G7 Finances à Bercy : deux jours de dialogue pour bâtir une économie mondiale plus stable
Les 18 et 19 mai 2026, Paris accueillait la réunion ministérielle Finances du G7 sous présidence française. Ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du groupe se sont retrouvés à Bercy pour des discussions franches, directes, et toujours animées d'une conviction commune : face aux turbulences mondiales, le dialogue multilatéral reste l'outil le plus puissant.
(c) Hamilton de Oliveira / MINEFI
Un contexte de forte incertitude économique mondiale
La réunion s'est tenue dans un environnement international particulièrement chargé, marqué par plusieurs crises entremêlées. Le conflit au Moyen-Orient exerce d'abord une pression croissante sur les marchés énergétiques et les chaînes d'approvisionnement en engrais, avec des conséquences potentielles sur la sécurité alimentaire mondiale, une préoccupation qui avait déjà conduit la DG Trésor à organiser, en mars 2026, une réunion exceptionnelle du G7 Finances sur l'impact de la situation au Moyen-Orient sur la stabilité énergétique mondiale. À ces tensions géopolitiques s'ajoutent des déséquilibres macroéconomiques persistants entre grandes économies, qui fragilisent davantage le contexte global. Dans ce tableau d'ensemble, le soutien à l'Ukraine demeure une priorité partagée et indiscutée. C'est donc forts de ces enjeux communs et de la nécessité d'y répondre collectivement que les membres du G7 se sont retrouvés à Bercy pour des discussions franches, dans un esprit de responsabilité collective et de recherche de solutions pragmatiques.
« Le multilatéralisme, ce n'est pas être d'accord sur tout, c'est être capable de se parler de tout. »
Déséquilibres macroéconomiques mondiaux : un diagnostic partagé, des engagements renforcés
La réduction des déséquilibres macroéconomiques mondiaux constitue la première priorité de la présidence française. Ces déséquilibres, qui se traduisent par des écarts persistants entre les balances courantes des grandes économies, alimentent les tensions commerciales et géopolitiques.
Ils ont aussi des conséquences très concrètes sur la vie quotidienne de nos concitoyens et sur la santé de nos économies : des emplois industriels menacés en Europe et aux États-Unis par une concurrence déloyale, une économie chinoise structurellement dépendante des exportations au détriment de sa demande intérieure, ou encore l'afflux massif de petits colis étrangers, 4,6 milliards ayant inondé l'Europe l'an dernier sans toujours respecter nos normes de sécurité, déstabilisant nos marchés de détail. Le ministre a souligné que cette situation appelait une réponse collective urgente.
À l'issue des discussions, les membres du G7 sont convenus d'aller au-delà du simple constat partagé, appelant le Fonds monétaire international à renforcer la surveillance des ces déséquilibres, en mettant davantage en évidence leur impact, y compris sur les économies émergentes. Ce résultat a permis d’agréer un communiqué des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G7 issu des discussions entre les délégations. La question des déséquilibres mondiaux a également été discutée pour la première fois avec des pays partenaires : le Brésil, l’Inde, le Kenya et la Corée du Sud, échanges ayant donné lieu à un communiqué sur l'économie mondiale agréé après échange avec les pays partenaires.
Minerais critiques : structurer une réponse collective
La sécurisation des chaînes d'approvisionnement en minerais critiques représente le deuxième axe de la présidence française. Ces matières premières, indispensables à la transition énergétique et à l'électronique, font l'objet d'une concentration géographique de la production qui expose les économies du G7 à des risques de rupture d'approvisionnement. Les tensions géopolitiques récentes ont mis en évidence la fragilité de ces chaînes de valeur.
Le G7 a décidé d'étendre la coopération sur les minerais critiques, en se fondant sur l'Alliance sur les minerais critiques initiée par le Canada lors de la précédente présidence. Comme retracé dans l'article consacré à la réunion des ministres du G7 et de ses partenaires sur la sécurisation des approvisionnements en minerais critiques, les travaux portent sur quatre axes complémentaires : le renforcement du suivi des marchés et des stocks stratégiques, le partage d'informations entre membres, la mobilisation des banques multilatérales de développement et du secteur privé, et l'identification de projets concrets qui seront présentés aux chefs d'État lors du sommet d'Évian.
Partenariats internationaux : vers une logique de co-investissement
Le troisième axe de la présidence française porte sur la redéfinition des partenariats avec les pays en développement. Face aux nouvelles réalités économiques et aux besoins croissants de ces pays, le système international d'aide au développement doit évoluer pour gagner en efficacité et en impact réel sur les populations. Il ne s'agit pas de se désengager, mais au contraire de mieux cibler les efforts, en substituant à une logique de transferts unilatéraux une approche fondée sur des partenariats mutuellement bénéfiques, davantage ancrés dans les dynamiques économiques locales. C'est dans cet esprit que la présidence française a porté une vision renouvelée de la coopération au développement.
Le communiqué adopté lors de la réunion ministérielle comprend une annexe consacrée à ces principes communs :
- utilisation plus ciblée des ressources concessionnelles,
- réduction de la fragmentation de l'architecture financière internationale,
- mobilisation des financements privés et
- passage d'une logique d'assistance à une logique de co-investissement.
