustibles minéraux (-13,2 %, à 131 Mds EUR) et, dans une moindre mesure, par la contraction des importations de matières premières (-4,3 %, à 45 Mds EUR). Avec une contribution de -3,0 ppt à la croissance des importations en valeur, cette baisse des importations énergétiques (notamment de pétrole et de charbon) pourrait traduire plusieurs tendances : recul des prix (toutefois en partie compensé par la dépréciation du yen), contraction de l’activité industrielle liée à l’acier et aux minerais, capacité de stockage limitée dans le contexte d’une pratique japonaise de sur-inventaire énergétique. Malgré tout, plusieurs postes ont enregistré de substantielles progressions, en particulier la machinerie (+12,7 %, à 73 Mds EUR, représentant 10,8 % des importations totales en 2025), les appareils électriques (+6,1 %, représentant 16,6 % du total), ainsi que les produits « divers » (+4,9 %, soit 14,1 % des importations nippones).

La Chine reste de loin le 1er fournisseur du Japon, avec 23,6 % des importations nippones en 2025, à hauteur de 158 Mds EUR (+5,5 % en g.a.). Les États-Unis et l’Union européenne suivent à bonne distance, représentant respectivement 11,4 % (76 Mds EUR ; +1,8 %) et 11,3 % (75 Mds EUR ; +6,6 %) des importations japonaises. Pénalisés par le recul des exportations énergétiques vers le Japon, le Moyen-Orient et l’Australie ont vu leur poids diminuer dans les importations du Japon en 2025. Les importations en provenance du Moyen-Orient ont ainsi reculé de -11 %, à 68 Mds EUR, représentant 10 % du total, tandis que celles venant d’Australie se sont contractées de -15 %, à 40 Mds EUR, soit 6 % des importations nippones. Les importations japonaises en provenance d’Europe ont été soutenues par la progression des achats auprès de plusieurs grands partenaires, notamment l’Allemagne (+7,1 % en g.a., représentant 3,1 % des importations totales), le Royaume-Uni (+11 % en g.a. ; 1,2 %), l’Italie (+5,8 % en g.a. ; 1,7 %), et la France (+3,2 % en g.a. ; 1,6 %, à hauteur de 10,4 Mds EUR). En Asie, qui concentre 49,3 % des importations nippones, les principaux fournisseurs du Japon après la Chine demeurent Taïwan, le Vietnam et la Corée du Sud, chacun représentant environ 4 % de parts de marché, mais avec des dynamiques contrastées au cours de l’année écoulée : respectivement +8 %, +12 % et -5,4 %.

3- Un déficit en nette résorption, porté par la faiblesse du yen et le rééquilibrage des échanges extérieurs

Le déficit commercial du Japon s’est largement résorbé l’an dernier, confirmant la tendance des années précédentes, passant de -34,3 Mds EUR en 2024 à -17,3 Mds EUR en 2025, soit une amélioration de 48 % (suivant un redressement de 53 % en 2023, puis 41 % en 2024 – cf. annexe n° 4). La faiblesse du yen a nettement favorisé la progression des exportations (dépréciation de -13,6 % en rythme nominal au cours de l’année 2025 face à l’euro, à un niveau moyen de 169 JPY pour 1 EUR, et de 150 JPY pour 1 USD), tout en contribuant à freiner les importations – dont 70 % sont libellées en dollar US, selon la Banque du Japon – et en bridant le pouvoir d’achat des ménages, déjà tiré à la baisse par une inflation domestique à +3,2 % en moyenne en 2025 et par la contraction continue des salaires réels tout au long de l’année.

Allant clairement dans le sens des objectifs poursuivis par l’administration Trump, le Japon a réduit de -13,3 % son excédent commercial vis-à-vis des États-Unis en 2025, à 7 464 Mds JPY (44 Mds EUR). En revanche, en Asie, l’Archipel a enregistré une forte hausse de son excédent commercial régional (+40 % en g.a.), portée notamment par l’amélioration des soldes dégagés vis-à-vis de Hong Kong (+19 %), de Taïwan (+29 %), de la Corée du Sud (+8,3 %) et de Singapour (+11 %). À l’inverse, le déficit commercial japonais vis-à-vis de la Chine s’est nettement creusé (+23 % en g.a.), à -7 921 Mds JPY (soit -47 Mds EUR). Le déficit commercial du Japon à l’égard de l’Europe s’est également accentué (+33 % en g.a., à hauteur de -2 665 Mds JPY, soit -16 Mds EUR), dans le sillage notamment de celui enregistré vis-à-vis de la France (+7,2 % en g.a., à hauteur de -751 Mds JPY, soit -4,4 Mds EUR – cf. annexe n° 5). Sans surprise, les principaux excédents sectoriels du Japon restent concentrés dans les équipements de transport, avec un solde positif de 19 492 Mds JPY (115 Mds EUR), et dans la machinerie, avec un excédent de 7 442 Mds JPY (44 Mds EUR). À l’inverse, les déficits les plus marqués concernent les combustibles minéraux (-20 875 Mds JPY, soit -123 Mds EUR) et les produits alimentaires (-8 850 Mds JPY, -52,2 Mds EUR – cf. annexe n° 6).

4- Une stratégie commerciale extérieure au cœur de l’adaptation du Japon au déclin démographique

Face au rétrécissement de son marché intérieur dû au déclin démographique, le Japon s’appuie sur la multiplication d’accords de libre-échange multilatéraux (CPTPP, RCEP, ASEAN, APE UE-Japon) et bilatéraux (Royaume-Uni, États-Unis, Australie, etc.) : la part du commerce japonais couvert par les accords commerciaux est ainsi passée de 20 % en 2011 à près de 80 % en 2025 (cf. annexe n° 7). La contribution du commerce extérieur à la croissance du PIB réel nippon marque cependant un coup d’arrêt, avec une contribution négative de -0,3 ppt des exports nets à la croissance en 2025. Toutefois, la progression de sa balance commerciale et de sa position extérieure nette (3 176 000 Mds EUR, soit 90 % du PIB japonais et 3,2 % du PIB mondial) a permis au Japon d’améliorer son solde courant, qui s’est élevé à 183,4 Mds EUR en 2025 (+10 % ; 4,7 % du PIB), au plus haut depuis 1985 (cf. annexe n° 8).

Alors qu’il poursuit depuis 2013 une stratégie active d’ouverture commerciale, le Japon cherche désormais à renforcer son autonomie stratégique face à sa forte dépendance externe, en particulier à l’égard des économies américaine et chinoise. L’année 2025 a mis en lumière cette vulnérabilité, entre droits de douane américains relevés jusqu’à 25 % – finalement ramenés à 15 % après cinq mois de négociations – et mesures coercitives chinoises sur les exportations, en particulier de biens à double usage, ciblant spécifiquement le Japon. Cette incertitude est renforcée par la volatilité du yen et par les signaux parfois contradictoires des autorités japonaises, partagées entre soutien à la compétitivité des exportateurs et préoccupations croissantes s’agissant de la stabilité financière et la défense du pouvoir d’achat des ménages.

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