L’initiative Tibi vise à combler une faille de marché en mobilisant l’investissement des acteurs institutionnels

L'initiative Tibi mobilise les investisseurs institutionnels, en particulier les assureurs qui gèrent l'épargne des Français placée en assurance-vie et sur des plans d'épargne-retraite, pour orienter une partie de cette épargne vers le financement des entreprises technologiques à forte croissance, afin de faire émerger de nouveaux champions technologiques. Lancée en 2020 sur la base du rapport « Financer la IVème révolution industrielle » remis en 2019 par Philippe Tibi, elle répond à une faille de marché : l'insuffisante capacité de financement des entreprises technologiques en France au moment de leur accélération industrielle et commerciale. La France est à ce jour le premier écosystème de financement de l'Union européenne pour les entreprises technologiques.
Les institutionnels n'investissent pas directement dans ces entreprises. Ils le font par l'intermédiaire de fonds spécialisés : des fonds de capital-risque pour les phases d'amorçage et de premier développement, des fonds de capital-croissance pour les phases plus avancées, et des fonds boursiers spécialistes des valeurs technologiques, qui contribuent à financer une entreprise au moment de son introduction en bourse et dans les années qui suivent.
L'initiative repose sur trois étapes. La première est l'engagement : le ministre de l'Économie sollicite les institutionnels pour qu'ils indiquent le montant qu'ils vont investir, sur plusieurs années, dans ces fonds. La deuxième est l'homologation des fonds : un fonds candidat doit être parrainé par des institutionnels déjà partenaires de l'initiative, puis son homologation est décidée par un vote à la majorité de ces partenaires, sur la base d'un cahier des charges dont la direction générale du Trésor vérifie le respect. L'homologation ne garantit pas qu'un fonds recevra des investissements : elle signifie qu'il intègre l'univers des fonds éligibles aux allocations des institutionnels engagés. La troisième étape est le suivi : la DG Trésor assure le secrétariat de l'initiative, anime les comités d'homologation et s'assure que les investissements réalisés sont cohérents avec les engagements pris au départ.
Les deux premières phases de l'initiative ont dépassé leurs ambitions. La phase 1 (2020-2022), dotée d'un objectif de 6 milliards d'euros, a permis d'allouer 6,4 milliards d'euros à des fonds de capital-croissance et à des fonds d'actions technologiques cotées. La phase 2 (2023-2026), dotée d'un objectif de 7 milliards d'euros, a élargi le champ de l'initiative au capital-risque dans son intégralité et aux projets industriels ; au 31 mars 2026, elle avait recueilli 9,5 milliards d'euros. Au total, près de 16 milliards d'euros ont été investis depuis 2020 par trente-sept investisseurs de long terme, et 176 fonds ont obtenu une homologation Tibi. Près de cent cinquante fonds ont collecté plus de 40 milliards d'euros pour investir dans des entreprises non cotées, et une trentaine de fonds technologiques boursiers totalisent 18 milliards d'euros d'encours. Depuis 2020, 35 % du capital a été investi dans des entreprises de technologies de rupture (deeptech), 25 % dans les transitions énergétique et écologique et 26 % dans la santé.
Le 19 juin 2026, Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a lancé la troisième phase de l'initiative. Les investisseurs institutionnels partenaires, désormais une quarantaine, se sont engagés à mobiliser 13 milliards d'euros pour financer les entreprises technologiques françaises et européennes jusqu'en 2032, avec un objectif d'atteindre 15 milliards d'euros d'ici la fin de l'année. 50 % des investissements de cette nouvelle phase seront consacrés aux deeptech, comme le quantique, l'intelligence artificielle, le New Space ou les biotechnologies.
L'initiative élargit également son périmètre pour venir financer les grandes filières stratégiques de la souveraineté, en particulier les infrastructures de l'intelligence artificielle, et soutenir les PME et ETI cotées, notamment du secteur de la défense à travers un nouveau volet consacré aux petites et moyennes capitalisations boursières (small et mid caps), coordonné par la Caisse des dépôts et consignations. L'objectif est de renforcer l'écosystème boursier français sur ce segment, afin de rendre plus aisée demain l'introduction en bourse des entreprises en croissance.
Cette troisième phase s'accompagne enfin d'une ambition européenne. Dans le prolongement du rapport Noyer-Kukies remis en janvier 2026, la France et l'Allemagne travaillent à la création d'un réseau paneuropéen d'investisseurs institutionnels, avec l'objectif de structurer d'ici fin 2026 une première plateforme réunissant des fonds franco-allemands, parties à l'initiative Tibi en France et à l'initiative WIN en Allemagne. Ouvert aux autres États membres ayant structuré leur dispositif national, ce réseau a vocation à développer une véritable capacité européenne de financement des meilleurs fonds d’investissement technologiques.
L’objectif de l’initiative est de favoriser l’émergence d’acteurs financiers capables d’accélérer la croissance d’entreprises innovantes pour en faire des leaders régionaux ou mondiaux, et de participer au développement de l’écosystème technologique en France par la création d’expertises spécifiques.
Dans ce cadre, des comités techniques réunissant les investisseurs partenaires se tiennent régulièrement, afin de valider les candidatures de fonds appelés à investir les montants annoncés. Lors de ces comités, il est demandé aux sociétés de gestion de démontrer la pertinence de leur offre au regard du cahier des charges de l’initiative.