JAPON
Investissements directs à l'étranger
Bilan 2024 des IDE France-Japon : poursuite d’un rééquilibrage graduel
En 2024, le Japon a confirmé son rang d’investisseur international de premier plan, enregistrant le 2ème flux mondial d’investissements directs à l’étranger (IDE), à hauteur de 188 Mds EUR, pour un stock global de 1 987 Mds EUR. Cette performance repose largement sur la capacité d’investissement élevée des entreprises japonaises, portée par des bilans solides et une abondante épargne financière. À l’inverse, le Japon continue d’attirer relativement peu d’IDE entrants, se classant seulement au 26ème rang mondial en flux. Cette situation a conduit les autorités à lancer en 2023 un plan dédié à l’attractivité, dont les objectifs ont été rehaussés en 2025. Dans ce contexte, la relation bilatérale avec la France, bien que structurellement déséquilibrée, a dans la période récente évolué favorablement. Avec un stock d’IDE français au Japon évalué à 15,9 Mds EUR (données Banque de France), la France apparaît comme le 5ème investisseur étranger au Japon. Symétriquement, bien qu’encore assez modéré, le stock japonais d’IDE en France a progressé de +6,2 % sur un an en 2024, traduisant la poursuite du rééquilibrage graduel des flux d’investissement bilatéraux. Premier investisseur asiatique dans le monde, le Japon se classe au 10ème rang des pays investisseurs en France.
1. Face au déclin démographique, le Japon projette sa croissance à l’international
En 2024, le Japon a conservé son rang de 2ème investisseur mondial en flux d’IDE, avec 188 Mds EUR, derrière les États-Unis (245,5 Mds EUR, en net recul sur un an). Sans retrouver le pic de 2019 (200 Mds EUR), les flux sortants ont néanmoins poursuivi leur trajectoire haussière engagée depuis 2021, à un rythme plus modéré qu’en 2023 (+3,5 % en 2024, après +14 % en 2023). En stock détenu à l’étranger, le Japon reste le 7ème investisseur mondial avec 1 987 Mds EUR (+6 % en g.a.), loin derrière les États-Unis (1er, avec 9 016 Mds EUR), proche de l’Allemagne (2 081 Mds EUR) et du Royaume-Uni (2 111 Mds EUR), mais devant la France (1 552 Mds EUR).
Cette stratégie d’investissement international de long terme s’inscrit dans la réponse structurelle du Japon au rétrécissement de son marché domestique (population projetée à 87 Mi en 2070, contre 124 Mi aujourd’hui) et à une croissance potentielle durablement inférieure à 1 %. Elle repose sur un patrimoine financier privé exceptionnel, évalué à 22 881 Mds EUR (plus de deux fois le PIB), détenu à 60 % par les ménages et à 40 % par les entreprises. Entre 2000 et 2024, les flux d’IDE sortants ont été multipliés par plus de 6 et les revenus tirés de ces investissements par 18.
Portée par les revenus d’IDE et par le redressement graduel de la balance commerciale (-33 Mds EUR, après un déficit record de -147 Mds EUR en 2022), la balance courante japonaise a progressé de +29 % en 2024, atteignant 179 Mds EUR. Le Japon affiche désormais la 3ème balance courante mondiale, derrière la Chine (392 Mds EUR) et l’Allemagne (244 Mds EUR), mais devant les Pays-Bas (102 Mds EUR) et la Corée du Sud (915 Mds EUR).
2. Le Japon, partagé entre stratégie d’attractivité et durcissement du filtrage des investissements
En 2024, les flux d’IDE entrants vers le Japon ont reculé de -36 %, à 12,3 Mds EUR, une contraction plus marquée que celle observée en Asie (-2,8 %) et à contre-courant de la dynamique mondiale (+3,7 %). Le Japon se classe ainsi au 26ème rang mondial des pays récipiendaires en flux (vs. 21ème rang en 2023). Le stock d’IDE entrants, évalué à 203 Mds EUR, demeure structurellement faible (5,5 % du PIB, vs. 33 % en France), plaçant le pays au 33ème rang mondial seulement, derrière la Chine, Singapour, Hong Kong, ou encore l’Indonésie et la Corée du Sud (UNCTAD).
Face à ce déficit d’attractivité, les autorités publiques ont lancé en avril 2023 un plan d’action visant à porter le stock d’IDE entrants à 100 000 Mds JPY d’ici 2030, un seuil relevé en juin dernier à 120 000 Mds JPY (732 Mds EUR, ≈20 % du PIB). Le plan actualisé décline 32 mesures autour de 5 piliers, mettant notamment l’accent sur l’attraction de talents hautement qualifiés (en ciblant l’Asie du Sud-Est et l’Inde) vers les secteurs stratégiques – en particulier les semi-conducteurs –, le développement des fusions-acquisitions transfrontalières et le renforcement des coopérations entre start-ups japonaises et fonds de capital-risque étrangers. Il prévoit également la création d’une task-force dédiée à l’attraction des talents et des capitaux internationaux, associant le réseau diplomatique et la Japan External Trade Organization (JETRO), déployée depuis 2023 dans cinq pays, dont la France.
