Synthèse de la relation économique bilatérale entre la France et le Canada

1. Les échanges bilatéraux

 

      a. une reprise dynamique des échanges bilatéraux en lien avec la levée des restrictions sanitaires

 

Selon les Douanes Françaises, le commerce bilatéral franco-canadien a atteint 7,5 Md € en 2021, soit un rebond de près de 19% par rapport à 2020 (6,3 Md €). La valeur des échanges bilatéraux a même dépassé le précédent record, établi lors de l’année 2019 (6,8 Md €), signe d’une reprise du commerce particulièrement dynamique en 2021. Il convient cependant de souligner que cette hausse des échanges s’est faite au prix d’une dégradation rapide de la balance commerciale française vis-à-vis du Canada : après un excédent de plus de 650 M € en 2019, et de 7 M € en 2020, la France a enregistré un déficit de 300 M € avec le Canada en 2021. Hors hydrocarbures et industrie extractive, la balance commerciale franco-canadienne serait en excédent d’environ 600 M €. Les chiffres du S1 2022 vont aussi dans le sens d’une reprise soutenue des échanges commerciaux. Les données des Douanes françaises indiquent que le total des échanges bilatéraux s’est élevé à 4,1 Md € au S1 2022, en hausse de 17% en glissement annuel. La France affiche à nouveau un excédent commercial, à hauteur de 104 M€ contre un déficit commercial de 22 M € au S1 2021. Sur les 12 derniers mois, le commerce intrabranche a été très particulièrement dynamique pour deux types de produit : pièces détachées d’aéronefs et d’engins spatiaux avec respectivement 258 M € d’exportations et 928 M € d’importations sur les 12 derniers mois, et produits pharmaceutiques avec 314 M € d’exportations, et 346 M € d’importations (Annexe II).

 

Les exportations françaises vers le Canada se sont établies à 3,6 Md € en 2021, contre 3,1 Md€ en 2020, soit une augmentation de 16,1%, légèrement inférieur à la hausse des exportations françaises à l’échelle mondiale (16,5%). Cette progression est notamment visible dans le secteur de l’agroalimentaire, qui représente plus du quart des exportations françaises vers le Canada (868 M €, +12,5% en glissement annuel). Le vin demeure, comme en 2019 et 2020, le produit français le plus exporté vers le Canada, représentant à lui seul 13,7% des exportations (468 M €, +19,2%). Le secteur de la chimie, parfums et cosmétiques (403 M €, 12% des exportations, +16,8%) et les machines industrielles et agricoles (338 M €, 9,9% des exportations, +16,8%) ont également profité du rebond de la relation commerciale franco-canadienne. À l’inverse, le secteur pharmaceutique, favorisé par le contexte sanitaire en 2020, a vu ses exportations reculer légèrement en 2021 (324 M €, -1,5%), tandis qu’une baisse des exportations de matériels de transports a également, pour la 2ème année consécutive, été observée (267 M €, -15,2%), principalement en raison de la baisse des ventes d’aéronefs (185 M €, -19,8%). Malgré la hausse des exportations vers le Canada, Statistique Canada relève que la France a perdu une place au classement des pays fournisseurs du Canada (11ème contre 10ème en 2020). Selon la Douane française, le Canada demeurait le 28ème débouché  en 2021 (position inchangée par rapport à 2020) pour les exportations françaises. Au S1 2022, les exportations françaises vers le Canada ont atteint 2,1 Md€, en hausse de 22,3% (+335 M €) par rapport au S1 2021. Les chiffres des douze derniers mois indiquent que la France est un fournisseur pour le Canada de vin et d’autres boissons alcoolisées (584 M € d’exportations sur les 12 derniers mois), de parfums et de produits pour la toilette (218 M €), de produits d’éditions de livres (83 M €), ainsi que d’articles de maroquinerie, de sellerie et de bourrellerie (70 M €).

 

