Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

Fonds souverains du Golfe : business as usual

Malgré la dégradation du risque régional liée à la guerre avec l’Iran et les déconvenues en cours ou à venir sur les Returns on Investments (ROI), les fonds souverains du Golfe n’ont pas réduit leur rythme d’investissement. Selon Global SWF, les principaux véhicules de la région ont déployé près de 26 Md USD entre mars et mai, soit un rythme supérieur à leur moyenne des cinq dernières années. Si cette résilience traduit d’abord l’ampleur des actifs souverains accumulés par les États du Golfe, elle met surtout en évidence le rôle croissant des fonds souverains comme instruments d’allocation stratégique du capital, dans un contexte où les fonds constituent le principal soutien aux priorités nationales et à la gestion du risque géopolitique. 

La ventilation géographique des investissements montre toutefois des stratégies différenciées selon les fonds. Les marchés développés continuent de concentrer une part importante des flux, notamment pour les fonds émiriens – Mubadala et L’IMAD – traduisant une recherche de liquidité, de profondeur de marché et de stabilité réglementaire dans un environnement régional plus incertain. Mubadala aurait ainsi déployé plus de 5,6 Md USD dans les marchés développés, contre environ 330 M USD dans les marchés émergents et QIA aurait investi près de 3,4 Md USD dans les marchés développés. Cette orientation suggère une préférence pour des actifs offrant une meilleure visibilité financière, dans un contexte où les tensions régionales peuvent peser sur les flux d’investissement privés et sur les conditions de financement.

À l’inverse, le PIF et ADIA se distinguent par une exposition plus marquée aux marchés émergents. Le PIF aurait investi environ 6,1 Md USD dans ces marchés, contre 2,4 Md USD dans les économies développées, notamment avec l’acquisition de Moonton Technology par Savvy Games Group. Cette opération s’inscrit dans la stratégie saoudienne de développement du gaming et des industries créatives, dont le maintien parmi les priorités d’investissement confirme la continuité de l’agenda de diversification de Vision 2030 malgré la guerre. ADIA présente également une allocation significative vers les marchés émergents, avec environ 3,3 Md USD investis sur la période, contre 1,6 Md USD dans les marchés développés. Pour le fonds, cette allocation confirme surtout la continuité de son rôle traditionnel : préserver et diversifier l’épargne souveraine sd’Abu Dhabi à long terme, avec une logique de rendement de portefeuille global moins directement adossée aux priorités industrielles nationales.

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Graphique 1 – Allocation géographique des investissements des fonds souverains du Golfe

Les choix sectoriels confirment une double logique de rendement et de positionnement stratégique. Les investissements restent concentrés sur les infrastructures, l’énergie, les technologies et la transition climatique, soit des secteurs capables d’offrir des revenus de long terme lorsqu’ils sont adossés à des actifs internationaux. Dans le cas des fonds émiriens, cette orientation répond aussi à un objectif de résilience, en renforçant l’exposition à des chaînes de valeur mondiales situées hors du Golfe, notamment dans l’énergie bas-carbone, les infrastructures critiques et les technologies liées à la transition. Dans un contexte où la guerre rappelle la vulnérabilité des routes énergétiques du Golfe, ces investissements renforcent l’exposition des fonds à des actifs internationaux dont les revenus dépendent moins des hydrocarbures et du risque géopolitique régional.

Bien que les fonds aient pour point commun un rythme d’investissement soutenu, ces choix d’allocation traduisent les priorités propres à chaque modèle économique national. En Arabie saoudite, le PIF reste étroitement lié aux objectifs de transformation domestique. Sa stratégie 2026-2030, approuvée en avril, confirme cette tendance, en donnant une priorité accrue aux investissements locaux et au développement d’écosystèmes privés capables de poursuivre la diversification du pays. Les investissements internationaux semblent davantage articulés aux priorités de Vision 2030, notamment lorsqu’ils permettent de capter des technologies et des relais de croissance utiles à la diversification. Par ailleurs, aux EAU, la pluralité des fonds permet une répartition plus fine des fonctions entre préservation patrimoniale, investissement stratégique et soutien à la diversification.

Au total, la guerre n’a pas entraîné de retrait du capital souverain du Golfe, mais elle met en lumière une hiérarchie plus nette entre les fonds. Les véhicules les plus diversifiés et les plus liquides peuvent maintenir leurs engagements internationaux, voire renforcer certaines positions à bon compte dans un contexte de volatilité accrue. A l’inverse, les fonds dont les mandats sont plus étroitement liés aux équilibres budgétaires ou aux priorités domestiques apparaissent plus contraints dans leurs arbitrages. À moyen terme, la capacité d’investissement des fonds paraît préservée ; c’est surtout l’orientation de leurs allocations qui constituera un signal sur la solidité des modèles de diversification du Golfe.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

 

Pétrole et gaz

Brent 5/6/2026 à 12h00 GST : 94,66 USD/Bbl

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Cette semaine, les prix du pétrole ont enregistré une nette hausse, le Brent passant d’un point bas proche de 90 USD/baril fin mai à environ 97 USD/baril en fin de semaine, dans un marché toujours marqué par une forte volatilité. Cette hausse est principalement alimentée par l’incertitude persistante sur la réouverture du détroit d’Ormuz et par la dégradation des fondamentaux d’offre. Les échanges de frappes entre les États-Unis et l’Iran, l’absence de progrès tangible dans les négociations et la baisse rapide des stocks américains entretiennent une prime de risque élevée, tandis que les annonces de désescalade au Liban ont temporairement limité la hausse en fin de semaine.

