Le commerce bilatéral France-Nigéria en 2020 : les échanges s’effondrent sous l’effet de la Covid-19.

Dans un contexte marqué par la crise de la Covid-19, les échanges commerciaux entre la France et le Nigéria ont été divisés de moitié en 2020 par rapport à 2019. Alors qu’ils comptaient pour 4,52 Mds EUR en 2019, ils n’ont représenté plus que 2,32 Mds EUR en 2020, soit une chute de 48,7%. Cette baisse est considérable, plus de deux fois supérieure à celle observée pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Cette contraction s’explique principalement par la baisse de nos achats d’hydrocarbures (94,3% de nos importations), conséquence directe de la baisse des cours du pétrole et de la demande suite à la pandémie de la Covid-19. Si les importations françaises en provenance du Nigéria ont chuté de 54,4%, nos exportations ont mieux résisté, avec une baisse plus modérée (-10,2%) concentrée sur le premier semestre. Notre déficit commercial a été ainsi réduit de 3,35 Mds EUR en 2019 à 1,27 Mds EUR en 2020.
 

I. Les importations françaises en provenance du Nigéria sont passées de 3,94 Mds EUR en 2019 à 1,79 Md EUR en 2020, soit une chute de 54,4%.

La baisse des cours du pétrole fait plonger nos importations.

Nos importations se retrouvent au niveau le plus faible sur les dix dernières années passant pour la première fois sous la barre des 2 Mds USD.  L’année 2020 marque ainsi la fin de quatre années consécutives de croissance de nos achats en provenance du Nigéria. La chute de nos importations s’explique par la baisse, en valeur, de 55,9% de nos achats d’hydrocarbures qui représentent 94,3% de nos importations et 72,9% de nos échanges avec le Nigéria. Ces achats sont, en effet, passés de 3,83 Mds EUR en 2019 à 1,70 Mds EUR en 2020.

Cette chute est une conséquence directe de la baisse des cours du pétrole dans le contexte de la pandémie de la Covid-19. En effet, alors que le prix du baril était aux alentours de 65 USD, celui-ci est passé sous la barre des 30 USD à partir de mars 2020, atteignant un minimum de 14 USD en avril 2020. Il n’aura regagné les 50 USD que fin décembre 2020.

Alors que les importations non-pétrolières sont en hausse.

En corollaire, deuxième poste en 2019 (24,7 MEUR), les achats de produits pétroliers raffinés ont également fortement diminué (-75,8%) ne représentant plus que 13,9 MEUR et se classent désormais au troisième rang de nos importations. En revanche, les importations non-pétrolières sont en nette croissance passant de 88 MEUR à 102 MEUR soit une progression de 15,8%.

Enregistrant l’une des plus fortes progressions par rapport à 2019 (+147,5%), les produits des industries agroalimentaires se hissent au deuxième rang de nos importations (70,9 M EUR). À noter également la hausse des importations des produits agricoles et de la pêche passant de 12,4 MEUR à 13,9 MEUR (+12,4%) qui arrivent en quatrième position.
 

II. Nos exportations ont mieux résisté et ont connu une baisse plus modérée (-10,2%).

L’impact de la pandémie s’est concentré sur le premier semestre.

Nos exportations à destination du Nigeria sont passées de 587 MEUR à 527 MEUR, soit un recul de 10,2%. Cette baisse dissimule cependant deux dynamiques opposées entre le premier et le second semestre. Alors qu’au premier semestre les exportations se sont effondrées de 40,4% en glissement annuel, elles ont connu une croissance de 27,3% en g.a. au deuxième. L’impact de la crise de la Covid-19 aura donc été concentré sur la première moitié de l’année.

Un profil à l’export plus diversifié qu’à l’import.

Les ventes de produits pétroliers raffinés, principal poste des exportations françaises au Nigéria en 2020 (127 MEUR, soit 24,1% du total) ont connu une légère progression par rapport à 2019 (+0,7%) alors qu’elles avaient chuté de 82,4% en g.a. au premier semestre lorsque les cours étaient au plus bas. Les exportations de produits agroalimentaires restent notre deuxième poste d’exportation en 2020 suite à une baisse contenue à 7,3% et représentent désormais 108 MEUR. Favorisées par le contexte sanitaire, les ventes de produits pharmaceutiques ont bondi de 28,8% pour atteindre 62 MEUR. Elles se classent ainsi troisièmes devançant les exportations de machines qui ont diminué de 17,4% et passent au quatrième rang avec 61,2 MEUR.

