L’industrie automobile japonaise, qui représente 20% de la valeur des exportations nationales, est en situation de crise face à l’épidémie du covid-19 et aux mesures de confinement : rupture des chaines d’approvisionnement depuis la Chine ; arrêt de la production, dès février, sur le marché chinois, puis en Europe, en Amérique du Nord, ou encore en Inde et en Asie du Sud-Est, ainsi qu’au Japon ; chute des ventes liée à la baisse de la demande mondiale ; et baisse du cours boursier, malgré un léger redressement pendant la deuxième quinzaine de mars.

1. Rupture des chaînes d'approvisionnement et arrêt de la production en Chine puis dans le reste du monde

Les mesures prises par le gouvernement chinois, en janvier 2020, pour ralentir la propagation du virus covid-19, ont particulièrement touché le secteur automobile, en raison notamment de la concentration des industries du secteur dans la région du Hubei et de son chef-lieu Wuhan. Les constructeurs automobiles japonais, qui dépendent en grande partie de la Chine pour la fourniture des pièces détachées et des équipements automobiles, ont ainsi subi dès février des ruptures plus ou moins importantes de leurs chaînes d'approvisionnement. Nissan a été le premier à interrompre partiellement la production dans ses usines de Tochigi (nord de Tokyo) et de Fukuoka (Kyushu), dès le 10 février, faute de livraisons en provenance de Chine, tandis que Honda s'est trouvé dans l'obligation d'augmenter significativement ses délais de livraison. Mazda a, pour sa part, fait le choix de se tourner vers des fournisseurs mexicains, mais avec un coût supplémentaire.

Une partie de la production automobile japonaise délocalisée en Chine a été interrompue. Parmi les 3 grands constructeurs japonais, Nissan et Honda ont été les plus concernés, leurs usines étant principalement situées dans la région de Hubei et la région voisine de Hunan; Nissan a aussi un partenariat approfondi avec Dongfeng, dont le siège historique se trouve à Wuhan. Toyota a également vu ses activités suspendues au plus fort de la crise (février) mais a pu relancer la production à mi- régime, dès le 5 mars, dans ses usines de Changchun, Guangzhou, Tianjin et Chengdu.

La production des constructeurs japonais à l'étranger (hors Chine) a également été réduite au fur et à mesure de l'apparition de nouveaux foyers d'infection et des mesures de confinement prises par les gouvernements. A partir de mars, des fermetures d'usines ont ainsi été annoncées en Europe- à l'image de Toyota, qui a interrompu, le 17 mars, la production dans son usine de Valenciennes et mis au chômage technique ses 4000 employés- ainsi qu'en Amérique du Nord. En Inde, Toyota et Suzuki ont annoncé, le 23 mars, l’arrêt de leurs usines, après la déclaration de confinement du Premier Ministre. En Asie du sud-est, plusieurs annonces de mise à l’arrêt par les constructeurs présents dans la région ont eu lieu ces derniers jours, dont celles par Toyota et Honda, de plusieurs usines au Vietnam et en Thaïlande. Toyota, présent dans le monde entier, a jusqu’à maintenant annoncé au total l’arrêt de 20 usines dans 16 pays, y compris en Russie, au Brésil et en Argentine.

2. Impact sur les ventes en raison de la chute de la demande au Japon et au niveau mondial

En raison de l'évolution de la situation sanitaire et économique au niveau mondial, les industriels japonais se préparent à une chute importante de la demande et à un impact sans précédent sur leurs résultats 2020, encore plus pour l’industrie automobile, qui représente 20% de la valeur des exportations japonaises.

Sur le marché japonais, les chiffres de la fédération nationale des constructeurs automobiles indiquent une baisse de plus de 10% des ventes au Japon en février, par rapport à l’année 2019, et de 9% en mars. Le mois d’avril devrait marquer l’accélération de cette tendance, reflétant la chute de la production et le ralentissement général de l’économie japonaise, après l’annonce, le 24 mars, du report des Jeux Olympiques et l’appel au « confinement volontaire » de la métropole de Tokyo le 25 mars.

Sur les marchés étrangers, l’effondrement des ventes en février sur le marché chinois (-70% pour Toyota, -80% pour Nissan par rapport à 2019) fait craindre des chiffres similaires en mars sur  l'Europe occidentale et les Etats-Unis. D’ores et déjà, on constate une baisse globale des ventes automobiles en Italie (-85%), en France (-72%) et en Espagne (-69%).

3. Des répercussions sensibles sur le cours des actions

La crise à laquelle fait face l'industrie automobile s'est répercutée sur le cours des actions des constructeurs japonais dès fin février (début février pour Nissan). Un redressement partiel a cependant été observé pendant la deuxième quinzaine de mars, avec la relative amélioration de la situation en Chine. Le cours de l'action de Toyota Motor a ainsi chuté de 24 % entre le 21 février et le 16 mars avant de remonter de 13 % entre le 17 et 26 mars. Sur les mêmes périodes, l'action de Honda a baissé de 27 % pour augmenter ensuite de 14 %. S'agissant de Nissan, l'action a perdu 35 % de sa valeur entre le 13 février et le 16 mars et n'a pas bénéficié d'un redressement au cours de la 2ème quinzaine de mars. Pour mémoire, elle avait déjà perdu 33 % de sa valeur entre fin 2018 et fin 2019.