Entre 2014 et 2016, les prix des matières premières ont fortement diminué : de moitié pour les hydrocarbures, d'environ un tiers pour les minerais et de 20 % pour les produits agricoles. Malgré la remontée récente des prix, cela a considérablement dégradé la balance courante des pays exportateurs, en particulier ceux ayant une économie peu diversifiée.
Les pays exportateurs se sont ajustés différemment en fonction de l'ampleur du choc qu'ils ont subi, des marges de manœuvre de politique économique dont ils disposaient et de leur régime de change (fixe ou flottant). Certains pays ont notamment été amenés à assouplir leur régime de change, comme par exemple la Russie ou l'Egypte.
La théorie économique et l'expérience de ces dernières années suggèrent que le régime de change le plus approprié dépend des caractéristiques de chaque économie. Pour des pays ayant une économie relativement diversifiée, un régime de change flottant constitue généralement un atout car une dépréciation du taux de change améliore la compétitivité des secteurs exportateurs hors matières premières, ce qui soutient l'activité et le solde courant à moyen terme.
À l'inverse, pour des pays exportateurs de matières premières à l'économie très peu diversifiée et des pays mono-exportateurs (qui sont principalement des pays du Moyen Orient et des pays africains), une dépréciation du taux de change ne permet généralement pas de stimuler les volumes d'exportation, car les matières premières qu'ils exportent sont cotées en devises sur des marchés internationaux. Dans ce cas, la dépréciation du taux de change ne contribue à l'amélioration des comptes externes que par le biais de la réduction des volumes d'importations provoquée par leur renchérissement, qui a un effet inflationniste et récessif.
Ainsi, un régime de change fixe peut être préférable pour un pays exportateur très peu diversifié ou mono-exportateur, à condition que la banque centrale dispose de la crédibilité suffisante pour maintenir l'ancrage. En cas de faiblesse durable des prix des matières premières, un ajustement reste inévitable. Il passe souvent à moyen terme par la consolidation des finances publiques, qui constitue un levier important pour redresser le solde courant. À plus long terme, la diversification de l'économie permet de réduire sa vulnérabilité à des chocs ; elle nécessite souvent d'éviter la surévaluation du taux de change.
Certains pays ont des réserves de change insuffisantes pour maintenir l'ancrage de leur devise dans un contexte de faiblesse des prix des matières premières. Dans de tels cas, des interventions de la banque centrale sur le marché des changes pour défendre un ancrage devenu intenable peuvent être contreproductives. Bien que la flexibilisation du régime de change provoque un ajustement brutal, elle doit de préférence intervenir avant l'épuisement des réserves. Les réserves restantes peuvent ainsi être mobilisées pour gérer la volatilité et préserver la stabilité financière, notamment lorsque les agents économiques sont endettés en devises.

Trésor-Éco n° 195