Flash conjoncture France - Une divergence encore marquée entre l’inflation perçue et l’inflation mesurée
L’épisode inflationniste de 2022-2023 aurait laissé des séquelles sur les consommateurs français selon une étude de la Banque de France publiée mi-juillet[1]. Cette étude tente d’expliquer pourquoi l’écart entre l’inflation perçue par les ménages et l’inflation mesurée s’est accru depuis 2025, et ce que cela implique sur les comportements de consommation et d’épargne des ménages[2].
L’inflation ressentie par les ménages a diminué plus lentement que l’inflation mesurée depuis 2023, entrainant un écart croissant entre les deux indicateurs (de 4 pt en 2022 à 8 pt en 2025), alors même que l’inflation s’est établie à moins de 1 % en moyenne en 2025. Cet écart croissant s’explique par :
(i) La temporalité de la formation des perceptions d’inflation : les ménages forment leurs perceptions d’inflation sur un horizon qui dépasse généralement un an. Les sondés sont ainsi meilleurs pour estimer l’inflation cumulée depuis 2021 que l’inflation en glissement annuel. En conséquence, ils ont tendance à inclure l’épisode inflationniste de 2022-2023 dans leur perception de l’inflation en glissement annuel ;
(ii) La surpondération des produits achetés fréquemment : les ménages tendent à accorder plus d’importance à l’évolution des prix des produits achetés fréquemment, comme les produits alimentaires et les carburants. Pour ces prix, le point (i) est particulièrement marqué : 80 % des ménages considèrent que l’inflation alimentaire était encore forte en 2024 et 2025 tandis qu’elle s’est établie autour de 1 % en 2024 et 2025 d’après les données de l’Insee ;
(iii) L’asymétrie entre hausses et baisses de l’inflation : une série de questions sur l’évolution de certaines catégories du panier de l’IPC permet d’observer que les ménages s’aperçoivent davantage des hausses de prix que des baisses. Par exemple, moins de 5 % des ménages indiquent que les prix de l’électricité ont baissé en 2025 alors qu’ils ont diminué d’environ 15 %.
L’écart entre la perception de l’inflation des ménages et l’inflation réalisée entraine un écart entre la perception des évolutions du pouvoir d’achat et les évolutions mesurées du pouvoir d’achat, ce qui peut expliquer le niveau élevé du taux d’épargne ces dernières années. 80 % des ménages estiment que leur revenu a augmenté moins vite que les prix entre 2021 et 2025, alors qu’il a en moyenne stagné sur la période. Cela implique une modification des comportements de consommation pour quasiment deux tiers des sondés (telle qu’une attention plus grande accordée aux changements de prix, un renoncement ou un report de certaines dépenses, etc.), en particulier pour ceux qui surestiment l’inflation ces dernières années. Cependant, les ménages qui considèrent que leur revenu a augmenté plus vite que les prix indiquent qu’ils ont eu tendance à l’épargner, ce qui a également pu contribuer au maintien d’un taux d’épargne agrégé élevé.
[1] L’enquête a été menée par la Banque de France avec l’institut CSA auprès de 4 000 ménages français entre le 4 novembre et le 5 décembre 2025.
[2] Le questionnaire comporte plusieurs questions sur leur estimation de l’inflation totale et par composante sur les 12 derniers mois et cumulée depuis 2021 et de l’évolution du revenu et du pouvoir d’achat, ainsi que des questions sur leurs comportements de consommation, d’épargne et d’emprunt.