Les importations françaises depuis le Canada ont atteint 3,9 Md € en 2021, en nette hausse par rapport à 2020 (+24,2%), une progression légèrement supérieure à celle des importations totales de la France (+19%). Comme en 2020, les principaux secteurs d’importations françaises en provenance du Canada sont les hydrocarbures (990 M €, +70%), portés par la reprise de l’activité et la hausse des prix, et les matériels de transport (909 M €, +38%), soutenus principalement par les ventes d’aéronefs (795 M€, +32,7%) avec notamment la première livraison d’Airbus A220 produits au Canada auprès d’Air France, même si le doublement des importations de véhicules automobiles est également à souligner (95 M €, +126,7%). Ces deux secteurs représentent près de la moitié du total des importations françaises en provenance du Canada. Les importations dans les industries chimiques (222 M €, +52%) et pharmaceutiques (289 M €, +49%) ont également connu des progressions remarquables au cours de l’année 2021. À l’inverse, les importations de produits agricoles canadiens (céréales et oléagineux), qui représentent plus de 10% des importations totales, ont connu un recul substantiel en 2021 (406 M €, -24,3%). L’industrie métallurgique a également vu ses importations baisser (124 M, -38%). Ainsi, la France gagne deux places au classement des pays clients du Canada (8ème en 2021 contre 10ème en 2020). Côté France, le Canada gagne une place et se classe en 28ème fournisseur (contre 29ème en 2020) pour les importations. Au cours du S1 2022, les importations françaises depuis le Canada sont évaluées à 2 Md€, en augmentation de 13,1% (+230 M €) par rapport au S1 2021. Sur les 12 derniers mois, le Canada est un fournisseur important de minerai de fer (849 M € d’importations), d’oléagineux (270 M €), d’hydrocarbures (227 M €) et de véhicules automobiles (74 M €).  

 

            b. AECG/CETA

 

L’entrée en vigueur provisoire en septembre 2017 de l’Accord économique et commercial global (AECG/CETA) a permis au Canada d’élargir ses échanges avec l’Union européenne, son deuxième partenaire commercial après les Etats-Unis, devant la Chine. Avant la période de volatilité due à la crise sanitaire, le commerce entre la France et le Canada était dans une tendance haussière. Entre 2016, dernière année avant l’entrée en vigueur de l’accord, et 2019, dernière année avant la pandémie, le commerce de biens entre la France et le Canada est passé de 5,9 Md € à 6,9 Md € (+15,6 %), porté principalement par la hausse des exportations françaises vers le Canada. Celles-ci sont passées de 3 Md € à 3,7 Md € entre 2016 et 2019 (+24 %), une augmentation notamment due aux secteurs agro-alimentaire (+ 23 %, devenu le 1er poste d’exportation avec 20 % du total), des produits chimiques et cosmétiques (+27%) et des textiles et chaussures (+34%). Les importations françaises sur la même période avaient enregistré une croissance plus faible (+7,1 % pour atteindre 3,1 Md € en 2019), essentiellement portées par la hausse des achats dans les hydrocarbures et produits de l’extraction (+68% ; 17,5% du total contre 11% en 2016). En déficit au S1 2017, le solde commercial avait ainsi rebondi pour atteindre l’excédent record de 650 M € en 2019. En matière de services, la tendance est inverse puisque la France connaissait en 2019 son troisième déficit consécutif, à hauteur de 150 M €. Les exportations françaises de services ont connu une hausse de 12% depuis l’entrée en vigueur du CETA (2,6 Md €), inférieure à celle des importations (+24%, à 2,7 Md €).

 

La réduction des barrières tarifaires (suppression des droits de douane sur 98 % des lignes tarifaires, création de contingents pour les fromages européens) a bénéficié au commerce bilatéral. L’entrée en vigueur de l’AECG-CETA s’est notamment accompagnée d’une augmentation des exportations des boissons alcoolisées européennes, dont les droits de douane de 10% ont été supprimés : les exportations françaises de vin (+23% entre 2016 et 2019) sont ainsi devenues le premier poste d’exportation vers le Canada. Le Canada a également accordé l’ouverture de nouveaux contingents pour les fromages européens : l’ouverture de ces quotas s’est traduite entre 2016 et 2020 par une augmentation de 61% des exportations françaises de fromage qui, malgré une chute en 2021 (-12,8%), semble confirmer leur rebond au S1 2022 avec une reprise de 6,4% en glissement annuel sur les 5 premiers mois de l’année. En 2021 ces quotas ont été utilisés à 98% pour le fromage affiné (+2% par rapport à 2020) et 90% pour le fromage industriel (+13%). Au total, pour l’ensemble des biens, le taux d’utilisation des préférences tarifaires de l’AECG/CETA pour les exportations canadiennes vers l’UE s’élève à 57% en 2020, un niveau similaire à la moyenne européenne (56%). Selon Eurostat le taux d’utilisation des préférences tarifaires aux exportations de la France était de  64,6% en 2021 (+1 point de pourcentage par rapport à 2020) contre 70% pour les importations françaises depuis le Canada, en constante progression depuis l’entrée provisoire de l’AECG/CETA en 2017. La portée de l’accord ne s’arrête pas à la réduction des barrières tarifaires : avec l’ouverture des marchés publics canadiens aux niveaux provincial et municipal, la protection des indications géographiques européennes, le rapprochement des règles de protection des droits de propriété intellectuelle, la facilitation des mouvements temporaires de professionnels et de reconnaissance mutuelle des organismes de certification et des qualifications professionnelles (dont le premier accord concernant les architectes devrait être officialisé à l’automne), l’Union européenne et le Canada se sont donné les moyens de renforcer considérablement leurs échanges économiques. Les autorités européennes et canadiennes se rencontrent ainsi une vingtaine de fois par an à l’occasion de comités sectoriels et thématiques afin d’approfondir leur coopération dans le cadre de l’accord.

