Flash Conjoncture Pays avancés – L’écart de croissance entre le Royaume-Uni et la France s’explique notamment par une plus forte immigration
Sur la période 2000-2024, la croissance économique a été plus dynamique au Royaume-Uni (taux de croissance annuel moyen de +1,5 %) qu’en France (+1,2 %). Afin d’identifier les facteurs à l’origine de cet écart, une décomposition par facteurs de production (cf. Graphique 1) permet de faire ressortir que l’écart de croissance entre les deux pays (0,3 pt) est intégralement imputable à la contribution de la démographie[1]. Les contributions de la productivité horaire et du marché du travail sont en revanche très proches entre les deux pays : la première est légèrement plus élevée au Royaume-Uni (+0,1 pt), tandis que la seconde est légèrement plus élevée en France (+0,1 pt).
La croissance démographique plus dynamique au Royaume-Uni (+0,7 % en moyenne annuelle entre 2000 et 2024[2], contre +0,5 % en France) résulte essentiellement d’un solde migratoire plus élevé (cf. Graphique 2). En effet, malgré une population de taille comparable (69,3 millions d’habitants au Royaume-Uni contre 68,4 millions en France mi-2024), le solde migratoire a été près de trois fois supérieur au Royaume-Uni (+291 000 en moyenne par an entre 2000 et 2024 contre +99 000 en France), ce qui a plus que compensé un solde naturel sensiblement plus faible au Royaume-Uni qu’en France (+133 000 contre +205 000). Cette contribution de la démographie s'est accompagnée d'une forte insertion des personnes immigrées sur le marché du travail : le nombre d’emplois occupés par des personnes non-nées au Royaume-Uni a triplé entre fin 1999 et fin 2024, soit une hausse de +4,9 millions d’emplois, contre +1,7 million pour les personnes nées au Royaume-Uni.
Note : Le point 2024 pour le Royaume-Uni correspond à ma mi-2024 (dernières données disponibles).
Si la contribution de l’immigration à la croissance au Royaume-Uni s’inscrit dans une tendance de long terme, les années 2022 et 2023 constituent toutefois un épisode exceptionnel, marqué par une forte accélération des flux migratoires. Le solde migratoire est en effet passé de +216 000 en 2021 à +624 000 en 2022, puis +906 000 en 2023. Cette hausse s’inscrit dans un contexte caractérisé par la levée des restrictions liées à la crise sanitaire et, surtout, par l’entrée en vigueur en 2021 d’un nouveau système migratoire combinant la fin de la libre circulation pour les ressortissants de l’Union européenne et un assouplissement des conditions d’admission sur le territoire pour certains profils. Selon l’ONS, cette augmentation (i) a été très largement portée par des ressortissants de pays hors Union européenne (la part des ressortissants UE dans les flux d’immigration chutant de 52 % au 4e trimestre 2020 à 8 % au 4e trimestre 2023) et (ii) est constituée de personnes venant travailler − notamment dans les secteurs de la santé et du médico-social −, étudier ou pour des raisons humanitaires (en provenance d’Ukraine et de Hong-Kong). Le solde migratoire a toutefois diminué dès le 1er semestre 2024 (−18 %), sous l’effet d’un durcissement des règles migratoires à partir de février 2024. Ces restrictions concernent notamment les conditions d’obtention des visas pour les travailleurs qualifiés (salaire minimum requis, liste des professions éligibles) ainsi que les autorisations permettant de faire venir des membres de la famille.
[1] Cet effet comprend les évolutions de la population et de la structure démographique (part des 15-64 ans dans la population totale). La contribution du marché du travail comprend le taux de chômage, le taux d’activité, une correction pour l’emploi des plus de 65 ans et le nombre d’heures par travailleur.
[2] Ces données ne sont disponibles que jusqu’à mi-2024 pour le Royaume-Uni. Les moyennes 2000-2024 calculées dans ce paragraphe correspondent à la fin d’année 2024 pour la France et la mi-2024 pour le Royaume-Uni. Ces chiffres sont néanmoins inchangés si on restreint l’horizon temporel à 2000-2023.