Flash Conjoncture Pays avancés – États-Unis : le poids croissant des importations liées à l’IA
Le dynamisme des importations de biens liés à l'essor de l'intelligence artificielle pèse sur le déficit commercial américain, qui s'est dégradé en 2026 par rapport à 2024 sur les huit premiers mois de l'année.
En cumul sur les huit premiers mois de l’année, si le déficit commercial américain en biens s’est amélioré en 2026 par rapport à 2025, année marquée par le comportement de stockage des importateurs (frontloading) lié à l’incertitude tarifaire, il s’est creusé par rapport à 2024 (cf. Graphique 1). Par rapport à 2025, en cumul sur les huit premiers mois de l’année, le déficit commercial des États-Unis s’est résorbé en 2026, passant de −887 Md$ à −776 Md$. Cette amélioration est due au plus fort dynamisme des exportations (+14 %) que des importations (+4 %). Cette moindre hausse des importations, et la forte résorption du déficit commercial qui en découle, s’explique par le niveau élevé des importations début 2025 lié au frontloading en anticipation de la hausse des droits de douane promise par D. Trump (+9 % d’importations de biens en cumul entre janvier et août 2025 par rapport à la même période en 2024). Par rapport à 2024, année la plus récente non perturbée par la mise en place de droits de douane à grande échelle, le déficit sur les huit premiers mois de l’année 2026 demeure toutefois plus creusé (−22 Md$), en dépit du dynamisme plus prononcé des exportations (+19 % en cumul sur deux ans) que des importations (+13 %).
Le dynamisme des importations en 2026 par rapport à 2024, s’explique exclusivement par les besoins liés à l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Les importations de biens liés à l’IA[1] affichent en effet un dynamisme prononcé (+382 Md$ par rapport à 2024, soit +129 %), tandis que celles hors biens liés à l’IA demeurent en retrait (−97 Md$, soit −5 %, cf. Graphique 2a), en particulier dans les produits chimiques et pharmaceutiques ainsi que les équipements de transport. Le repli des importations pour les biens hors IA ne semble pas pouvoir être expliqué par un phénomène de déstockage des stocks acccumulés dans la période de frontloading, ces derniers étant épuisés depuis début 2026, et dorénavant déficitaires (cf. Graphique 2b). Ces dynamiques contraires pourraient plutôt s’expliquer par l’impact sectoriel différencié de la politique commerciale, les hausses tarifaires ayant épargné les biens liés à l’IA (taux moyen payé par les importateurs américains de 2 % en 2026, quasi stable par rapport à 2024), à l’inverse des autres biens (taux à 9 % en 2026, contre 2 % en 2024).
Lecture Graphique 2b : Depuis l’élection de D. Trump en novembre 2024, et jusqu’en août 2026 (courbes orange et jaune), les importateurs américains ont importé 52 Md$ de biens hors IA en moins en cumulé (dernière barre jaune) par rapport au total enregistré sur les mêmes mois lors de la dernière période précédant son retour au pouvoir (courbe bleue).
La forte croissance des exportations en 2026 par rapport à 2024 est portée par des métaux précieux, l’IA, l’énergie et le dynamisme du secteur aéronautique. L’augmentation significative des exportations en deux ans (+263 Md$, soit +19 %) s’explique notamment par la progression marquée du secteur de la fabrication des métaux primaires (+83 Md$, soit +171 %), quasi exclusivement tirée par l’or non-monétaire et l’argent. Cette croissance résulte à la fois d’une hausse des prix et des volumes exportés. Les biens liés à l’IA portent également cette croissance (+82 Md$, soit +46 %). La hausse des prix de l’énergie et des quantités exportées depuis le début du conflit au Proche et Moyen-Orient[2] a également soutenu les exportations américaines du secteur pétrole, gaz et charbon (+59 Md$, soit +29 %). Enfin, le secteur aéronautique a également connu une vive croissance de ses exportations (+36 Md$, soit +38 %).
[1] Les biens liés à l’IA sont principalement constitués de matériels informatiques, de semi-conducteurs et autres composants électroniques et d’appareils pour la réception, la conversion et l'émission, la transmission ou la régénération de données (routeurs, commutateurs, modems etc.).
[2] Mathieu Pellerin, « Des exportations énergétiques records aux États-Unis », DG Trésor, 29 mai 2026.