Flash conjoncture France - Offre et demande d’électricité face au nouvel équilibre nucléaire
En 2025, la consommation totale d’électricité en France, corrigée des effets météorologiques et calendaires, s’est établie à 449 TWh[1], un niveau identique à celui de 2024, selon les données du gestionnaire du réseau de transport d'électricité (RTE)[2]. Elle reste toutefois inférieure d’environ −6 % à la moyenne de la période 2017-2019. La production d’électricité (cf. graphique 1) a quant à elle progressé en 2025 (+1,0 % par rapport à 2024), pour atteindre 544 TWh, dépassant son niveau moyen pré-crise sanitaire (2017 – 2019).
Graphique 1 : Production mensuelle brute d’électricité totale en 2025
Note de lecture : En 2025, la production brute totale d’électricité est plus élevée en janvier et sur l’ensemble des six derniers mois de l’année par rapport aux mêmes mois en 2017 - 2019, mais plus faible de février à juin.
La combinaison d’une production élevée et d’une consommation durablement limitée a permis à la France d’enregistrer en 2025 un solde exportateur net d’électricité historiquement élevé de 92,3 TWh, après un précédent record atteint en 2024 de 89 TWh (cf. graphique 2)[3]. La France a été exportatrice nette vers la quasi-totalité de ses voisins, à l’exception de l’Espagne, avec laquelle les échanges sont restés proches de l’équilibre.
Graphique 2 : Importations et exportations d’électricité en France (2019 – 2025)
La hausse de la production d’électricité a été permise principalement par une amélioration de la disponibilité du parc nucléaire (cf. graphique 3)[4]. En 2025, la disponibilité moyenne (part moyenne de la puissance installée disponible) atteint 72,5 %[5], un niveau supérieur à ceux de 2024 (69,7 %) et 2023 (61,3 %), mais toujours en retrait par rapport à la moyenne observée sur la période 2015-2019 (80,4 %). La montée en puissance progressive de l’EPR de Flamanville 3, raccordé au réseau fin 2024 et mis en service au printemps 2025, a soutenu la production électrique, qui a atteint environ 80 % de sa capacité de production en novembre puis 100 % en décembre. Il faut toutefois noter qu’une hausse de la disponibilité du parc nucléaire ne se traduit pas mécaniquement par une hausse de la production, puisque cette dernière peut ne pas avoir lieu pour des raisons techniques ou économiques (modulations pour effectuer des services système, pour économie de combustible ou pour absence de débouchés économiques).
Graphique 3 : Disponibilité du parc nucléaire français (2015 – 2025)
La moindre disponibilité du parc nucléaire par rapport à la décennie 2010 traduit un changement de ses conditions d’exploitation. Entre 2015 et 2019, un parc plus jeune permettait des cycles de maintenance plus courts et moins d’arrêts lourds. Le « grand carénage »[6] a néanmoins allongé les arrêts programmés par des travaux de sûreté et de mise en conformité, notamment pour assurer la prolongation de la durée de vie des centrales au-delà de 40 ans. Ces opérations interviennent dans un contexte de relèvement des exigences de sûreté post-Fukushima et de perturbations des plannings de maintenance liées à la crise sanitaire, renforcés par la corrosion sous contrainte[7] détectée pour la première fois fin 2021 à la centrale de Civaux. Bien que le phénomène soit désormais mieux maîtrisé, les contrôles renforcés et les réparations préventives prolongent les arrêts programmés, participant à maintenir une disponibilité inférieure à la décennie précédente. La forte saisonnalité de la disponibilité observée s’explique par la concentration volontaire des arrêts de maintenance au printemps et surtout en été.
En 2025, la production d’électricité en France reste faiblement émettrice et repose sur un mix diversifié, dans lequel le nucléaire occupe une place centrale. Ce dernier représente en effet 68,5 % de la production, un niveau légèrement inférieur de celui observé en 2017-2019 (cf. graphique 4). La part de l’éolien atteint 9,0 %, en hausse par rapport à 2017-2019, tout comme celle du solaire qui atteint 5,6 %. La part de la production hydraulique est très proche de sa moyenne 2017-2019, alors que celle du thermique fossile a nettement diminué, à 3,4 %[8].
Graphique 4 : Évolution du mix énergétique en France (2017 – 2025)
[2] Consommation d'électricité - Accès aux données | RTE
[3] Bilan importations, exportations électricité - Accès aux données | RTE
[5] Moyenne 2025 arrêtée à mi-décembre, sur la base des données journalières RTE.
[6] Programme industriel lancé par EDF en 2008 pour moderniser le parc nucléaire et prolonger la durée d’exploitation des réacteurs au-delà de 40 ans.
[7] La corrosion sous contrainte est un phénomène qui provoque l’apparition de fissures sur des équipements métalliques soumis à la fois à des contraintes mécaniques et à un environnement corrosif.