Commerce et biodiversité : ne pas perdre de vue l’essentiel 

Les crises se succèdent et l’agenda international est aujourd’hui largement dominé par l’urgence. Dans ce contexte, il pourrait être tentant de reléguer au second plan les grands enjeux du développement durable. Ce serait une erreur, car derrière les crises immédiates demeure un défi de long terme qui conditionne notre prospérité future : la préservation du vivant. La biodiversité n’est pas seulement une question environnementale parmi d’autres. Elle constitue le socle sur lequel reposent nos économies, nos systèmes de production, notre sécurité alimentaire, notre santé et, plus largement, la stabilité de nos sociétés.

Les écosystèmes fournissent des ressources indispensables à l’activité économique, qu’il s’agisse des productions agricoles, forestières ou halieutiques. Ils assurent également des fonctions de régulation essentielles, comme le stockage du carbone, la préservation des sols ou la qualité de l’eau. Leur dégradation progressive représente donc bien davantage qu’une perte écologique : elle constitue un risque économique majeur.

C’est dans ce contexte que nous avons réuni lors de la semaine de l’environnement de l’OMC un panel d’experts afin d’échanger sur les interactions entre le commerce et la biodiversité.

Trop souvent, le débat oppose les deux notions alors que la réalité est plus nuancée.  Le commerce peut effectivement contribuer à certaines dégradations lorsqu’il encourage des modes de production non durables ou une exploitation excessive des ressources naturelles. Mais il peut également devenir un levier de transformation en favorisant la diffusion de technologies plus propres, en soutenant des chaînes de valeur responsables et en créant des débouchés pour des biens et services respectueux du vivant.

Nos échanges à l’OMC ont montré que les connaissances progressent et que les acteurs publics et privés innovent. L’OCDE a présenté un nouveau cadre conceptuel des liens entre commerce et biodiversité et a esquissé quelques propositions de mesures en faveur de la biodiversité comme le commerce de produits biologiques et naturels, la certification et la traçabilité, la lutte contre les subventions nocives. Michelin a illustré les démarches engagées par le groupe pour mettre en place des chaînes d’approvisionnement durables pour le caoutchouc naturel et pour fournir l’assistance technique nécessaire aux petits producteurs. L’IUCN a invité l’OMC à intégrer la biodiversité dans tous les comités et discussions de l’Organisation tandis que la Mission de l’Equateur a présenté le modèle de bioéconomie développé par son pays.

Un enseignement ressort avec force : aucun acteur ne pourra relever seul ce défi. Tous, des gouvernements aux entreprises et aux consommateurs, nous avons un rôle à jouer dans la transition vers des modèles plus durables.

Et l’OMC, quant à elle, peut contribuer à ce débat et à ces travaux.

Ensemble, faisons du commerce un instrument au service de la préservation du vivant, en favorisant la coopération internationale, la transparence et la cohérence entre les politiques économiques et environnementales.