Investissements Directs Étrangers impliquant le Japon en 2020

Le Japon reste un investisseur majeur dans le monde, avec un stock à l’étranger de 1 739 Mds € (5ème rang mondial). Cette dynamique n’a pas été remise en cause par la COVID, et peut continuer à s’appuyer sur une force de frappe financière exceptionnelle des entreprises locales. En revanche, l’ouverture de l’archipel aux IDE reste limitée (28ème rang mondial). A l’échelle bilatérale, la France investit presque 2 fois plus au Japon (19 Mds € en stock) que le Japon en France (11 Mds) : la France est le 5ème investisseur au Japon mais seulement le 23ème pays récipiendaire.

I. Un des principaux pays investisseurs à l’étranger…

1er investisseur au monde en flux en 2019 avec un niveau record de 199 Mds €, le Japon passe en 2020 à la 3ème place, avec un flux de 101 Mds €, dépassé par la Chine (117 Mds €) et le Luxembourg (111 Mds €). Les flux japonais ont davantage diminué que les flux mondiaux (-49% contre -39%) mais ils restent supérieurs à ceux des Etats-Unis (81 Mds € ; -1%), Hong Kong (90 Mds € ; +92%) et l’Allemagne (31 Mds €, avec une baisse de -75%). Cette performance intervient également alors que le niveau record atteint en 2019 était en partie dû à l’acquisition par l’entreprise pharmaceutique Takeda de l’Irlandais Shire pour 54 Mds €: les fusions-acquisitions par des entreprises japonaises sont passées de 93 Mds € en 2019 à 16 Mds € en 2020. Au terme de l’année 2020, le Japon représente le 5ème investisseur mondial en stock (gain d’1 place), avec 1 739 Mds € d’IDE,  dépassant désormais Hong Kong (1 714 Mds €) et confortant sa place devant l’Allemagne (1 734 Mds €).

Alors que son marché intérieur rétrécit (perte de 25M d’habitants d’ici 2050) et que sa croissance potentielle n’a pas dépassé 1% de manière durable depuis les années 2000, le Japon est obligé de se tourner vers l’extérieur pour trouver des débouchés de croissance. Le Japon peut s’appuyer sur un patrimoine financier domestique exceptionnel: 27 000 Mds € d’actifs financiers, soit 6 fois son PIB, détenus par les acteurs privés et investis dans l’archipel comme à l’étranger. Entre 2000 et 2020, les IDE sortants ont été multipliés par 7,2 (et les revenus d’investissements directs par 6,4) contre 1,4 pour les exportations. L’implantation locale de la production, complémentaire des exportations, est, de longue date, au cœur de la stratégie commerciale des entreprises: en ASEAN comme en Chine, les volumes de ventes par les filiales d’entreprises nippones dépassent de 4 à 5 fois les volumes d’exportations correspondantes. Fort des revenus générés par ses IDE, et après avoir longtemps été au 1er rang, le Japon affiche en 2020 le 3ème excédent courant au monde (144 Mds €), derrière la Chine (240 Mds €) et l’Allemagne (234 Mds €).

II. …mais une ouverture aux IDE limitée, entre promotion de l’attractivité et sécurité économique

Sur 2020, les flux d’IDE vers le Japon (-30%) ont moins baissé que les flux mondiaux (-35%), mais ont été moins dynamiques que les flux vers l’Asie (+4%, dont +6% pour la Chine et -4% pour la Corée). Le Japon se classe ainsi au 22ème rang des pays récipiendaires en flux (26ème rang en 2019), avec 9 Mds €. Le stock d’IDE entrants au Japon reste faible, à 213 Mds € (5% de son PIB, contre 37% pour la France): le Japon est seulement le 28ème récipiendaire mondial en stock (+1 place), derrière la Chine, Hong Kong et Singapour, mais aussi l’Inde, la Thaïlande et la Corée. Au total, le stock d’IDE entrants au Japon ne s’est accru que de 13% entre 2010 et 2020, contre +118% pour l’ensemble des économies avancées. Conscient du potentiel de croissance pour l’économie, le gouvernement a annoncé en juillet 2021 son objectif de relever d’ici 2030 la part des IDE à 12%PIB (qui correspond au score coréen), avec un nouvel accent mis sur l’innovation : en septembre 2020, le METI et le JETRO ont lancé la plateforme J-Bridge visant à renforcer les fusions-acquisitions entre entreprises japonaises et étrangères dans six secteurs prioritaires (neutralité carbone, smart cities, mobilité, santé, commerce de détail, agrotech), en associant davantage les préfectures aux remontées d’information sur les opportunités locales.

