L'été 2026 a été marqué par des vagues de chaleur successives et par une sécheresse inédites en Europe. À l’exception de l’Allemagne, l’impact des canicules a principalement touché la production agricole, avec des pertes de récoltes conséquentes en France et en Italie et moindres en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne. Selon le Centre commun de recherche de la Commission européenne, la persistance de températures élevées et les déficits hydriques ont fortement dégradé les perspectives des cultures d’été en particulier en France, dans le sud de l’Allemagne et dans le nord et le centre de l’Italie. Les prévisions de rendement ont été nettement révisées à la baisse, jusqu’à −14 % sous la moyenne des cinq dernières années pour certaines cultures, le maïs étant fortement affecté, tandis que les céréales d’hiver conserveraient des rendements proches de la normale. Au Royaume-Uni, la sécheresse a particulièrement touché les récoltes de céréales (blé, orge et avoine). En Espagne les pertes agricoles restent limitées grâce à la prédominance des cultures méditerranéennes naturellement résistantes à la sécheresse, et de systèmes de production adaptés aux fortes chaleurs.

À l’issue du 2e trimestre 2026, la France enregistre la contribution de la valeur ajoutée agricole à son PIB la plus négative parmi les principaux pays européens, avec −0,08 pt, du fait d'un acquis de croissance agricole de −5,7 % au 2e trimestre (cf. tableau 1). Dans le scénario macroéconomique sous-jacent au PLF 2027, la valeur ajoutée de l’agriculture reculerait de −8 % en France sur l’année 2026, réduisant le PIB d’environ −0,1 pt en moyenne annuelle. Le Royaume-Uni, dont l'acquis est similaire (−4,7 %), voit son impact limité à −0,03 pt en raison du plus faible poids du secteur agricole dans le PIB. L’Italie, pourtant confrontée à des pertes agricoles estimées à près de 2 Md€ d’après la CIA – Agricoltori Italiani (soit 0,09 % du PIB italien de 2025), affiche une contribution nulle à la croissance du PIB, tout comme l’Allemagne. L'Espagne est la seule économie avec une contribution positive (+0,04 pt), combinant un acquis favorable (+1,6 %) et un poids sectoriel élevé (2,7 %).

Valeur ajoutée agricole : poids, acquis de croissance et contribution au 2e trimestre 2026

L’impact différencié entre les pays européens des épisodes de canicules sur le PIB en 2026, qui place à ce stade la France dans la position la plus dégradée, pourrait évoluer au cours de l’année, au fil des remontées et révisions des comptes trimestriels. En effet, les données sur les récoltes ne sont disponibles que progressivement au cours de l'été et de l'automne, si bien que l'estimation de la production végétale annuelle reste provisoire lors de la publication des comptes trimestriels du 2e trimestre. Les différences méthodologiques d'un institut statistique à l'autre, notamment dans la répartition des pertes de récolte sur plusieurs trimestres de production, limitent également la comparabilité des acquis de valeur ajoutée agricole entre pays européens.

Les canicules et la sécheresse exercent une pression haussière sur les prix de production alimentaires, avec des effets hétérogènes selon les cultures et les pays, mais la transmission aux prix à la consommation devrait être graduelle et partielle. L’indice des prix à la production des légumes frais a progressé en août de +18 % en France, et de l’ordre de +15 % en Allemagne et en Italie. La transmission de cette hausse aux prix à la consommation est perceptible dès le mois d’août dans l’indice des produits alimentaires non transformés (cf. graphique 3), qui a fortement progressé en France (+5,0 %, après +4,1 %) et en Espagne (+4,3 %, après +2,3 %). Cette accélération s’est transmise aux prix alimentaires de l’ensemble des pays en septembre (cf. graphique 2). Plusieurs travaux empiriques (Ferrucci G. et al., 2012, Gonzalez-Torres Fernandez G. et al., 2025, Chelly S., 2026) ont montré que la transmission d’un choc d’offre agricole aux prix à la consommation peut s’étaler sur plusieurs trimestres, notamment dans l’industrie agroalimentaire du fait des délais de renégociation avec les distributeurs.

Évolution de l'inflation alimentaire

Des effets sont également perceptibles dans le secteur industriel en Allemagne et dans le tourisme en Espagne. En Allemagne, l’assèchement historique du Rhin expose temporairement l’industrie à des difficultés logistiques majeures, avec un coût du fret fluvial multiplié jusqu’à quatre pour les intrants industriels lourds, et une production industrielle en recul de −1,2 % en juillet (−3,2 % dans la chimie, où le recours au transport fluvial est important). La remontée partielle des eaux en août a amélioré les conditions de navigation sans résorber toutes les difficultés logistiques, dans un contexte de hausse de production industrielle (+2,0 %) mais de recul persistant, quoique moins marqué, dans la chimie (−1,2 %). L'institut IFW estime un impact de −0,1 pt à −0,2 pt de PIB au 3e trimestre, partiellement atténué par la remontée des eaux fin août. En Espagne, la forte canicule pourrait entraîner un impact différé sur le tourisme, les épisodes de chaleur réduisant de 15 % les intentions de retour des touristes internationaux selon une analyse de CaixaBank (2024), tandis qu’un scénario de hausse des températures moyennes de 3°C à 4°C d’ici 2100 entraînerait des pertes de recettes touristiques de l’ordre de −0,45 % du PIB pour les pays du Sud de l’Europe selon une étude de la Commission européenne.