Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

Growth must go on

Le conflit a interrompu la trajectoire de forte croissance des EAU en affectant directement les secteurs qui avaient porté la diversification de l’économie. Après une croissance réelle de +6,2 % en 2025, portée principalement par le secteur non pétrolier (+6,8 %), la BCEAU projette une croissance fortement ralentie estimée à +1,7 % en 2026, dont +0,8 % pour les hydrocarbures et +1,9 % pour les activités non pétrolières. Cette révision traduit d’abord les contraintes qui ont pesé sur la production et l’exportation d’hydrocarbures durant les premiers mois du conflit. Les perturbations des routes maritimes régionales ont coïncidé avec une baisse de la production pétrolière de 34,3 % en g.a. en mars et de 30,4 % en avril, portant ce recul à 8,0 % sur les quatre premiers mois de l’année. Elle affecte également les secteurs non pétroliers qui avaient le plus contribué à la croissance en 2025 (immobilier, transports, services financiers et tourisme) et révèle ainsi la forte exposition du modèle de diversification émirien à la continuité des flux régionaux.

Plusieurs mécanismes d’amortissement devraient néanmoins limiter l’ampleur et la durée du choc. Les revenus tirés de la hausse des cours pétroliers compensent partiellement les pertes liées à la baisse temporaire des volumes exportés. Les autorités émiriennes disposent surtout d’une marge de manœuvre budgétaire importante, enregistrant en 2025 un excédent de 3,7 % du PIB, avec une dette publique projetée à 31,4 % du PIB en 2026 (contre 34,3 % en 2025) selon le FMI. Cette capacité d’amortissement est également soutenue par les importants actifs souverains du pays. Selon Global SWF, les fonds souverains du Golfe ont investi plus de 66 Md USD dans plus de 160 transactions au cours des huit premiers mois de 2026, dont 58 % en provenance des fonds d’Abou Dabi. En particulier depuis juin, les sept fonds du Golfe ont déployé 18,4 Md USD, dont 13,7 Md USD pour les seuls fonds abou dabiens ADIA, Mubadala et L’Imad.

Le système bancaire, qui abordait la crise dans une position particulièrement solide, n’a jusqu’ici pas constitué un canal d’amplification du choc. A la fin du T1 2026, les actifs bancaires atteignaient 5 560 Md AED (+17,7 % en g.a.) selon la BCEAU. Celle-ci a en outre adopté dès mars un Financial Institutions Resilience Package, notamment destiné à préserver la liquidité du secteur et sa capacité à financer l’économie. Ces mesures limitent à ce stade le risque de transformation du ralentissement économique en crise financière.

Au-delà de ses effets conjoncturels, le conflit a mis en évidence les vulnérabilités structurelles du modèle émirien, en particulier sa dépendance au détroit d’Ormuz à la fois pour ses exportations d’hydrocarbures mais également pour le commerce maritime. La fermeture du détroit d’Ormuz a entraîné une chute drastique des exportations émiriennes d’hydrocarbures au plus fort de la crise, passant de 3,4 Mb/j avant la crise à moins de 2 Mb/j, le pipeline ADCOP débouchant à Fujairah ayant permis d’assurer le maintien d’une partie des exportations (1,8 Mb/j en moyenne). Sur le plan logistique, les ports de Jebel Ali (Dubaï) et Khalifa (Abu Dhabi) qui concentraient 90% des flux maritimes aux EAU, ont vu leur activité fortement réduite, entraînant des difficultés d’approvisionnement et une hausse importante des coûts logistiques malgré la mise en place de couloirs alternatifs via Fujairah et Khor Fakkan.