En parallèle, et en tension avec cette stratégie d’ouverture, le Japon a renforcé ces dernières années son arsenal de sécurité économique, dans un contexte de fragmentation commerciale mondiale et de préoccupations accrues en matière de souveraineté technologique. La Première ministre S. Takaichi a fait de ce sujet un axe central de son programme et a annoncé en novembre l’ouverture d’une révision de la Loi de 2022 sur le filtrage des investissements étrangers (Economic Security Promotion Act – ESPA), afin de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement et la protection des données. Les autorités envisagent à terme la mise en place d’un mécanisme de contrôle renforcé des IDE, inspiré du Comité américain sur l’investissement étranger (CFIUS), chargé d’évaluer les risques liés à l’actionnariat étranger, aux technologies sensibles et aux enjeux de sécurité nationale.
3. La France, un investisseur majeur au Japon (au 5ème rang des investisseurs étrangers)
Selon le JETRO, en 2024, la France a conservé sa 5ème place en tant qu’investisseur étranger au Japon en stock (derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, Singapour et les Pays-Bas), un rang qu’elle occupe depuis 2020, avec une part de 6,2 % du stock total entrant. En valeur, le stock français a toutefois reculé de -9,6 %, à l’instar des deux premiers investisseurs – les États-Unis (-23 %) et le Royaume-Uni (-7 %) – qui demeurent néanmoins prépondérants, représentant respectivement 20 % et 17 % du stock total d’IDE au Japon.
Du point de vue français (données Banque de France), le Japon constitue le 16ème stock d’IDE français à l’étranger (rang stable), à hauteur de 15,9 Mds EUR, en contraction de -5,1 % en g.a. Le pays reste la 3ème destination asiatique des IDE français, derrière la Chine (33,6 Mds EUR) et Singapour (20,6 Mds EUR). Les investissements français au Japon sont majoritairement concentrés dans le secteur manufacturier (56 %) – en particulier l’automobile (41 %) –, les activités financières et d’assurance (33 %), ainsi que dans le secteur pharmaceutique (8 %). En flux, la France a été le 5ème investisseur au Japon en 2024, à hauteur de 2 Mds EUR, et 3ème investisseur européen, derrière la Suisse (5,3 Mds EUR) et les Pays-Bas (4,8 Mds EUR).
4. Investissements japonais en France : une dynamique forte malgré un poids encore limité
Bien que d’ampleur relative (10ème investisseur avec 1,4 % du stock total d’IDE), l’investissement du Japon en France a significativement progressé en 2024. Le stock d’IDE japonais en France a ainsi atteint 13,4 Mds EUR en 2024 (vs. 12,6 Mds EUR en 2023), soit un accroissement de +6,2 %. Conjuguée au repli du stock français au Japon, cette évolution s’est soldée en 2024 par un rééquilibrage, graduel, des investissements croisés : le stock d’IDE français en France dépasse ainsi de 19 % le stock d’IDE japonais en France en 2024, alors qu’il lui était supérieur de 33 % en 2023. Le Japon reste ainsi le 1er investisseur asiatique en France, devant Singapour, Hong Kong et la Chine.
Les IDE japonais en France sont surtout concentrés dans le secteur manufacturier (49 %) – l’automobile captant 23,5 % du total –, ainsi que dans les activités financières et d’assurance (9 %). En 2024, le Japon a réalisé 51 projets à l’origine de 1 645 emplois créés sur notre territoire, ce qui en fait le 6ème employeur étranger (Business France).
Cette dynamique se traduit par une amélioration sensible du positionnement de la France en termes de destination des investissements japonais. La France a ainsi gagné 5 places, se positionnant au 18ème rang mondial des pays récipiendaires d’IDE japonais en stock en 2024 (21,9 Mds EUR – données JETRO), et au 7ème rang parmi les pays européens, loin toutefois du Royaume-Uni (156 Mds EUR) et des Pays-Bas (153 Mds EUR), et derrière également l’Allemagne (48 Mds EUR), la Suisse (37 Mds EUR), le Luxembourg (26 Mds EUR) et la Belgique (25 Mds EUR). Malgré cette amélioration, la France ne représente encore que 1,1 % du stock d’IDE japonais à l’étranger.
Enfin, à l’échelle mondiale, les capitaux japonais restent prioritairement orientés vers les États-Unis (35 % du stock), tandis que l’Europe (27 %) et l’Asie (26 %) concentrent des parts désormais comparables.
La trajectoire récente des IDE illustre le double visage de la stratégie extérieure japonaise : une puissance financière majeure, projetant sa croissance à l’international pour compenser le déclin démographique et la faiblesse de son potentiel domestique, mais un pays qui demeure structurellement en retrait en matière d’attractivité des IDE entrants, malgré une inflexion plus volontariste des politiques publiques depuis 2023. L’approfondissement des marchés de capitaux et l’ouverture accrue de l’économie s’accompagnent cependant, dans la période récente et avec l’arrivée au pouvoir de la Première ministre S. Takaichi, d’un durcissement du filtrage des investissements étrangers au nom de la sécurité économique. Dans ce contexte, la relation franco-japonaise tend progressivement à se rééquilibrer : la France demeure un investisseur majeur au Japon, tandis que les investissements japonais en France ont nettement crû dans la période récente. Cette dynamique confirme l’attractivité sectorielle de la France pour les groupes japonais, tout en soulignant la nécessité d’un cadre économique stable et lisible, dans un contexte de concurrence accrue pour les capitaux japonais, notamment face au renforcement de l’axe nippo-américain.