Après le choc inflationniste de 2022, l'économie espagnole a fait preuve d'une forte résilience, portée par le dynamisme de l'emploi, la progression des revenus et le ralentissement de l'inflation, même si celle-ci a maintenu un différentiel de près d’un point de plus par rapport à la moyenne de la zone euro. Cette amélioration du contexte économique s'est traduite par un redressement progressif du pouvoir d'achat des ménages à partir de 2023.

Après la perte de pouvoir d’achat enregistrée en 2022 sous l’effet du choc inflationniste, les ménages espagnols ont progressivement retrouvé des gains de revenu réel, même si ceux-ci apparaissent plus limités lorsqu’ils sont rapportés à une population en forte croissance. Mesuré par le revenu disponible brut réel (RDB réel, calculé comme le ratio entre le RDB nominal et le déflateur de la consommation des ménages), le pouvoir d’achat s’est contracté de −1,2 % en 2022 (cf Graphique 1), avant un fort rebond depuis 2023 grâce au ralentissement de l'inflation, à la progression de l'emploi et à l'augmentation des revenus nominaux, qui ont favorisé une amélioration progressive du revenu réel des ménages. Cette amélioration apparaît toutefois plus modérée lorsqu’elle est rapportée à la population, en forte croissance : si le RDB réel était supérieur de +10,8 % en 2025 par rapport à son niveau de 2019, le pouvoir d’achat par habitant ne dépasse son niveau de 2019 que de +5,8 % en 2025 (cf. Graphique 2). Parmi les économies avancées l’Espagne est le pays où le pouvoir d’achat par habitant a le plus progressé par rapport à 2019, suivie par la France (+5,7 %), l’Italie (+4,5 %) et l’Allemagne (+4,2 %).

Graphique 1 : Évolution du pouvoir d'achat en Espagne entre 2021 et 2025 Graphique 2 : Évolution du pouvoir d'achat et du pouvoir d'achat par habitant en Espagne

La bonne tenue du marché du travail a joué un rôle déterminant dans le redressement du pouvoir d’achat des ménages espagnols depuis 2023. La forte progression de la rémunération des salariés (cf. Graphique 3) reflète des créations d'emplois dynamiques, favorisées notamment par les flux migratoires, ainsi qu’une forte hausse des salaires. La baisse du chômage (à 10,3 % en mai 2026, son niveau le plus bas depuis 2008), les tensions de recrutement dans plusieurs secteurs et la plus grande stabilité de l'emploi après la réforme de 2022 ont favorisé ces hausses de salaires, renforcées par les revalorisations du salaire minimum. Après une forte hausse de +5,4 % en 2023, le salaire moyen par tête perçu par les ménages a maintenu une croissance soutenue en 2024 (+4,6 %) et 2025 (+4,5 %), bien qu’en ralentissement dans le sillage de l’inflation.

Les prestations sociales ont également fortement soutenu le revenu des ménages en 2023, notamment en raison de la revalorisation des pensions de retraite sur l’inflation de l’année précédente[1], mais leur croissance s’est modérée en 2024 et 2025 avec la diminution de l’inflation.

De même, après avoir constitué un important soutien au revenu disponible en 2023 sous l’effet de la hausse des taux d'intérêt, les revenus de la propriété ont vu leur contribution diminuer en 2024 et 2025 avec l’assouplissement de la politique monétaire de la BCE.

À l’inverse, l'augmentation des prélèvements sociaux et fiscaux a partiellement compensé les gains de pouvoir d’achat en réduisant le revenu disponible des ménages. La mise en œuvre de la seconde partie de la réforme des retraites à partir de 2023, qui a introduit une hausse généralisée des cotisations pour garantir la soutenabilité du système (mécanisme d’équité intergénérationnelle), a réduit le pouvoir d’achat des ménages. L’impôt sur le revenu a également contribué à limiter la progression du RDB, en raison de la hausse rapide des revenus nominaux combinée à une indexation incomplète du barème sur l’inflation[2].

Graphique 3 : Évolution du RDB nominal en Espagne entre 2021 et 2025

Les bénéfices de cette reprise restent inégalement répartis. Les ménages à faibles revenus, les jeunes et les ménages fortement endettés demeurent les plus exposés à la hausse du coût de la vie et aux variations des taux d'intérêt[3]. Par ailleurs, les prix élevés de l'immobilier, dans un contexte d’offre insuffisante, continuent de peser sur le budget des ménages, en particulier dans les grandes agglomérations.


[1] La réforme des retraites de 2021 a réintroduit l’indexation des pensions sur l’inflation, supprimant le mécanisme instauré en 2013 qui, en raison des déficits du système, avait limité de facto la revalorisation des retraites à +0,25 % par an.

[2] cf. Sofía Balladares y Esteban García-Miralles, « Progresividad en frío: el impacto heterogéneo de la inflación sobre la recaudación por IRPF », Documentos Ocasionales / Banco de España, 2422, juin 2024.

[3] cf. « Encuesta Financiera de las Familias (EFF) 2024: métodos, resultados y cambios desde 2022 », Documentos Ocasionales Banco de España, 2610, avril 2026.