Depuis mars, les Émirats arabes unis ont annoncé une série de projets d’infrastructures stratégiques destinés à renforcer la résilience de leur économie et à réduire leur dépendance au détroit d’Ormuz. Sur le plan logistique, les autorités ont annoncé plusieurs projets visant à renforcer les infrastructures sur la côte Est, située hors du détroit d’Ormuz, avec l’annonce d’un projet de 2nd port à Fujaïrah (développé par DP World) et l’extension du port de Khor Fakkan (développé par Gulftainer). Sur le pan énergétique, la société pétrolière nationale ADNOC a lancé l’initiative Never Again avec l’objectif d’investir dans des infrastructures pour réduire à zéro la dépendance au détroit d’Ormuz et faire transiter la totalité de leurs exportations pétrolières via Fujaïrah d’ici 2029. ADNOC a ainsi lancé un projet de nouveau terminal d’exportation de GNL à Fujaïrah, un projet de 3ème pipeline d’exportation de produits raffinés et un projet de raccordement des sites de production offshore aux pipelines terrestres. Ces projets viennent s’ajouter au 2nd pipeline en construction depuis 2024, qui permettra d’augmenter la capacité d’exportation via Fujaïrah de 1,5 Mb/j d’ici 2027 (portant le total à 3,3 Mb/j).

L’investissement dans ces projets s’accompagne d’une stratégie de renforcement des capacités de production pétrolière, accélérée par la sortie de l’OPEP annoncée début mai et par d’importants investissements annoncés par ADNOC (55 Md USD pour la production d’ici à 2028). Libérés des quotas de production, les EAU envisagent de porter leur production à 5 Mb/j d’ici 2027.

La crise a également incité l’Emirat d’Abu Dhabi à accélérer les investissements, à la fois dans la défense (annonce d’une zone franche dédiée à l’industrie de la défense à Abu Dhabi) et dans le secteur des infrastructures (annonce de 55 Md USD d’investissements dans les infrastructures d’ici à 2030), confirmant son rôle moteur au sein de la fédération.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

Ewen CITERIN, attaché sectoriel

Brèves économiques 

Émirats arabes unis

Macroéconomie & Finance

L’activité du secteur privé non pétrolier des EAU a accéléré en août, l’indice PMI (S&P Global) atteignant 55,3 contre 52,7 en juillet, son niveau le plus élevé depuis décembre 2024. Cette amélioration repose sur un net rebond des nouvelles commandes, de la production et des exportations, ainsi que le renforcement des stocks par les entreprises qui se tournent davantage vers des fournisseurs locaux pour réduire leur exposition aux perturbations géopolitiques. À Dubaï, le PMI a également progressé à 54,1 contre 51,7 en juillet, porté par la reprise de la consommation et des exportations.

La Banque centrale des EAU a ouvert une enquête urgente sur les activités de Banque Misr UAE, après la décision du Trésor américain de couper ses succursales émiriennes du système financier américain pour leurs liens présumés avec des réseaux financiers iraniens. Selon Washington, la banque aurait traité environ 1,8 Md USD de transactions entre janvier 2024 et juin 2026 pour 103 entreprises potentiellement liées au système bancaire parallèle iranien ; la CBUAE examinera ces opérations et pourrait réévaluer le statut de la banque aux EAU.

Energie, Infrastructure & Industrie

Le groupe immobilier émirati Arada a signé un accord avec le Fonds souverain syrien pour un projet immobilier à Damas d’un montant de 7 Md USD. D’une superficie de 4 M de m², le nouveau projet situé à l'ouest de Damas comprendra 11 000 logements, incluant des appartements, des villas, des maisons en rangée et des résidences de marque, ainsi que 500 chambres d'hôtel, deux écoles, un hôpital, des bureaux des espaces commerciaux et des bâtiments administratifs. Plus tôt dans l’année, l’homme d’affaires émirien Mohamed Alabbar à la tête du groupe Emaar, avait annoncé sa volonté d’investir 18 Md USD en Syrie pour des projets de développement immobilier à Damas et à Lattaquié.

