L’initiative Tibi atteint 14 milliards d'euros investis et se donne une ambition européenne en 2026
Lancée en 2020 pour mobiliser l’épargne institutionnelle privée au service des entreprises technologiques françaises et européennes, l’initiative Tibi confirme son succès avec la phase 2, qui s’est déroulée de 2023 à 2026.
Structurante pour l’écosystème français du capital-risque et du capital-croissance, Tibi a permis l’homologation de 160 fonds et a renforcé les secteurs stratégiques comme la « deeptech » (technologie de rupture), les transitions écologiques et la santé. Comme annoncé par les ministres des finances Roland Lescure et Lars Klingbeil, la France et l’Allemagne travaillent au lancement d’une plateforme européenne de financement du capital-risque.
Une dynamique d’investissement plus rapide que prévu
La première phase de l’initiative (2020-2022) avait permis de mobiliser 6,4 Md€, au-delà de l’objectif initial, principalement en faveur du capital-croissance et des fonds d’actions cotées « global tech » (technologie mondiale). Forte de ce succès, la phase 2 visait un objectif d’engagements de 7 Md€, avec une extension du périmètre vers l’« early stage » (stade précoce) et l’innovation de rupture, notamment dans les secteurs de la deeptech et des transitions écologiques.
Au 30 septembre 2025, 7,6 Md€ ont déjà été investis dans le cadre de la phase 2, malgré une conjoncture de marché défavorable marquée par la remontée des taux d’intérêt. Les investisseurs partenaires de l’initiative ont ainsi atteint l’objectif annoncé pour l’ensemble de la période 2023-2026 avec plus d’un an d’avance, confirmant leur engagement durable dans cette classe d’actifs. Compte tenu de cette dynamique, l’objectif global de l’initiative a été rehaussé de 13 à 15 Md€ à l’été 2025, avec une cible désormais estimée entre 9 et 10 Md€ pour la seule phase 2, si le rythme d’investissement se maintient.
Un écosystème de fonds renforcé et diversifié
Au-delà des montants engagés, l’initiative Tibi a contribué à structurer en profondeur l’écosystème français du capital-risque et du capital-croissance. À ce jour, 160 fonds ont été homologués, couvrant l’ensemble des verticales technologiques. Les 127 fonds de non coté ont levé 34 Md€, avec un encours cible proche de 50 Md€, et ont déjà déployé plus de 16 Md€. Les 33 fonds cotés gèrent quant à eux plus de 17 Md€, ils participent systématiquement aux processus d’introduction en bourse des sociétés françaises. Ils ont ainsi été structurants lors des dernières cotations en bourse « tech » avec 25% du livre d’ordres des difficiles « IPO » (introductions en bourse) d’OVH et de Believe et une très grande activité sur Planisware.
L’initiative se distingue également par sa capacité à faire émerger de nouvelles équipes : près d’un tiers des fonds homologués sont des « first-time funds » (premiers fonds d’une stratégie d’investissement), qui ont bénéficié d’un soutien significatif des LPs, y compris dans un contexte de marché dégradé. Cette qualité et cette diversité de l’offre constituent un facteur clé de stimulation de la demande et de montée en gamme de la place financière française.
Sur le plan sectoriel, pour la partie non coté, l’allocation des capitaux reflète les priorités stratégiques définies conjointement avec les pouvoirs publics :
- 34 % des montants investis en deeptech (dont la biotech) ;
- 25 % dans les transitions énergétiques et écologiques ;
- 25 % dans la santé ;
- avec une contribution significative aux technologies duales, notamment dans les domaines de l’IA, du cyber, du spatial ou des systèmes autonomes.
Une évaluation positive de l’Inspection générale des finances
La mission d’évaluation conduite par l’Inspection générale des finances (IGF) a confirmé le succès de l’initiative Tibi, tant du point de vue de la mobilisation des investisseurs institutionnels que de l’impact sur le financement des entreprises technologiques.
L’IGF souligne notamment que, depuis 2020, les entreprises technologiques ont bénéficié en moyenne de 5,2 Md€ d’investissements par an, soit trois fois plus que sur la période 2011-2018, et que la part du segment « growth » (capital-croissance) dans les levées de capital-investissement a été multipliée par dix.
La mission met également en avant le caractère particulièrement efficient du dispositif, mis en œuvre pour un coût budgétaire quasi nul, et son rôle déterminant dans le renforcement de la place de Paris comme centre de financement de la technologie en Europe.
Au regard de ces résultats, l’IGF formule deux recommandations :
- Le lancement d’une troisième phase afin d’accompagner les investisseurs institutionnels sur l’intégralité du cycle d’investissement, soit une durée d’une dizaine d’années. Selon l’IGF, cette phase permettrait d’ancrer durablement leur présence sur la classe d’actifs, notamment par le recyclage des distributions. Elle recommande de renforcer l’émergence de grands fonds de capital-croissance et de deeptech, identifiés comme un enjeu stratégique, y compris pour le financement des technologies duales et de la base industrielle et technologique de défense comme le quantique ou le New Space (nouveaux acteurs du spatial).
- L’européanisation de l’initiative : l’IGF considère que mobiliser les institutionnels européens sur le modèle de l’initiative Tibi permettrait d’augmenter les capitaux disponibles pour le financement des entreprises technologiques.
Lancement d’une plateforme européenne pour le financement du capital-risque
Les ministres français et allemand des finances, Roland Lescure et Lars Klingbeil, ont inscrit, dans leur feuille de route publiée le 19 janvier 2026 à la suite du rapport Noyer-Kukies, le lancement d’une plateforme européenne fondée sur les modèles Tibi et WIN comme première priorité opérationnelle pour le financement des « scale-ups » (entreprises ayant dépassé le stade de la start-up) européennes.
Cette initiative, portée conjointement par la France et l’Allemagne et ouverte aux autres États membres volontaires, vise à structurer un cadre commun de mobilisation des investisseurs institutionnels européens vers des fonds de capital-risque et de capital-croissance pan-européens. En capitalisant sur les mécanismes éprouvés de coordination public-privé et de dialogue stratégique avec les investisseurs développés dans Tibi et WIN, cette plateforme doit permettre de franchir un cap dans l’intégration des marchés de capitaux européens, d’accroître la capacité de financement des scale-ups et de renforcer l’autonomie stratégique de l’Union européenne dans les secteurs technologiques clés.