Le partage de la valeur ajoutée a longtemps été stable outre-Atlantique, avant de se déformer en faveur du capital à partir des années 2000. La fraction de la valeur ajoutée revenant au facteur travail a fluctué autour d'une valeur moyenne de 63 %, puis elle a ensuite entamé une phase baissière, diminuant de près de 6 points par rapport à la période 1948-2001. Le recul de la part des salaires dans la valeur ajoutée concerne également la plupart des pays avancés et émergents à l'exception de la France.

La baisse de la part des salaires observée au niveau agrégé aux États-Unis se concentre dans certains secteurs, en particulier l'industrie manufacturière, qui en explique la moitié, les télécommunications, le commerce, et le transport.

Dans le secteur manufacturier, la réduction de la part des salaires s'expliquerait par le développement du commerce international. La mondialisation aurait incité certaines firmes à délocaliser les étapes de leur processus de production requérant le plus de main d'œuvre, réduisant ainsi la part du travail dans la valeur ajoutée américaine. Par ailleurs, le progrès technique a pu aussi jouer un rôle, difficile à évaluer pour l'instant, dans la réduction de la part des salaires.

La réduction des pressions concurrentielles dans certains secteurs de services aurait également accru les profits et donc la rémunération du capital. Ainsi, la place grandissante des firmes « superstars » dans l'économie américaine, qui présentent un degré de concentration relativement élevé, contribuerait au déclin de la part des salaires au niveau agrégé.

Trésor-Éco n° 216