La raffinerie de Ruwais, la plus grande des Émirats arabes unis, est désormais de retour à pleine capacité, plusieurs mois après une attaque de drone qui avait contraint la raffinerie à interrompre ses activités. L’installation, d’une capacité de 922 000 b/j, fonctionne à pleine capacité depuis environ un mois, tandis que les exportations de diesel, de kérosène et de naphta ont retrouvé environ 70 % de leurs niveaux d’avant-guerre qui s’élevaient à 600 000 b/j. De son côté, la société émirienne Emirates Global Aluminium (EGA) a rétabli 25 % de la capacité de production de sa fonderie d'Al Taweelah à Abu Dhabi qui avait subi des dégâts lors des attaques iraniennes fin mars. Sur le même complexe d'Al Taweelah, la raffinerie d’alumine fonctionne désormais à 50 % de ses capacités.

Les Émirats arabes unis et le Qatar acheminent désormais du GNL — en plus du pétrole brut — via des opérations de transbordement de navire à navire (STS). Selon Reuters, qui cite des données de Kpler et Vortexa, trois cargaisons chargées dans le Golfe ont été transférées sur d'autres navires-citernes au large d'Oman et de la côte est des Émirats arabes unis ces dernières semaines, en vue de leur livraison en Inde et au Japon. Les transferts STS sont habituellement réservés au pétrole, mais plus rarement au GNL, car le procédé est plus complexe, notamment au niveau de la température du gaz, qui doit rester réfrigéré tout au long de l'opération.

Arabie saoudite

Freyssinet Saudi Arabia remporte le contrat de conception-construction d’une station de métro pour l’Expo 2030 Riyad. La Royal Commission for Riyadh City (RCRC) a attribué à Freyssinet Saudi Arabia un contrat de conception et de construction d’une nouvelle station de métro desservant le site de l’Expo 2030, au nord de Riyad. La station sera située sur la ligne 4 (ligne jaune) du réseau de métro de Riyad.

HUMAIN et DataVolt lancent la construction d’un data center IA de 100 MW à NEOM. HUMAIN, société détenue par le PIF, et DataVolt ont lancé la construction d’un data center dédié à l’intelligence artificielle à Oxagon, à NEOM. Le projet prévoit une capacité initiale de 100 MW au sein d’une première phase de 360 MW, avec une mise en service des premiers 100 MW prévue en 2028. Le campus doit à terme atteindre 1,5 GW. Le data center sera destiné à des charges de travail liées à l’IA et au cloud et devrait intégrer des énergies renouvelables et des systèmes de refroidissement avancés. Le projet s’appuie notamment sur les infrastructures d’Oxagon, ses ressources énergétiques à grande échelle et sa connectivité par câbles sous-marins vers l’Europe et l’Afrique.

NWC signe un contrat de 347 M USD pour neuf stations d’épuration en Arabie saoudite. National Water Company (NWC) a signé un contrat de plus de 347 M USD avec un consortium saoudo-chinois composé de Jiangsu United Water Technology et d’Armada Holding pour la réhabilitation, l’exploitation et la maintenance de neuf stations d’épuration. D’une durée de 15 ans, le contrat couvre les provinces de Hail, Qassim, Al-Jouf et Northern Borders, pour une capacité totale de traitement de plus de 337 000 m³/jour. Le contrat prévoit une première phase de trois ans, consacrée aux travaux de réhabilitation et de modernisation, suivie d’une période d’exploitation et de maintenance à long terme. Le tarif prévu est de 0,18 USD/m³ (0,69 SAR/m³).

Kingdom Holding acquiert 70 % du club de football Al-Hilal. Kingdom Holding Company a finalisé l’acquisition de 70 % d’Al-Hilal Club Company auprès du PIF, qui conserve les 30 % restants. L’opération valorise le club à 1,4 Md SAR (373 M USD) en valeur d’entreprise et fait de Kingdom Holding son actionnaire majoritaire. Cette transaction, conclue après un accord de cession et d’acquisition d’actions (share sale and purchase agreement) signé en avril 2026, marque la cession partielle par le PIF de sa participation dans Al-Hilal, qu’il détenait depuis juillet 2023 dans le cadre du programme saoudien d’investissement et de privatisation des clubs sportifs.