La ministérielle a également permis de finaliser l’endossement d’une déclaration conjointe avec les ministres du Développement sur le renforcement de la mobilisation des ressources intérieures publiques, visant à rendre l'assistance technique plus cohérente et mieux alignée sur les besoins des pays partenaires. Ces orientations constituent une contribution directe au sommet d'Évian, où le Président de la République souhaite aborder ce sujet au niveau des chefs d'État et de gouvernement.
(c) Hamilton de Oliveira / MINEFI
Urgences du moment : crise au Moyen-Orient, Ukraine, sécurité alimentaire
Au-delà des priorités structurelles, la réunion a permis de traiter plusieurs sujets d'actualité immédiate. Sur le conflit au Moyen-Orient, les membres du G7 ont appelé au retour à la normale des flux commerciaux et à la réouverture du détroit d'Ormuz. Ils sont également convenus d'éviter toute mesure non coordonnée susceptible d'aggraver les tensions sur les marchés énergétiques, telles que des restrictions à l'exportation. Ces questions avaient déjà fait l'objet d'une première concertation lors de la réunion exceptionnelle du G7 Finances de mars 2026.
La question de la sécurité alimentaire a été abordée en lien direct avec la crise. La hausse des prix des engrais, qui dépendent largement du gaz, fait peser un risque sur la production agricole dans de nombreux pays. Un plan d'action sur les engrais et la sécurité alimentaire sera élaboré et soumis aux chefs d'État à Évian.
Sur l'Ukraine, les membres du G7 ont réaffirmé leur soutien financier et la poursuite des sanctions contre la Russie. Le financement de l'effort de reconstruction se poursuit, l'Union européenne ayant engagé 90 milliards d'euros pour la période 2026-2027, soit les deux tiers de l'effort total. Ce soutien est toutefois conditionné à la poursuite des réformes engagées par l'Ukraine, notamment en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption, condition indispensable à la fois pour l'efficacité de l'aide et pour le chemin européen du pays.
« C'est un G7 qui a été très préparé, sur tous les aspects — fond, logistique — grâce aux travaux de la direction générale du Trésor, avec un niveau d'investissement réel de toutes les parties prenantes. »
Stabilité financière : cybersécurité, climat et paiements transfrontaliers
Plusieurs sujets relevant de la stabilité financière ont également été discutés. Un exercice commun de gestion de crise cyber entre membres du G7 a été conclu, avec une poursuite du travail pour renforcer la coopération face aux menaces croissantes dans ce domaine. Les risques liés aux catastrophes naturelles ont été abordés : le coût économique de ces événements a dépassé 200 milliards de dollars en 2025 et progresse en moyenne de 5 % par an depuis trente ans. Des travaux se poursuivront au sein du G7 sur les solutions d'assurance et de protection face à ces risques.
Sur les paiements transfrontaliers, les banquiers centraux du G7 ont appelé à accélérer l'interconnexion des systèmes de paiement rapide nationaux, dans l'objectif de rendre les transferts internationaux plus accessibles, moins coûteux et plus transparents. Les travaux sur les risques liés aux intermédiaires financiers non bancaires et à l'informatique quantique ont également été abordés dans le cadre des sessions de stabilité financière.
Une innovation de méthode : deux communiqués et l'association des pays partenaires
Cette réunion ministérielle a introduit une innovation notable dans le format du G7 Finances. Pour la première fois, deux communiqués distincts ont été adoptés : un communiqué du G7, qui couvre l'ensemble des sujets traités dans ce format, et un communiqué spécifique sur l'économie mondiale et les déséquilibres macroéconomiques, discuté en présence des quatre pays partenaires. Ces derniers ont été associés aux travaux techniques en amont de la réunion et ont contribué aux discussions de fond.
Ce format répond à une volonté du président de la République de faire du G7 un lieu de dialogue élargi sur les grands enjeux économiques mondiaux, sans pour autant le confondre avec d'autres enceintes multilatérales. La dynamique ainsi engagée sera prolongée lors du sommet d'Évian.
(c) Hamilton de Oliveira / MINEFI
Le rôle de la Direction générale du Trésor dans l'organisation de la réunion
La Direction générale du Trésor assure, sous l'autorité du ministre de l'Économie et en lien étroit avec la Banque de France, la coordination de l'ensemble des travaux de la filière Finances du G7. À ce titre, elle a piloté la préparation de la réunion ministérielle des 18 et 19 mai depuis près d'un an : définition de l'agenda, préparation des positions françaises, conduite des négociations sur les textes du communiqué, organisation logistique et coordination avec les délégations des pays membres et des organisations internationales présentes.
Les équipes de la DG Trésor ont également conçu et animé le nouveau format associant les pays partenaires aux discussions, en organisant des réunions techniques préparatoires et en intégrant leurs contributions aux travaux de fond. Cette implication s'inscrit dans un engagement plus large tout au long de l'année 2026 : la DG Trésor a ainsi organisé, outre la ministérielle Finances, la réunion ministérielle du G7 Commerce des 5 et 6 mai 2026, qu'elle co-pilote avec le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
Les acquis de cette réunion ministérielle alimenteront directement les discussions du sommet des chefs d'État et de gouvernement d'Évian, prévu les 15 et 17 juin 2026, où plusieurs des sujets traités à Bercy feront l'objet de décisions au niveau des leaders.