 

2. Les investissements croisés France-Canada

      a. Stock et flux d’IDE : reprise des investissements croisés en 2021

 

La forte augmentation des flux d’investissements directs à l’étranger (IDE) entre la France et le Canada témoigne de la reprise de l’activité économique suite à la pandémie. Selon Statistique Canada et Invest Canada, la France a été en 2021 la 4ème destination des IDE canadiens, avec des flux d’IDE estimé à 3,6 Md CAD (2,8 Md €). La Banque de France évalue quant à elle les flux d’IDE canadiens vers la France à 3,2 Md € en 2021, contre un flux négatif de 400 M € en 2020, ce qui place le Canada comme 5ème investisseur en France en 2021. La principale explication est une conséquence de l’achat de Bombardier par Alstom : la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a cédé ses parts dans Bombardier à Alstom, a en contrepartie pris le contrôle de 17,5% du capital d’Alstom pour un montant d’environ 2,6 Md €. Parmi les 55 projets d’investissements canadiens identifiés par Business France en 2021, ayant généré la création de plus de 2 000 emplois, on compte également l’extension du site de Lille de l’entreprise CGI, la modernisation des installations en France de Premier Tech, l’ouverture de nouveaux locaux en Nouvelle Aquitaine par Ulula et l’investissement de MediCom pour établir une nouvelle branche dans les Pays de la Loire. Au total, le stock des IDE canadiens en France est évalué par la Banque de France à environ 10 Md € en 2021.

 

Avec un flux d’IDE français à destination du Canada de 5,8 Md € en 2021 selon la Banque de France (en comparaison d’un flux négatif de 6 Md € en 2020), le Canada se place en première  destination pour les IDE français à l’étranger en 2021. Les flux d’IDE français vers le Canada ont principalement concerné les transports, les industries manufacturières, la métallurgie, les produits d’informatiques et électroniques, suivi des services. En particulier, l’acquisition par Alstom de Bombardier pour 5 Md € explique une grande partie des flux d’IDE français à destination du Canada en 2021. Le stock total des IDE français au Canada est estimé en 2021 à 9,6 Md €.

 

      b. Entreprises et principaux investisseurs

 

L’INSEE recense 1 200 filiales françaises au Canada en 2021, employant 124 000 salariés pour un chiffre d’affaires consolidé de 31 Md €. D’après Statistiques Canada, 46% des filiales françaises seraient situées au Québec contre 37% en Ontario et 6% respectivement pour la Colombie-Britannique et l’Alberta. Par ailleurs, d’après les chiffres de Montréal International, 345 filiales françaises sont établies dans la région du Grand Montréal, positionnant la France en 2e position des filiales étrangères à Montréal avec 16,8% du total. Les principales entreprises françaises implantées au Canada  sont, en matière d’employés, Sodexo (9000 salariés), Alstom, (4200), Michelin (3500), Airbus (3000), Sanofi (2000), Thales (2000) BNP Paribas (1300), L’Oréal (1300), Orano (500) et Danone (500). Plusieurs opérations industrielles ont eu lieu ces dernières années, avec notamment l’acquisition de Bombardier Transport par Alstom en janvier 2021, de Camso par Michelin en décembre 2018, du programme CSeries de Bombardier par Airbus rebaptisé A220 en 2018, mais aussi l’arrivée de Stellantis sur le marché canadien suite à la fusion entre PSA et FCA.

 

Business France recense environ 200 filiales canadiennes en France, employant 25 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 6,2 Md €. Sur la période 2009-2020, le principal investisseur est CGI group avec 53 projets, suivi de Premier Tech (21 projets) et de Cascades (15 projets), Lallemand, Magna International, ONEX Corporation, Linamar Corporation, Laporte Experts Conseils, Boralex et Constellation Software complètent le top 10 des entreprises canadiennes qui investissent en France. En 2021, des entreprises comme Medicom, spécialisé dans la production de gants en nitrile, Ulula, fournisseur de solutions digitales de collecte de données et Premier Tech, spécialisé dans l’horticulture et l’agriculture ont contribué aux investissements les plus importants en France. Ces dix entreprises représentent 33% des investissements de la période. Par ailleurs, les régions les plus touchées par ses investissements sont la région Île-de-France avec 24% des projets d’investissements, suivi par la région Auvergne-Rhône-Alpes qui représente 20% des projets d’investissement. En 2022, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), déjà actionnaire majoritaire d’Alstom et actionnaire minoritaire de Keolis respectivement à hauteur de 17,5% et 30% du capital, est entrée en négociation exclusive avec le consortium SNCF/DWS en vue d’acquérir Akiem, une filiale de la SNCF loueuse de locomotives. La CDPQ, avec ses 15 Md € d’actifs en France, témoigne de l’intérêt grandissant des fonds de pension canadiens pour la France, au même titre que CPPIB ou OTPP.