Qatar

Le PIB du Qatar s’est contracté de 7 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, sous l’effet de la forte baisse de la production d’hydrocarbures dans le contexte du conflit régional. Les activités liées à l’exploitation d’hydrocarbures ont reculé de 25,8 %, tandis que le PIB des activités non-hydrocarbures a progressé de 3,5 %, témoignant d’une certaine résilience de l’économie domestique malgré le choc énergétique.

Les exportations qatariennes de GNL ont chuté de 96 % sur les six premiers mois du conflit, selon une analyse de Reuters, entraînant une perte de recettes pour l’émirat estimée à 24 Md USD. Le Qatar n’a expédié que 18 cargaisons de GNL sur la période, contre 509 un an auparavant.

QatarEnergy (QE) a prolongé jusqu’au début du mois de novembre la suspension de ses livraisons de GNL à l’énergéticien italien Edison, filiale du groupe français EDF, en invoquant la clause de force majeure. 5 cargaisons supplémentaires ont été annulées, portant à 29 le nombre total de cargaisons suspendues, soit environ 3,8 Mds de m³ de gaz. Fin août, QE a officiellement annoncé prolonger ses mesures de force majeure et ses annulations de cargaisons jusqu'en octobre, voire début novembre 2026, pour ses acheteurs européens et asiatiques (notamment le Pakistan et le Bangladesh).

La Banque centrale du Qatar a procédé à l’émission d’obligations islamiques (Government Ijarah Sukuk,) pour un montant de 5 Mds de QAR (~1,37 Md USD), répartis en deux tranches de 2,5 Mds QAR arrivant respectivement à échéance en janvier 2029 et août 2030. Les souscriptions ont atteint 5,5 Mds QAR avec des taux de 4,75 % pour la première tranche et 4,9 % pour la deuxième, soit un taux de couverture de 110 %, témoignant d’une demande soutenue pour la dette souveraine qatarienne.

Le Qatar Investment Authority (QIA) a mené, conjointement avec Koch Disruptive Technologies (KDT), un tour de financement de série D de 200 M USD pour l’entreprise américaine Gatik, spécialisée dans le transport autonome de marchandises.

 

Koweït

Le grand retour de l’endettement koweïtien. La dette publique a enregistré une forte hausse, l’encours atteignait environ 8,6 Mds KD (28 Mds USD), soit 17 % du PIB. Le pays a en effet intensifié ses emprunts pour financer un déficit budgétaire creusé par la faiblesse des recettes pétrolières. Un niveau encore loin du plafond légal, mais qui marque un basculement net pour un pays dont la dette publique était quasiment nulle il y a un an.

La KIA vient à la rescousse des finances publiques. Le gouvernement peut désormais emprunter auprès du Fonds de réserve pour les générations futures (FGF) de la KIA pour soutenir la réserve générale de l’État, en vertu du décret-loi n°81. Les emprunts restent encadrés : ils ne peuvent dépasser le rendement moyen sur cinq ans des investissements du FGF, et l’encours total est plafonné à 10 %. Chaque opération doit également être approuvée par le Conseil des ministres. La mesure fait suite à la loi sur la liquidité et le financement de 2025. Elle marque surtout une rupture avec l’interdiction, en vigueur depuis plusieurs décennies, de mobiliser le FGF pour financer les besoins de l’État. Cette nouvelle marge de manœuvre intervient après un déficit de 7,1 Mds KD (15 % du PIB) en 2025/26, qui pourrait atteindre environ 20 % du PIB en 2026/27. Les perturbations des exportations pétrolières et des chaînes d’approvisionnement liées au conflit dans le Golfe continuent de peser sur les comptes publics.

