La coalition gouvernementale allemande a amorcé un changement budgétaire d’ampleur visant à stimuler la croissance avec une hausse significative des dépenses et investissements. La réforme constitutionnelle adoptée en mars 2025 introduit plusieurs assouplissements notables, permettant de desserrer significativement la contrainte du frein à la dette. D’une part, les dépenses de défense excédant 1 % du PIB (soit les dépenses de défense dépassant 44 Md€ en 2025) sont désormais exclues du calcul du frein à la dette, qui limitait jusqu’alors l’endettement de l’État fédéral à 0,35 % du PIB. D’autre part, un nouveau fonds spécial extra-budgétaire dédié à la modernisation des infrastructures et à la transition climatique (SVIK) de 500 Md€ sur 12 ans a été créé. Ainsi, le gouvernement prévoit une hausse substantielle de l’endettement fédéral qui passerait de 51 Md€ en 2024 à 182 Md€ en 2026 (cf. graphique 1). Enfin, la réforme autorise désormais les Länder (États fédérés allemands) à s’endetter à hauteur de 0,35 % de leur PIB respectif, alors qu’ils étaient auparavant tenus de respecter l’équilibre budgétaire. 

Frein à la dette et endettement

La relance budgétaire repose principalement sur une hausse des dépenses et investissements en faveur de la modernisation des infrastructures publiques et du réarmement de la Bundeswehr. Le nouveau fonds infrastructures cible prioritairement les transports (34 % des crédits en cumulé à horizon 2027 soit 53,1 Md€), en particulier le ferroviaire. Le reste de l’enveloppe est consacré à la numérisation de l’administration, à la modernisation des hôpitaux et au financement du fonds pour le climat et la transformation (KTF).  Une part significative de l’effort d’investissement est déléguée aux Länder, via un transfert annuel de 8,3 Md€ (cf. graphique 2). En matière de défense, une cible de dépenses de 3,5 % du PIB à l’horizon 2029 (contre 1,6 % en 2024) a été annoncée, soit un surcroît d’environ 95 Md€ par an, dont près de la moitié annoncé dès 2026. 

 Répartition des dépenses du fonds infrastructure

 

Ce tournant budgétaire soutiendrait l’activité économique, même si l’ampleur de cet effet demeure incertaine. En effet, plusieurs facteurs sont susceptibles d’en limiter l’impact macroéconomique :

- des contraintes de mise en œuvre : la hausse des dépenses se confronte au défi du décaissement effectif des crédits. Par le passé, l’Allemagne n’a pas exécuté pleinement les budgets programmés : par exemple, en 2024, l’investissement du budget régulier n’a été exécuté qu’à 75 % ;

- une additionnalité partielle des investissements : le Conseil des sages, organe indépendant composé de cinq experts généralement issus du monde académique, dont le rôle est de conseiller le gouvernement sur sa politique économique, souligne que les nouvelles dépenses d’investissement se substituent en partie à des crédits du budget régulier (notamment les crédits du ministère des transports). Le Conseil des Sages estime ainsi que seuls 50 % des montants du fonds infrastructures correspondraient à des investissements additionnels ;

- des capacités d’absorption inégales des Länder, dont la faculté à convertir les transferts reçus en projets d’investissement effectifs demeure incertaine, comme le souligne également le Conseil des sages.

Dans ses prévisions d’automne 2025, le gouvernement allemand anticipe que la relance budgétaire aurait un impact positif de +0,7 point sur la croissance en 2026 et de +0,3 point en 2027. Le Conseil des Sages retient un impact plus faible de +0,3 point en 2026. La Bundesbank prévoit une montée en charge progressive des effets de la relance avec un impact de +0,4 point sur la croissance en 2026 et de +0,5 point en 2027.