Commerce bilatéral entre la France et le Japon

Commerce bilatéral franco-japonais en 2025 : normalisation des échanges et début de recomposition sectorielle

Après le pic de 2024, marqué par un quasi-équilibre du solde bilatéral et des exportations françaises record vers le Japon, les échanges franco-japonais se sont inscrits en 2025 dans une phase de normalisation. Les exportations ont reculé de -10 % et les importations en provenance du Japon de -3,8 %, portant le déficit commercial français à -980 Mi EUR (vs. -436 Mi EUR en 2024), dans un contexte de léger ralentissement du commerce mondial. Le Japon demeure toutefois un partenaire majeur de la France en Asie (2e fournisseur et client), et le niveau des échanges reste historiquement élevé (près de 18 Mds EUR).

1- Un repli des exportations après un pic historique, dans un contexte de normalisation des échanges

En 2025, les exportations françaises vers le Japon se sont établies à 8,4 Mds EUR, en recul de -10,1 % (cf. annexes n° 1 et 2). Cette évolution traduit une phase d’ajustement après le record de 2024 (9,4 Mds EUR, +36 %). La quasi-stagnation des importations japonaises (+0,3 %), sous l’effet combiné de l’inflation, de la faiblesse du yen et du recul des achats énergétiques en valeur, explique le tassement des exportations françaises après une année 2024 exceptionnelle.

La composition des exportations demeure dominée par les segments du luxe et ceux à forte valeur ajoutée. Le poste Cuir, bagages et chaussures conserve la première place, avec 1,5 Mds EUR d’exportations (17,5 % du total ; -8,7 % en glissement annuel). Il est suivi des Produits de la construction aéronautique et spatiale (1,2 Mds EUR, soit 14,1 % ; -20,5 % en g.a.), des Boissons (0,75 Md EUR ; -3,6 % en g.a.), des Articles d’habillement (0,6 Md EUR ; -7,4 % en g.a.) et des Produits chimiques de base (0,5 Md EUR ; -37,0 % en g.a.) (cf. annexe n° 3). Les biens haut de gamme continuent de structurer la relation commerciale bilatérale : les Articles de joaillerie et bijouterie et les Parfums, cosmétiques et produits d’entretien figurent parmi les principaux postes excédentaires. Cette configuration confirme le positionnement qualitatif de l’offre française sur le marché japonais, soutenu par la réorganisation progressive des chaînes logistiques en Asie-Pacifique depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de partenariat économique (APE) entre l’Union européenne et le Japon, en 2019.

Le secteur aéronautique, par nature marqué par des effets de cycle liés au calendrier des livraisons, enregistre un repli des exportations (-20,5 % en 2025) après une année 2024 particulièrement dynamique. La commande de 27 appareils Airbus passée début 2025 par ANA constitue un signal positif, dont les livraisons prévues entre 2028 et 2033 devraient soutenir les exportations françaises à moyen terme.

Le recul global masque toutefois des évolutions contrastées (cf. annexe n° 4). Si les Produits chimiques de base et les Produits pharmaceutiques ont enregistré un net repli (-37,0 % et -23,6 %), plusieurs segments industriels ont sensiblement progressé : Produits de la construction automobile (+103 %), Produits chimiques divers (+23,7 %) et Machines et équipements d’usage général (+18,1 %), entre autres. Ces tendances traduisent une diversification progressive des exportations françaises vers des segments plus technologiques, au-delà de leur positionnement traditionnel sur les produits haut de gamme.

La France reste un partenaire commercial modeste pour le Japon, représentant environ 1,6 % de ses importations (vs. 1,4 % en 2024), derrière la Chine (23,6 %) et les États-Unis (11,4 %). Elle est le 4ème fournisseur européen du Japon après l’Allemagne, l’Italie et la Suisse.

2- Des importations françaises en léger recul dans un contexte de change favorable au Japon

En 2025, les importations françaises en provenance du Japon se sont élevées à 9,4 Mds EUR, en recul modéré de -3,8 %, après une contraction plus marquée en 2024 (-8,2 %). Cette évolution intervient dans un contexte de nette dépréciation du yen face à l’euro (-13,6 % sur l’année, avec un taux de change moyen de 1 EUR/169 JPY), qui soutient en principe la compétitivité-prix des exportateurs japonais, sans toutefois se traduire par une progression des flux vers la France. La structure des importations demeure globalement inchangée (cf. annexe n° 4) et confirme le positionnement du Japon comme fournisseur clé de biens d’équipement et de composants à forte intensité technologique. Les principaux postes restent dominés par les Produits de la construction automobile (14,4 % du total), les Machines et équipements d’usage général (14,4 %), le Matériel électrique (7,7 %), les Produits chimiques divers (6,9 %) et les Cycles et motocycles (6,7 %). À eux seuls, ces cinq segments concentrent près de la moitié des importations françaises depuis le Japon, illustrant la forte dimension industrielle et technologique de la relation bilatérale. Enfin, le repli observé en 2025 apparaît diffus et d’ampleur modérée, sans modification significative de la structure sectorielle. Les postes intermédiaires confirment cette spécialisation, notamment les Machines d’usage spécifique (4,7 %), les Équipements pour automobiles (4,6 %), les Produits chimiques de base (4,1 %) et les Produits pharmaceutiques (3,7 %).