Les bénéficiaires effectifs sous surveillance renforcée. La Banque centrale du Koweït (CBK) demande aux banques et institutions financières de renforcer l’identification et le suivi de leurs bénéficiaires effectifs (personnes qui détiennent ou contrôlent réellement une entité). Elles devront notamment signaler au ministère du Commerce et de l’Industrie toute modification de ces informations. Cette nouvelle mesure vise à aligner les pratiques koweïtiennes sur les recommandations du GAFI et à renforcer la transparence sur la propriété des sociétés. Le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions au titre de la législation koweïtienne sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Pour les waqf (fondation religieuse ou caritative), le fondateur, le gestionnaire et les bénéficiaires doivent être identifiés comme bénéficiaires effectifs.

Le non-pétrolier prend le relais. L’indice des directeurs d’achat (PMI) du secteur privé non-pétrolier a atteint 53,6 en août, son niveau le plus élevé depuis février. La production et les nouvelles commandes ont fortement progressé. Cette dynamique s’appuie sur des prix compétitifs, un marketing efficace et une demande à l’export renforcée, notamment des pays voisins. L’amélioration de l’activité a permis aux entreprises de reconstituer leurs stocks (hausse record des achats d’intrants) et d’embaucher pour la première fois depuis six mois. La confiance des entreprises quant aux perspectives de l'année à venir s'est également renforcée. Toutefois, cette accélération s’accompagne d’un creusement des retards de livraison, d’une pression inflationniste accrue (coûts salariaux, matières premières, énergie) et d’une hausse des prix de vente, malgré des efforts de remises pour soutenir les ventes.

  

Oman

Au deuxième trimestre, Oman dégage son premier excédent budgétaire trimestriel depuis fin 2024 et devrait terminer l’année en excédent. Le ministère omanais des Finances a publié le 23 août ses comptes du deuxième trimestre, faisant apparaître 9,39 Mds USD de recettes pour un excédent de 20 M USD, premier solde trimestriel positif depuis le quatrième trimestre 2024. En cumul depuis janvier, le déficit se limite désormais à 17 M OMR, soit environ 44 M USD. Les recettes pétrolières atteignent 4,67 Mds USD, en hausse de 5 % sur un an et de 17 % sur le trimestre précédent : situé hors du détroit, le Sultanat vend son brut à prix élevé sans avoir subi de perturbation. L'essentiel de la manne reste toutefois à venir, les ventes mettant trois mois à remonter dans les comptes publics alors qu'Oman n'a commencé à vendre à prix record qu'en mai, à 124 USD le baril, et que la raffinerie de Duqm, 255 000 b/j, a retrouvé depuis mai ses exportations de produits raffinés. Les recettes non hydrocarbures culminent parallèlement à 3,24 Mds USD, plus haut niveau depuis 2014, portées par la montée du rendement fiscal depuis l'introduction de la TVA à 5 % en 2021. L'excédent demeure mince, la dépense progressant de 9 % à 9,37 Mds USD, mais la dette publique revient à 37 Mds USD contre 54 Mds USD au pic de 2021, et le FMI anticipe un excédent prolongé jusqu'en 2027.