 

Annexe I : Tableau récapitulatif des relations économiques bilatérales entre la France et le Canada

Tableau récapitulatif des relations économiques bilatérales entre la France et le Canada

 

FRANCE

CANADA

Echanges commerciaux (Statistique Canada, 2022[1] & Douanes françaises, 2021)[2]

9ème partenaire du Canada

30ème partenaire de la France

8ème client des exportations canadiennes

28ème fournisseur de la France

11ème fournisseur du Canada

28ème client des exportations françaises

Le total des échanges commerciaux se chiffre à 7,5 Md € (2021)

Balance commerciale (Douanes françaises, 2021)[3]

Déficit de 300 M € en 2021 contre un quasi-équilibre (excédent commercial d’environ 7 M € en 2020)

Exportations et importations (Douanes françaises, 2021)[4]

Les exportations françaises ont atteint 3,6 Md € en 2021, soit une progression de 16,1%

Les importations françaises depuis le Canada ont atteint 3,9 Md € en 2021, soit une nette hausse par rapport à 2020 (+24,2%)

 

Investissements croisés général  (2020)

12e investisseur étranger au Canada

2e investisseur au Québec

11ème investisseur étranger en FR

Investissements entreprises (INSEE, 2019 ; Statistique Canada, 2021) [5] [6]

 

1200 filiales au Canada

124 000 salariés

31 Md € de CA

Environ  filiales en France

25 000 emplois

6,2 Md € de CA

 

Flux d’IDE (Banque de France, 2021)[7] [8]

Le flux d’IDE français au Canada s’élève à 5,8  Md € en 2021.

Le Canada est au 1er rang des pays de destination de nos IDE en 2021.

Le flux des IDE canadiens en France s’élève à 3,2 Md € en 2021.  

La France est au 5eme rang des pays de destination des IDE canadiens en 2021.

Principaux investisseurs

Thales, Alstom Transport SA, Sanofi-Aventis, Michelin, Airbus, BNP Paribas, Société Générale, Ubisoft, Société pour l’Informatique Industrielle, Total Energies SE, Expleo France, Alten, Bel, Danone

CGI Group, Premier Tech, Lallemand, Magna international, Boralex, CDPQ, Blackberry, Desjardins, Loop Industries McCain, Linamar, SNC Lavalin

 

Annexe II : Données d’importations et d’exportations entre la France et la Canada selon la CPF (source : Douanes françaises[9])

 

Tableau 1. Exportations FAB hors matériel militaire de la France vers le Canada (en milliers d’euros)

Tableau 1

 

Tableau 2. Importations CAF hors matériel militaire du Canada vers la France (en milliers d’euros)

Tableau 2

  

Sources 

Global Affairs Canada, 2022. « Le point sur le commerce 2022 : Les avantages des accords de libre-échange « Finances gouv, 2021. « Le Chiffre du commerce extérieur - Données pays ou produits Brutes »

Le Chiffre du commerce extérieur - Données croisées CPF4 - pays - Résultats (finances.gouv.fr)

Statistique Canada, 2022. « Commerce international de marchandises pour tous les pays et les principaux partenaires commerciaux, mensuel »

Performance du commerce des marchandises entre le Canada et l’UE après l’entrée en vigueur de l’AECG (international.gc.ca)

Banque de France, 2022. « Investissements directs : Séries annuelles »

Business France, 2022. « Bilan des investissements internationaux en France 2021 »

Eurostat, 2021. « Statistiques des filiales étrangères par activité économique et une sélection des pays de résidence des entitées contrôlantes (à partir de 2008) »

Les firmes multinationales françaises en 2019 : 48 200 filiales à l’étranger - Insee Focus - 252

Business France. (présentation consulaire et site web)

Investir Canada, 2019. « En chiffres : les investissements directs étrangers au Canada  »

Statistique Canada, 2021. « Bilan des investissements internationaux, investissements directs canadiens à l'étranger et investissements directs étrangers au Canada, par pays, annuel »

France : Survol du marché (deleguescommerciaux.gc.ca)

Autres sources : Productions internes du Service économique régional d’Ottawa


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