Si l’année 2020 est particulière à bien des égards, cette diminution de nos exportations s’inscrit dans une tendance à la baisse depuis sept ans. Comme pour les importations, les exportations se retrouvent ainsi à leur plus faible niveau sur la dernière décennie.
 
III. Le commerce bilatéral France-Nigéria aura ainsi été divisé de moitié (-48,7%) entre 2019 et 2020 et est responsable à 84,1% de la baisse de nos échanges avec l’Afrique subsaharienne.
 

Le recul des échanges est considérable.

Alors que nos échanges avec le Nigéria comptaient pour 4,52 Mds EUR en 2019, ils n’ont représenté plus que 2,32 Mds EUR en 2020 (soit -48,7%). Cette contraction de 2,2 Md EUR est la plus forte baisse sur l’ensemble de nos échanges bilatéraux avec nos partenaires africains entre 2019 et 2020 en valeur absolue. Nos échanges avec l’ensemble de l’Afrique subsaharienne sont passés de 13,8 Mds EUR en 2019 à 11,2 Mds EUR en 2020 soit une chute de 19%.

Le poids du Nigéria dans nos échanges avec cette zone est reflété par le fait que 84,1% de la chute de notre commerce avec l’Afrique subsaharienne (-2,62 Mds EUR) et 43,5% de celui avec l’ensemble du continent (-5,06 Mds EUR) en 2020 s’expliquent par la baisse des échanges bilatéraux avec le Nigéria.

Mais le Nigéria reste toujours notre premier partenaire commercial de la région.

Malgré ce net recul, le Nigéria reste notre premier partenaire économique en Afrique subsaharienne. Cependant, il ne représente plus que 20,7% de nos échanges avec le sous-continent alors que ce chiffre était de 32,8 % en 2019. Cette première place n’est, par conséquent, plus incontestée, l’Afrique du Sud (2,18 Mds EUR, soit 19,5% des parts) et la Côte d’Ivoire (2 Mds EUR, soit 18,1% des parts) se situant désormais à des niveaux comparables. A l’échelle du continent, le Nigéria reste toujours derrière le Maroc, l’Algérie et la Tunisie et passe de quatrième à cinquième partenaire commercial de la France en Afrique, derrière l’Égypte.
 
IV. Notre part de marché reste stable sous la barre des 2%.
 

Notre part de marché est restée stable en 2020.

Les exportations françaises vers le Nigéria ont représenté en 2020 1,95% du total des importations nigérianes[1]. Ce chiffre est à peu près stable par rapport à 2019 lorsqu’il s’était établi à 2,01%. La baisse de nos exportations de 40,4% n’aura donc pas entraîné un effondrement de nos parts de marché, la pandémie ayant également impacté les ventes de nos principaux concurrents dans des proportions similaires.

La tendance à la baisse se poursuit néanmoins.

Cependant la tendance à la baisse se poursuit et notre part de marche se situe à son plus faible niveau depuis 2017, sous la barre des 2% et loin des 3,85% de 2016. La France perd ainsi deux places par rapport à 2019 et se retrouve désormais derrière l’Italie (2,15%) et le Brésil (2,13%). La France se classe au neuvième rang de parts de marchés dans le plus grand marché d’Afrique. Les principaux fournisseurs du Nigéria demeurent la Chine, toujours largement en tête avec plus d’un quart des parts de marché (28,76%), les États-Unis (9,6%) et l’Inde (7,9%).
 
Fortement marquée par la crise de la Covid-19, l’année 2020 reflète à nouveau la dépendance au secteur pétrolier de notre commerce bilatéral avec le Nigéria. Tirés par nos importations d’or noir, nos échanges avec la première puissance économique africaine évoluent, en effet, au rythme des cours du pétrole, souffrant ainsi d’une forte volatilité. Dans le même temps, malgré un rebond de nos ventes de produits non pétroliers, nos exportations, handicapées par l’absence de grands contrats publics comme privés, continuent à diminuer d’année en année.

[1] Source: Bureau National des Statistiques (NBS). À noter que le montant des importations nigérianes depuis la France selon les autorités nigérianes (755 MEUR en 2019, 859 MEUR en 2020) diffère considérablement par rapport à celui des exportations françaises vers le Nigéria d’après les Douanes françaises (587 MEUR en 2019, 527 MEUR en 2020).


 

  • Voir aussi :

- Le commerce bilatéral France-Nigéria en 2018

- Le commerce bilatéral France-Nigéria en 2017

- Le commerce bilatéral France-Nigéria en 2016