Le conflit au Proche et Moyen-Orient a entraîné une forte hausse des prix énergétiques dans les mois qui ont suivi son déclenchement, le 28 février. Les prix ont fortement réagi à la fermeture du détroit d’Ormuz, passage maritime clé par lequel transite environ 20 % de la production mondiale de pétrole, ainsi qu’aux frappes visant des infrastructures énergétiques de la région. Les prix du pétrole (baril de Brent) et du gaz européen (TTF) ont bondi de respectivement +43 % et +45 % en mars par rapport à février et atteint des niveaux moyens relativement élevés entre mars et mai : 102 $/b pour le pétrole et 48 €/MWh pour le gaz contre 62 $/b et 28 €/MWh en moyenne en décembre 2025, dernier mois avant la remontée des tensions.

Alors que le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) alertait sur l’ampleur exceptionnelle de cette crise énergétique, les prix du pétrole et du gaz sont néanmoins restés plus contenus qu’en 2022 et, à ce stade, le choc a été de plus courte durée. Si l’on compare les niveaux de prix atteints en 2026 avec ceux de 2022 (cf. Graphique 1), on constate qu’ils sont restés inférieurs cette année, en particulier pour le gaz européen. Le niveau atteint par les prix du gaz n’a en effet aucune commune mesure avec celui de 2022, où ils avaient atteint 227 €/MWh à leur pic le 7 mars. Si les niveaux de prix du pétrole ont temporairement atteint ceux de 2022 fin mars et fin avril, ils n’ont jamais égalé le pic de 2022 (133 $/b le 23 juin) et sont redescendus nettement plus vite.

Graphique 1 - Evolution des prix en niveau

Les prix s’établissaient en début d’année à des niveaux plus faibles qu’avant le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine. Le déclenchement du conflit en 2022 est intervenu dans un contexte où la reprise économique post-Covid exerçait déjà de fortes pressions sur les marchés de l’énergie. En ramenant les prix de la veille du déclenchement des deux conflits à une même référence (base 100), cette comparaison montre une réalité différente (cf. Graphique 2) : en variation, les prix du pétrole et du gaz ont davantage augmenté cette année qu’en 2022, mais sur une période plus courte à ce stade, malgré leur remontée ces derniers jours. Cela est particulièrement visible sur les prix du pétrole, qui ont nettement dépassé leurs variations de 2022 entre le 10e et le 100e jour du conflit.

Graphique 2 - Evolution des prix en base 100

Enfin, la volatilité annualisée[1] a été nettement plus élevée pour le gaz en 2022 qu’en 2026 (+131 % contre +98 %) alors qu’à l’inverse, le pétrole a enregistré une volatilité plus forte en 2026 (+64 % contre +48 %).

Combinée aux évolutions des prix, cette mesure permet de montrer que le conflit au Proche et Moyen-Orient a pour l’instant provoqué un choc davantage pétrolier que gazier, et plus mondialisé qu’en 2022, où le choc portait davantage sur le gaz européen. Cette différence tient à la nature des marchés concernés : le pétrole est échangé sur un marché mondial, dont près d’un quart de l’offre provient des pays du Golfe, tandis que le marché du gaz demeure encore aujourd’hui davantage régionalisé. En outre, alors que l’invasion russe en Ukraine avait directement menacé la source d’approvisionnement principale de gaz de l’Europe (le gaz russe via les gazoducs), difficilement substituable à court terme, les tensions cette année ont davantage alimenté une prime de risque sur les marchés gaziers, sans provoquer de rupture durable d’approvisionnement en Europe, dont l’approvisionnement est désormais davantage diversifié. Enfin, la hausse des prix du pétrole est également restée limitée par le recul anticipé de la demande mondiale consécutif au conflit au Proche et Moyen-Orient, notamment en Chine. Dans son rapport de juillet, l’AIE anticipe une baisse de la demande mondiale de −1,0 million de barils par jour (Mb/j) en 2026 par rapport à 2025, soit une révision de −1,9 Mb/j par rapport à son dernier rapport pré-crise. En comparaison, les conséquences de l’invasion russe en Ukraine en 2022 n’avaient conduit qu'à une révision de −0,9 Mb/j de la demande mondiale, laquelle demeurait néanmoins en hausse sur l'année.

Malgré le protocole d’accord annoncé le 14 juin et signé le 19 juin par Washington et Téhéran, les tensions restent vives alors que les deux parties s’accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu. Après une forte baisse dans les semaines qui ont suivi l’accord (−23 % entre le 14 juin et le 1er juillet), les prix du pétrole sont remontés à 84 $/b en moyenne la semaine du 13 juillet tandis que ceux du gaz ont atteint 53 €/MWh. Ils restent néanmoins à ce stade à des niveaux encore inférieurs à ceux connus ces derniers mois.


[1] Calculée comme la moyenne sur l’année des écarts de rendement à la moyenne annuelle.