Abraj Energy, la société publique de forage, plaide pour l’extension au brut lourd de la fracturation hydraulique, aujourd’hui réservée au gaz et à la stimulation de puits pétroliers existants. Petroleum Development Oman (PDO) et la société publique de forage Abraj Energy Services évaluent le recours à la fracturation hydraulique pour exploiter les réserves de brut lourd du Sultanat. La technique est déjà employée à échelle industrielle, mais pour le gaz : le développement de Khazzan-Ghazeer, mené par BP sur le bloc 61, produit 1,5 milliard de pieds cubes par jour de gaz de réservoir compact, soit 28 % de la production gazière nationale. Son application au pétrole demeure cantonnée à la stimulation de puits existants, opérée par Abraj pour le compte de PDO : moins de 5 % des opérations de fracturation visaient des puits d'huile avant 2019, contre environ 25 % en 2021, et un pilote conduit en 2023 sur le champ de Nimr a triplé la production du puits concerné pendant dix-huit mois. Aucun opérateur ne l'emploie en revanche comme méthode de développement du brut lourd, le seul acteur étranger venu tenter le non conventionnel pétrolier, l'américain EOG Resources, s'étant retiré en 2022 après dix-huit mois de présence. L'enjeu est celui du maintien du plateau de production : les réserves prouvées et probables de brut et de condensats ont reculé de 2 % en 2025, à 4,73 Mds de barils, et la part de la production de PDO issue de l'écoulement naturel est tombée de 66 % en 2014 à 36 % en 2025. PDO avait lancé en 2024 et 2025 deux appels à manifestation d'intérêt portant sur 630 M puis plus d'un milliard de barils de brut lourd non valorisé, restés sans suite publique.

Les exportations non pétrolières progressent de 11,4 % au premier semestre 2026 et les réexportations de 20 %, portées par les Émirats et l'Iran. Selon les données du Centre national de statistique et d'information (NCSI) les exportations non pétrolières omanaises ont atteint 3,636 Mds OMR au premier semestre 2026, en hausse de 11,4 % sur un an, et les réexportations 978 M OMR, en progression de 20 %. La recomposition géographique est marquée : les livraisons non pétrolières vers les Émirats arabes unis ont presque doublé, à 1,134 Md OMR contre 586 M OMR un an plus tôt, celles vers les États-Unis ont progressé de 28 % à 241 M OMR, tandis que celles vers l'Arabie saoudite ont chuté de 35 % à 357 M OMR. Par produit, les métaux de base et leurs ouvrages dominent avec 839 M OMR (+25 %), devant les produits chimiques (539 M OMR, +34 %) et les plastiques et caoutchoucs (505 M OMR, +4,6 %) ; les produits minéraux reculent de 26 %. Le dynamisme des réexportations confirme le repositionnement d'Oman en plateforme logistique de contournement d'Ormuz : les flux vers l'Iran bondissent de 96,3 % à 254 M OMR, faisant de la République islamique la première destination de réexportation, et ceux vers l'Arabie saoudite sont multipliés par plus de trois, à 188 M OMR, alors que les réexportations vers les Émirats reculent de 36,5 %.

Oman et l’Arabie saoudite approfondissent leur intégration économique, avec un programme exécutif 2026-2028 et une inspection saoudienne des ports omanais. La septième réunion du comité de coordination économique, commerciale et industrielle omano-saoudien s'est tenue le 2 septembre à Salalah, sous l'égide du Conseil de coordination créé après la visite du Sultan Haitham en Arabie saoudite en 2021. Elle a donné lieu à la signature du programme exécutif du protocole d'accord liant le ministère omanais de l'Économie et le ministère saoudien de l'Économie et de la Planification pour 2026-2028. En parallèle, une délégation saoudienne conduite par le vice-ministre des Transports et de la Logistique, Rumaih Al-Rumaih, a visité les ports de Sohar, Duqm et Salalah afin d'identifier des opportunités d'investissement et de coentreprises dans la logistique portuaire. Ces avancées s'appuient sur un socle commercial en expansion rapide : les échanges bilatéraux ont atteint 2,475 Mds OMR en 2025 et 1,086 Md OMR au premier semestre 2026, dont environ 58 % transitent désormais par le poste frontière du Rub al-Khali, ouvert en décembre 2021, qui a acheminé pour 1,322 Md OMR de marchandises en 2025. Les flux d'investissement demeurent en revanche modestes, à 72,8 M OMR d'investissements saoudiens directs en Oman en 2025, contre 115,9 M OMR d'investissements omanais dans le Royaume.