Face à des risques accrus d’instrumentalisation des enjeux économiques de la part de pays étrangers, les efforts visant à renforcer l’attractivité du territoire japonais vont de pair avec l’intensification des réflexions autour du contrôle des investissements étrangers. En 2019, le seuil donnant lieu à contrôle préalable pour les prises de participation étrangères est abaissé de 10% à 1% dans les secteurs dits sensibles (en lien avec la sécurité nationale, l’ordre public, la sécurité publique, les activités économiques essentielles –élargis récemment à la cyber-sécurité puis à la pharmacie). L’importance donnée à la sécurité économique est amenée à se renforcer, avec la création, par le nouveau Premier Ministre F. Kishida, d’un ministère dédié, chargé d’adopter une loi globale d’ici 2022. Le pays travaille également au retour de la production d’intrants stratégiques sur le territoire national, démarche qui s‘est illustrée en octobre 2021 par le financement public, pour moitié (sur un  coût total de 6,5 Mds €), d’une usine de semi-conducteurs du taiwanais TSMC à Kumamoto (Kyushu).

III. La France est un investisseur de premier plan au Japon

Après avoir occupé la 2ème place sur 2018 et 2019, la France est devenue en 2020 le 5ème investisseur étranger au Japon en stock (occupant une part de marché de 8,4%). Les investissements directs français se concentrent dans le secteur manufacturier, notamment automobile, et la finance (pour respectivement plus de la moitié et un tiers).

  • Selon le JETRO (Japan External Trade Organization): 6ème investisseur en flux en 2019, la France a été rétrogradée au 13ème rang en 2020 (172 M€). La forte baisse des flux français en 2020 (-88%) est allé de pair avec une forte hausse des flux depuis ses concurrents, avec notamment +1014% pour le Royaume-Uni, qui devient le 1er investisseur en flux à 26,8 Mds€ mais avec des résultats sans doute gonflés par des rachats immobiliers et, surtout, par le contexte post-Brexit (prêts par des filiales japonaises à leurs maisons mères). Globalement, l’UE reste un investisseur majeur au Japon (stock de 87 Mds €) mais sa part de marché passe de 40% à 26%, avec la prise en compte statistique du Brexit.
  • Selon la Banque de France, le flux d’investissement français au Japon s’est élevé à 191 M€ en 2020. Dans ce cadre, le Japon se classe en 2020 à la 14ème position des cibles d’investissements français (inchangé depuis 2019) avec un stock français au Japon de 18,8 Mds€ en diminution sensible depuis le pic atteint en 2016 (26 Mds €). Le Japon reste la 2ème destination d’investissement en Asie après la Chine. On note également une sensible révision des flux 2019 vers le Japon (-2,5 Mds €), prenant en compte les prêts accordés par des filiales françaises au Japon à leurs maisons mères en France (-426M€), ainsi que la baisse des bénéfices réinvestis (-2,9 Mds€).
IV. Les investissements directs japonais en France restent inferieurs aux investissements directs français au Japon

Les investissements japonais en France progressent en valeur mais restent relativement faibles (10ème investisseur, part de marché de 1,6%), concentrés par ailleurs dans les secteurs manufacturier et automobile.

  • Selon JETRO, la France a accueilli un flux d’investissement japonais de 0,5 Md€ en 2020, en baisse de 67% (contre -41% pour les flux japonais vers le monde) et se classe au 26ème rang des pays récipiendaires (20ème en 2019). La baisse des flux d’investissements japonais vers les grands pays européens (Royaume-Uni -44%, Allemagne -79%) est allée de pair avec une hausse vers le Luxembourg (x10, 2ème,+17 places) et les Pays-Bas (x3, 4ème,+5 places). La France représente moins de 1% du stock japonais dans le monde (0,8%), se classant au 23ème rang (-3 places), avec 14,7 Mds €. Si les capitaux japonais sont dirigés de façon prioritaire vers les Etats-Unis (30% du stock japonais), l’Europe reçoit davantage d’IDE japonais (516 Mds €) que l’Asie (483 Mds €).
  • Selon la Banque de France, le Japon a réduit ses investissements en France de 95M€ en 2020 en raison notamment du remboursement de prêts intra-groupes par des filiales présentes en France (-249M€). Avec un stock de 10,9 Mds €, soit 1,6% du total investi en France et environ deux fois moins que le stock français sur l’archipel, le Japon reste le 10ème investisseur étranger et le 1er investisseur asiatique en France (1,4% du total des IDE en France, contre 0,7% pour Hong Kong et 0,4% pour la Chine).
  • Selon le rapport 2020 de Business France, le Japon se classe à la 10ème place des investisseurs en France en nombre de projets, avec 42 nouveaux projets (3,5% du total, en baisse de 26% contre -17% au global) permettant la création et\ou le maintien de 1244 emplois (contre 952 en 2019, 3,6% du total). Au total, le Japon compte 850 entreprises en France pour 91.000 salariés, dont 11% dans le secteur automobile, 8% dans les équipements du foyer, 7% dans les médicaments/biotech et 6% dans les équipements électriques et informatiques.
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