3- Un début de rééquilibrage sectoriel atténuant la dégradation du solde commercial

Le recul de certains segments d’exportation en 2025 a été partiellement compensé par des dynamiques sectorielles positives, qui limitent la dégradation du solde commercial (-980 Mi EUR).

Les exportations françaises ont progressé sur plusieurs segments industriels historiquement dominés par les importations japonaises. Le déficit des Produits de la construction automobile s’est sensiblement réduit, passant de -1,5 Mds EUR en 2024 à -1,2 Mds EUR en 2025. Des évolutions comparables sont observées pour le Matériel électrique (-14,6 % en g.a.) et les Machines et équipements d’usage général (-9 %). Ce mouvement résulte à la fois du recul des importations japonaises sur ces segments et de la progression des exportations françaises, contribuant à un début de rééquilibrage industriel des échanges.

Les biens haut de gamme demeurent le principal pilier excédentaire. Les Postes cuir, bagages et chaussures (1,46 Mds EUR), Articles d’habillement (553 Ms EUR) et Joaillerie-bijouterie (350 Mi EUR) conservent des excédents élevés. Malgré un léger repli, ces performances confirment la solidité du positionnement français sur le marché japonais.

Les secteurs chimique et pharmaceutique expliquent en revanche une part significative de la dégradation du solde. L’excédent des Produits chimiques de base a reculé de manière significative (de 429 Mi EUR en 2024 à 136 Mi EUR en 2025), de même que celui des Produits pharmaceutiques (de 298 Mi EUR à 165 Mi EUR), après des niveaux exceptionnellement élevés au cours des années précédentes.

Enfin, les échanges agroalimentaires sont globalement stables : les Boissons demeurent fortement excédentaires (716 Mi EUR), tandis que les Produits alimentaires divers ont enregistré une légère progression (100 Mi EUR ; +3,8 % en g.a.).

4- Un déficit commercial contenu, confirmant la solidité de la relation bilatérale

En 2025, le déficit commercial français s’est établi à -980 Mi EUR, après -436 Mi EUR en 2024. S’il se creuse sur un an, il demeure à un niveau historiquement modéré, nettement inférieur aux déséquilibres observés sur la période 2015-2023, où il dépassait régulièrement -2 Mds EUR et atteignait encore -3,8 Mds EUR en 2023.

Les données des Douanes japonaises confirment cette dynamique (cf. annexe n° 7). Les importations japonaises en provenance de France se sont maintenues à un niveau élevé (10,4 Mds EUR en 2024 comme en 2025), tandis que les exportations japonaises vers la France ont légèrement reculé (de 6,1 à 5,9 Mds EUR). Le solde composite se replie ainsi de +0,6 Md EUR en 2024 à +0,3 Md EUR en 2025, tout en restant positif, après deux années de déficit en 2022 et 2023.

La dynamique observée depuis 2024 traduit ainsi un rééquilibrage progressif de la relation bilatérale, au-delà d’un simple effet conjoncturel. Elle s’accompagne d’un rebond de la part de marché française dans les importations japonaises (cf. annexe n° 9), dans un contexte où le niveau global des échanges demeure élevé, proche de 18 Mds EUR, témoignant de la solidité du partenariat économique franco-japonais.

Dans un contexte international marqué par la volatilité du yen, la quasi-stagnation des importations japonaises (+0,3 %) et le ralentissement du commerce mondial, la relation franco-japonaise a fait preuve de résilience en 2025. Le creusement du déficit français traduit avant tout un retour à un rythme plus normal après une année 2024 exceptionnellement dynamique, plutôt qu’un affaiblissement structurel des échanges. Les flux bilatéraux demeurent élevés, tandis que les positions françaises se consolident sur plusieurs segments industriels, et le solde composite reste positif. L’année 2025 s’inscrit ainsi dans une phase d’ajustement, marquée par un rééquilibrage progressif d’une relation commerciale désormais plus structurée. À l’horizon 2026, le conflit au Moyen-Orient, les tensions géopolitiques en Asie, les recompositions des chaînes de valeur et les incertitudes liées à la politique commerciale américaine pourraient nettement peser sur la dynamique des échanges régionaux et mondiaux.

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