Selon un rapport publié le 4 juin 2026 par l'OCDE, la surcapacité sidérurgique continue de peser sur les marchés mondiaux, tandis que les subventions faussent de plus en plus le jeu de la concurrence dans le secteur. L’OCDE appelle à traiter les causes profondes et les effets des politiques génératrices de distorsions afin d’établir des règles du jeu équitables pour les producteurs d’acier du monde entier.

 

L'OCDE a publié le 4 juin 2026 les Perspectives de l'acier 2026 , qui présente chaque année la situation et les tendances à moyen terme des marchés sidérurgiques mondiaux.

L’OCDE estime que les défis persistants auxquels est confrontée l’industrie sidérurgique mondiale devraient perdurer et s’intensifier dans les années à venir. Les excédents de capacité devraient augmenter jusqu’en 2028 sur fond de croissance atone de la demande d’acier, ce qui amplifierait les pressions sur la rentabilité du secteur. L'OCDE constate que le subventionnement de l'industrie sidérurgique est croissant, surtout en dehors de la zone OCDE, ce qui fausse gravement la concurrence et nuit au fonctionnement du marché. 

couverture rapport
Eléments saillants des Perspectives de l'acier de l'OCDE 2026
  • La croissance des capacités, la faiblesse de la demande et des excédents de capacité proches de leurs niveaux record continuent de menacer l’industrie sidérurgique

 

La capacité mondiale de production d’acier continue de croître malgré des perspectives moroses du côté de la demande d’acier. Les excédents de capacité devraient s’élever à 745 millions de tonnes (Mt) à l’horizon 2028 – contre 640 Mt en 2025 – et se rapprocher ainsi des sommets atteints lors de la dernière crise de l’acier il y a dix ans..

 

Exportations totales d'acier
  •  Les pays en situation de surcapacité inondent les marchés mondiaux d’acier.

Le rapport présente notamment la situation de la Chine » qui n'a pas sensiblement accru ses capacités de production d’acier ces dernières années, mais où la faiblesse de la demande intérieure a entraîné une forte hausse des exportations. En 2025, les aciéristes chinois ont exporté un volume record de 131 Mt d’acier vers les marchés étrangers, soit 14 % de leur production annuelle d’acier brut, contre 52 Mt en 2020. Selon l’OCDE, la Chine est désormais de nouveau engagée dans une trajectoire expansionniste, avec jusqu’à 38,6 Mt de nouvelles capacités prévues d’ici 2028, et des augmentations de capacités sont également observées notamment en Inde et dans l'Asie du Sud-Est, tandis que les augmentations prévues au Moyen-Orient devraient être revues à la baisse. À l’échelle de la zone OCDE, les capacités ont reculé de 2.8 Mt (-0.4 %) entre 2021 et 2025, avec des baisses particulièrement marquées observées au Royaume‑Uni (-39.7 %) et au Japon (-7.2 %).

 

 Exportations chinoises

  • Face à l’aggravation de la crise, les pays durcissent leurs mesures commerciales

Les mesures commerciales se sont intensifiées dans le secteur en 2025 pour réagir à la crise. Cela recouvre les mesures d’antidumping (AD) et les mesures compensatoires (CVD), ciblant des produits et des pays spécifiques et qui se sont maintenues à des niveaux élevés, ainsi que les dispositifs plus globaux couvrant un large éventail de produits sidérurgiques et de partenaires commerciaux, qui ont gagné du terrain. Le Brésil, le Canada, l’Inde, le Mexique et les États-Unis ont tous relevé leurs droits de douane sur de nombreux produits sidérurgiques de base. Alors que les mesures de sauvegarde sont sur le point d’expirer, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont annoncé des dispositifs d’ampleur pour soutenir leurs industries sidérurgiques et faire face aux effets négatifs des surcapacités structurelles mondiales.

  •  Les détournements de flux et les courants d'échanges suspects, y compris les pratiques de contournement, compromettent l’efficacité des mesures commerciales

L’OCDE estime que près de 400 mesures AD/CVD actives, introduites depuis 2016, étaient encore en vigueur en 2025, et que 75 nouvelles enquêtes ont été ouvertes en 2025 – un chiffre en léger recul par rapport à 2024, mais restant proche des niveaux observés lors de la dernière crise de l’acier. Toutefois, les analyses en cours de l’OCDE suggèrent que les mesures commerciales font l’objet de contournements actifs. À la suite des mesures antidumping/compensatoires prises par les pays Membres de l’OCDE à l'encontre de l’acier chinois en 2023 et 2024, les importations en provenance de Chine ont diminué. Cependant, dans 88 cas, les exportations chinoises de ces mêmes produits vers les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) ont augmenté, et dans 51 cas, les exportations des mêmes produits depuis les pays de l’ASEAN vers les marchés de l’OCDE se sont accrues. Parallèlement, le quasi triplement des exportations chinoises d’acier semi-fini vers l’Asie du Sud-Est suggère que des produits bruts sont expédiés vers des pays tiers, transformés, puis réexportés afin de contourner les mesures initiales.

 

Les exportateurs exploitent également l’extrême diversité des produits sidérurgiques – soit environ 3 500 nuances d’acier – en procédant à de légères modifications afin de faire sortir leurs exportations du champ d’application des dispositifs ciblés, ce qui explique en partie pourquoi les pays s’orientent vers des mesures commerciales plus globales, plus difficiles à contourner. Les intrants de la production sidérurgique font l’objet de restrictions commerciales croissantes. Les restrictions commerciales sur les minerais de chrome et de nickel se multiplient, et bien que l’acier demeure, pour l’instant, le principal débouché de ces minerais, la demande liée aux batteries, à la transition énergétique et à la défense pourrait créer à l’avenir des tensions entre usages concurrents. La ferraille, intrant essentiel de la sidérurgie électrique, est de plus en plus considérée comme une matière première stratégique, et ses exportations sont désormais restreintes par 42 pays. Des restrictions similaires ont été introduites sur les marchés du chrome et du nickel.

  • De nouvelles initiatives peuvent permettre de stimuler le redressement du secteur

L’OCDE s’emploie à renforcer la coopération internationale nécessaire pour s’attaquer aux causes profondes de la crise. Les membres du Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques (FMSS) travaillent à l’élaboration d’un nouveau cadre global d’action commune pour 2026, visant à traiter les causes profondes et les effets négatifs des excédents mondiaux de capacité. Parallèlement, le Comité de l’acier de l’OCDE renforce ses travaux de suivi et d’analyse, en développant des outils destinés à améliorer la surveillance des importations et la détection des courants d’échanges suspects susceptibles d’indiquer des pratiques de contournement des mesures commerciales. Les progrès réalisés sur l’ensemble de ces fronts seront essentiels pour parvenir à un redressement durable de l’industrie sidérurgique.