Interdépendances, vous avez dit douces ? Le commerce extérieur à l’épreuve des chocs et dépendances

En 2025, selon les données de la Commission des Nations unies sur le commerce et le développement, les exportations mondiales de marchandises ont atteint 26,3 Mds USD, soit +7,2 % sur l’année. Cette dynamique s'est poursuivie au premier semestre 2026, le commerce mondial de biens étant estimé à 13,7 Mds USD, soit +12,5 % en g.a. Cependant, cette croissance globale a masqué des disparités sectorielles prononcées : les produits liés à l’IA, à la mobilité électrique et aux minéraux critiques ont connu une forte expansion (selon l’OMC, les biens liés à l’IA ont compté pour 42 % de la croissance du commerce mondial pour environ un sixième des échanges), tandis que l'acier, la chimie ou certains produits du secteur énergétique solaire affichaient des contractions, révélant de profondes vulnérabilités d'approvisionnement. La croissance est tout aussi inégale entre régions : en 2025, l'Asie de l'Est a enregistré la plus forte progression des exportations (+9 %), devant l'Afrique (+6 %). Au premier trimestre 2026, portées par la demande liée à l'IA, les exportations et importations asiatiques ont augmenté de 12,9 % et 14,6 % en volume sur un an, alors que les exportations européennes reculaient de 2,6 % selon l’OMC. Hors Asie de l'Est, le commerce entre économies en développement s'est même contracté, faisant reposer l'expansion mondiale sur un nombre restreint de pôles.

Les dynamiques des échanges commerciaux de la Turquie, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie ont illustré les enjeux sous-jacents à l’échelle régionale et mondiale. La volatilité des prix de l’énergie et des matières premières a eu des effets importants sur les balances commerciales tandis que les chocs géopolitiques successifs ont mis en exergue les dynamiques de dépendance et la nécessité de diversification, des partenaires mais aussi des produits échangés.

Ces nouvelles priorités ont eu des effets hétérogènes sur les relations commerciales entretenues entre les pays de la zone et l’Union européenne, avec des conséquences plus ou moins marquées sur le commerce bilatéral avec la France.

En Turquie de nombreux record sont tombés au premier semestre 2026 : exportations, importations ou encore déficit. Sur la période, les données des douanes turques ont mis en exergue les grandes dynamiques de l’économie nationale, qui repose sur ses relations avec les grandes économies mondiales et sur un secteur industriel porteur des échanges. Néanmoins, elles ont aussi souligné les vulnérabilités de son modèle, fragilisé par une perte de compétitivité à l’international et une dépendance forte à quelques partenaires pour les questions énergétiques. 

En 2025, les exportations et les importations de l’Azerbaïdjan ont évolué de façon hétérogènes, affaiblissant l’excédent commercial du pays. Si les exportations d’hydrocarbures azerbaïdjanais ont été relativement épargnées du contrecoup de la crise au Moyen-Orient, le pays reste vulnérable sur la scène internationale, fortement dépendant d’une poignée de partenaires, clients comme fournisseurs.

Alors que les échanges croissants de la Géorgie avec le reste du monde ont témoigné de l’ouverture du pays, la hausse continue du déficit commercial a jeté une ombre sur ce processus. En parallèle, cette hausse des échanges s’est accompagnée d’un approfondissement des relations entretenues avec son grand voisin, la Russie.

Le commerce extérieur arménien est, lui aussi, structuré autour d’un fort déficit. En revanche, les relations avec la Russie, déterminantes pour le commerce extérieur mais aussi l’économie dans son ensemble, relèvent bien plus d’une fragilité alors que cette dernière a mis en place un embargo sur de nombreux produits importés depuis l’Arménie.   

« Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes »

Montesquieu, De l'esprit des lois, 1748, livre XX, chapitre II

Pour Montesquieu, cette dépendance mutuelle était la meilleure garantie d’entente. Deux siècles et demi plus tard, la formule garde sa part de vérité, mais l’année 2025 et le début de 2026 ont rappelé l’envers du doux commerce : lorsque la dépendance devient une vulnérabilité. Hausse des droits de douane, perturbations des routes commerciales, embargo, choc climatique : la Turquie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Arménie ont mesuré ces derniers mois à qui elles sont liées, et à quel prix.