16 mai 1956. Dans une salle du ministère des Finances à Paris, des diplomates argentins et des créanciers publics européens se réunissent autour d’une table pour rechercher une solution négociée permettant à l’Argentine d’éviter un défaut de paiement. Ce jour-là naît le Club de Paris qui deviendra, en soixante-dix ans, l'enceinte de référence mondiale pour la résolution des crises de dette souveraine.

Vue générale d’une session du Forum de Paris 2025, au Centre de conférences Pierre Mendès France, Bercy. © Sébastien Muylaert / MINEFI

Vue générale d’une session du Forum de Paris 2025, au Centre de conférences Pierre Mendès France, Bercy. © Sébastien Muylaert / MINEFI

 

Depuis, le Club de Paris a conclu près de 480 accords avec plus d’une centaine de pays, couvrant plus de 616 milliards de dollars de dette. À l’occasion de son 70e anniversaire, retour sur l’histoire d’une institution qui a fait du pragmatisme une méthode et de la confiance son principal actif.

 

~480

accords de restructuration depuis 1956

+100

pays débiteurs ont bénéficié d’un accord

616 Md$

de dette traité depuis la création du Club

Une institution née de l’urgence, forgée par les crises

L’Argentine de 1956, incapable de faire face à ses obligations vis-à-vis de plusieurs créanciers européens, cherchait une voie de sortie à une crise financière aiguë. La France prend alors l’initiative d’organiser une réunion collective entre le pays débiteur et ses créanciers : une première. L’accord trouvé ce jour-là porte sur 500 millions de dollars de dette mais sa portée est bien plus grande car il pose les bases d’une méthode : des créanciers s’engageant à négocier et fournir conjointement un traitement de dette.

Au fil des ans, le Club de Paris a fait du consensus et de l’approche au cas-par-cas ses principes directeurs, de sorte que chaque négociation s’adapte à la situation des pays emprunteurs. Le principe de conditionnalité est aussi au cœur du fonctionnement du Club de Paris, dont les traitements de dette sont progressivement adossés à un programme du Fonds monétaire international, garantissant que les efforts consentis s’inscrivent dans un rétablissement plus global de la situation économique et financière du pays bénéficiaire. Sans traité fondateur, ni personnalité juridique, le Club est aussi capable de faire évoluer ses méthodes pour répondre aux nouveaux enjeux. C’est cette flexibilité qui confère au Club sa vitesse de réaction.

Le Club de Paris a su se réinventer, décennie après décennie. Les années 1980 le confrontent à son premier test : des dizaines de pays d’Afrique subsaharienne, pris en étau entre la hausse des taux d’intérêt mondiaux et l’effondrement des cours des matières premières, ne peuvent plus honorer leurs dettes. Le Club répond par une succession d’innovations : les « Termes » de Toronto en 1988, de Londres en 1991, de Naples en 1994, puis de Lyon en 1996. Chaque nouvelle série de « termes » permet de fournir des traitements de dette de plus en plus profonds pour résorber la crise de dette : d’abord des rééchelonnements, puis des annulations partielles. C’est cette expérience accumulée qui permettra au Club de Paris de participer, en 1996 et aux côtés du FMI et de la Banque mondiale, à l’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), permettant l’annulation totale de la dette des pays les plus pauvres. Les résultats sont majeurs : entre 1996 et 2026, trente-sept pays ont bénéficié de l’initiative PPTE, la Somalie étant le dernier pays à avoir obtenu, en 2024, l’annulation totale de sa dette extérieure par le Club.

À partir de 2020, la pandémie de Covid-19 frappe les pays en développement de plein fouet. En moins de quinze jours, les ministres des Finances du G7 et du G20 lancent l’Initiative de Suspension du Service de la Dette (ISSD) pour aider les pays à faible revenu à faire face à la crise : 73 pays éligibles, 12,9 milliards de dollars d’échéances dues entre mai 2020 et décembre 2021 rééchelonnées. Une vitesse d’exécution inédite, rendue possible par plus de soixante ans d’expertise accumulée sur les traitements de dette. Pour la première fois, les pays du Club de Paris collaborent avec les pays du G20 non-membres du Club – dont la Chine – dans le cadre d’une initiative conjointe. L’ISSD révèle au grand jour une dynamique de fond : après PPTE, les pays à faible revenu se sont réendettés, notamment auprès de créanciers émergents. Ces créanciers jouent désormais un rôle de premier plan dans la nouvelle architecture internationale de la dette souveraine.

Le Cadre commun du G20, lancé dans la foulée de l’ISSD en novembre 2020 et endossé par le Club de Paris, permet d’assurer de façon systématique une coordination des efforts des principaux créanciers, y compris les membres du G20 qui ne sont pas membres permanents du Club de Paris (Chine, Inde, Arabie saoudite, Turquie notamment) lorsqu’ils accordent un traitement de dette à des pays à faible revenu. Le Cadre commun facilite le traitement ordonné et durable des crises de dette souveraine. Les premiers traitements de dette octroyés dans le Cadre commun – au Tchad (2022), à la Zambie (2023), au Ghana (2024) et à l’Éthiopie (2025) – ont permis aux pays bénéficiaires de retrouver des trajectoires d’endettement soutenable et de renouer avec la croissance.

