Flash Conjoncture Pays avancés - Une forte baisse de l’immigration nette attendue aux États-Unis en 2025 et 2026
Les années 2022-2024 ont été marquées aux États-Unis par une immigration exceptionnellement forte. Selon le Congressional Budget Office (CBO), l’immigration nette, calculée comme la variation de la population résidente des États-Unis imputable aux migrations internationales sur l’année, a atteint des niveaux sans précédent depuis la fin des années 1990 en 2022 (+3,1 millions), 2023 (+3,5 millions) et 2024 (+2,3 millions). En comparaison, la décennie 2010 a enregistré une immigration nette en moyenne annuelle de +0,9 million (cf. Graphique 1).
Historiquement, les personnes nées à l’étranger ont un taux de participation[1] sensiblement supérieur à celui des personnes nées aux États-Unis, un taux de chômage inférieur et un taux d’emploi plus élevé (cf. Graphiques 2a, 2b et 2c). Sur la période 2010-2019, le taux de chômage des immigrés s’établissait en moyenne à 5,9 %, contre 6,3 % pour les personnes nées aux États-Unis. Cet écart s’est réduit sur la période 2022-2024 tout en demeurant légèrement favorable à la population immigrée (3,7 % contre 3,8 %). L’avantage de la population immigrée en matière de participation au marché du travail et de taux d’emploi, déjà visible entre 2010 et 2019 (environ +3,4 pts par rapport à la population native), s’est renforcé entre 2022 et 2024, atteignant +4,7 pts pour la participation et +4,5 pts pour l’emploi.
Deux facteurs principaux contribuent à ces écarts : une plus forte concentration de la population immigrée aux âges les plus actifs, ainsi qu’une surreprésentation dans les secteurs à forte demande de travail. En 2024, les 25-54 ans représentaient 58 % de la population immigrée de plus de 16 ans, contre 48 % pour la population née aux États-Unis. En outre, les secteurs intensifs en main d’œuvre étrangère sont globalement des secteurs connaissant de fortes tensions de recrutement, comme la construction (avec 33 % de salariés immigrés), les transports (24 %) et l’hôtellerie (23 %). Néanmoins, l’immigration ne se concentre pas uniquement dans les métiers peu qualifiés : les immigrés représentent 21 % des emplois dans les domaines de l’informatique et des mathématiques, reflétant l’attractivité du pays pour les talents universitaires internationaux.
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, D. Trump a engagé un durcissement majeur de la politique migratoire. Le programme fédéral de réinstallation des réfugiés a été suspendu, tandis que les procédures d’asile ont été fortement restreintes. En parallèle, plusieurs mesures administratives ont entraîné un ralentissement marqué du traitement des demandes d’immigration légale, notamment pour l’obtention de cartes de résident permanent ou de visas étudiant ou de travail via des procédures d’examen ou de vérification renforcée.
Dans ce contexte, la plupart des prévisionnistes anticipent une forte baisse de l’immigration nette en 2025, qui se prolongerait en 2026. Ce recul résulterait principalement d’une diminution des entrées plutôt que d’une hausse des sorties, ainsi que d’une forte baisse de l’immigration illégale. Selon les instituts (cf. Graphique 3), les estimations d’immigration nette pour 2025 s’échelonnent entre −0,3 et +0,5 million, tandis que les estimations pour 2026 varient encore davantage (−0,7 et +0,6 million). Ces écarts reflètent la difficulté d’estimer l’ensemble des flux migratoires. En particulier, la Fed de Dallas et Brookings, parmi les prévisionnistes les plus pessimistes, estiment une immigration nette illégale de −0,5 million en 2025, contre +1,6 million et +1,3 million respectivement en 2024. Le passage de l’immigration nette en territoire négatif constituerait un événement inédit aux États-Unis depuis plus de 50 ans.
[1] Le taux de participation au marché du travail est calculé comme le ratio entre la population active et la population civile non-institutionnalisée en âge de travailler (incluant toute personne âgée de plus de 16 ans, qu’elle soit active, étudiante ou retraitée, sauf les militaires en service actif). Cette métrique diffère du taux d’activité au sens européen, qui se rapporte aux 15-64 ans seulement.