Paris, Bercy, et la permanence d'un secrétariat

Derrière chaque accord du Club de Paris, il y a une salle à Bercy et une équipe de la Direction générale du Trésor. C’est à Bercy que se tiennent les réunions de négociation et de suivi (dix fois par an en moyenne pour les « Tours d’Horizon » mensuels et davantage en période de crise), que sont analysées les capacités de paiement des pays débiteurs, que se préparent les hypothèses de traitement soumises aux créanciers membres.

Le président du Club – qui est, par tradition, le Directeur général du Trésor – a la responsabilité d’orchestrer ces discussions.

 

 

Bertrand Dumont, Directeur général du Trésor et président du Club de Paris, lors du Forum de Paris 2025. © Sébastien Muylaert / MINEFI

Bertrand Dumont, Directeur général du Trésor et président du Club de Paris, lors du Forum de Paris 2025. © Sébastien Muylaert / MINEFI

Emmanuel Moulin, ancien Directeur général du Trésor et président du Club de Paris, lors d'une réunion du Club de Paris en 2022. © P. Bagein / MINEFI

Emmanuel Moulin, ancien Directeur général du Trésor et président du Club de Paris, lors d'une réunion du Club de Paris en 2022. © P. Bagein / MINEFI

Il est épaulé dans ses fonctions par une équipe de la DG Trésor, qui assure depuis 1956 le secrétariat du Club de Paris, et par extension depuis 2020, celui du Cadre commun. Cette mission est l’une des expressions les plus concrètes de l’engagement français en faveur d’une architecture financière internationale basée sur la coopération et le multilatéralisme.

L’équipe du secrétariat du Club de Paris, Direction générale du Trésor, avril 2026. © Hamilton de Oliveira / MINEFI

L’équipe du secrétariat du Club de Paris, Direction générale du Trésor, avril 2026. © Hamilton de Oliveira / MINEFI

 

Le Club de Paris réunit aujourd’hui 22 créanciers officiels bilatéraux permanents, des grandes économies d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord aux puissances émergentes comme le Brésil et la Corée du Sud, qui ont rejoint l’institution en 2016. À ces membres permanents s’ajoutent des membres ad hoc, invités à participer aux travaux lorsqu’ils détiennent des créances sur le pays débiteur en question. La Chine, l’Inde, la Hongrie participent régulièrement à ce titre. Enfin, l’Afrique du Sud est membre prospectif du Club de Paris.

 

Membres permanents du Club de Paris

Allemagne

Australie

Autriche

Belgique

Brésil

Canada

Corée du Sud

Danemark

Espagne

Etats-Unis

Finlande

France

Irlande

Israël

Italie

Japon

Norvège

Pays-Bas

Royaume Uni

Russie

Suède

Suisse

 

Les défis des 70 prochaines années

Le Club de Paris entre dans sa huitième décennie dans un monde qui a peu à voir avec celui de 1956 et qui présente plusieurs défis.

Le premier tient à l’évolution du paysage des créanciers. Le Cadre commun a ouvert une voie inédite pour une résolution ordonnée des crises de dette, mais la coordination d’un nombre croissant de créanciers impose d’importants efforts pour limiter les délais, faire converger des créanciers aux cultures institutionnelles et perspectives diverses. Continuer à améliorer concrètement son fonctionnement est l’un des chantiers prioritaires identifiés dans le cadre de la présidence française du G7, afin que le processus de restructuration de dette soit le plus efficace possible pour tout pays qui le sollicite.

Le deuxième défi est celui de la transparence. Renforcer la qualité et la fiabilité des données sur la dette – notamment à travers l’initiative de réconciliation des données portée par la Banque mondiale, à laquelle les membres du G20 sont appelés à contribuer – est une condition nécessaire au bon fonctionnement de l’architecture internationale de la dette.

Le troisième est climatique. Des pays très exposés aux catastrophes naturelles voient leur capacité de remboursement brutalement fragilisée par des événements sur lesquels ils n’ont aucune prise. Des clauses de suspension du service de la dette en cas de catastrophe naturelle ont déjà été intégrées dans certains accords, une innovation prometteuse qui devra être généralisée. Plus largement, la question de la soutenabilité de la dette ne peut plus s’analyser sans tenir compte des vulnérabilités climatiques des pays débiteurs.

Face à ces défis, le Club de Paris recherche des solutions avec toutes les parties prenantes : pays débiteurs, créanciers publics et privés, organisations internationales. Le Forum de Paris, organisé chaque année par la France depuis, fournit un espace de dialogue, ouvert et franc, qui permet de nourrir les évolutions de l’architecture internationale de la dette souveraine

Soixante-dix ans après la réunion du 16 mai 1956, le Club de Paris reste ce qu'il a toujours été : un mécanisme dont la force tient entièrement dans la confiance que lui accordent les pays qui y siègent. Cette confiance, bâtie accord après accord, crise après crise, est son véritable actif. Elle est à la fois son héritage et sa promesse.

 

 

Retrouvez l'ensemble des ressources relatives au Club de Paris sur le nouveau site internet du Club de Paris : clubdeparis.org

 

Pour aller plus loin

Le nouveau site du Club de Paris — clubdeparis.org

Rapport annuel 2025 du Club de Paris — DG Trésor