La tension est particulièrement marquée sur les produits raffinés. Selon Goldman Sachs, les stocks américains de diesel sont tombés à leur plus bas niveau depuis 2003 et pourraient atteindre un seuil critique d’environ 20 jours de consommation d’ici août si les prélèvements se poursuivent au rythme actuel. Le prix moyen du diesel aux États-Unis a augmenté de 45 % depuis le 27 février, à plus de 5,43 USD/gallon, tandis que les stocks de pétrole américains reculent depuis huit semaines consécutives. Cette dynamique traduit une contrainte croissante sur les capacités de substitution : les raffineurs américains ont pu compenser une partie du choc en puisant dans les stocks et en ajustant leur production, mais les marges de manœuvre se réduisent rapidement.

La pression pourrait désormais se déplacer vers l’essence. Jusqu’ici, le choc a davantage touché le diesel et le jet fuel, en raison du rôle important des raffineries du Golfe dans ces segments. Mais l’ajustement des raffineries vers ces produits réduit mécaniquement les volumes disponibles pour l’essence, alors même que la saison estivale dans l’hémisphère nord soutient la demande de mobilité. Vitol estime ainsi que l’essence pourrait devenir le prochain segment sous tension, dans un contexte où les stocks américains et mondiaux restent inférieurs aux normales saisonnières. Le risque est donc celui d’un arbitrage de plus en plus contraint entre diesel, jet fuel et essence au cours de l’été.

Les effets macroéconomiques commencent à se matérialiser dans les pays importateurs. En Afrique du Sud, le prix de l’essence 95 atteindra un record à 28,06 rand/litre en juin, après le retrait progressif des mesures temporaires de soutien aux carburants. L’inflation, désormais à 4 %, s’est éloignée de la cible de 3 % de la banque centrale, qui a relevé ses taux de 25 points de base à 7 %. Ce choc énergétique aux se transmet désormais à la fois aux prix à la consommation, mais aussi indirectement sur les politiques monétaires des économies importatrices. Dans les pays émergents, la hausse des prix des carburants entraîne déjà des destructions de demande, Vitol estimant celles-ci à environ 4 mb/j au niveau mondial, principalement via le report d’achats dans certaines économies d’Asie et d’Afrique.

Les producteurs du Golfe accélèrent en parallèle leurs stratégies de contournement d’Ormuz, sans que celles-ci puissent offrir une solution complète. L’Arabie saoudite s’appuie davantage sur son pipeline Est-Ouest vers Yanbu, tandis que les Émirats arabes unis renforcent leur axe vers Fujairah, situé hors du détroit. ADNOC accélère le doublement de sa capacité d’exportation de brut via la côte est et envisage désormais un pipeline additionnel pour les produits raffinés. Le Koweït, plus vulnérable car entièrement dépendant d’Ormuz pour ses exportations, étudie de nouvelles capacités de stockage à l’étranger et des options de pipelines avec ses voisins. Ces infrastructures constituent des soupapes de sécurité essentielles, mais elles restent contraintes par leur capacité et exposées au risque d’attaque, ce qui limite leur efficacité en cas de crise prolongée.

Sur le marché du transport maritime, les anticipations de réouverture du détroit provoquent déjà des repositionnements spéculatifs. Certains armateurs grecs déplacent leurs tankers à proximité du Golfe, notamment vers l’Inde et l’Afrique de l’Est, afin de capter des taux de fret élevés si les exportations reprennent rapidement. Ce pari reste risqué, car les navires immobilisés sans cargaison ne génèrent pas de revenus et le calendrier d’une réouverture demeure incertain. Il illustre toutefois l’ampleur des gains attendus en cas de normalisation, les producteurs cherchant alors à relancer rapidement leurs flux après plusieurs mois de perturbation.

À plus long terme, le choc actuel pourrait paradoxalement préparer une détente durable du marché du GNL. Bien que les prix asiatiques du GNL aient fortement augmenté depuis le début de la guerre, le JKM ayant brièvement atteint près de 30 USD/mmbtu en mars, contre moins de 11 USD en février. Cette hausse intervient alors qu’une nouvelle vague d’offre mondiale est attendue entre 2026 et 2030, portée notamment par les projets nord-américains, africains et latino-américains. Selon l’AIE, près de 100 Md m³ de capacités ont été approuvés l’an dernier, un record, tandis que plus de 700 Md m³ de projets cherchent encore une décision finale d’investissement. Si une part significative de ces capacités est construite, le marché pourrait basculer vers un excédent durable.

Dans l’ensemble, le marché énergétique reste confronté à un double mouvement. À court terme, la fermeture du détroit entretient un risque de resserrement marqué des marchés pétroliers et des produits raffinés, avec une transmission durable aux prix et à l’inflation. À moyen terme, cette même crise accélère la diversification des routes et des sources d’approvisionnement, ce qui pourrait peser sur les prix du GNL et réorganiser durablement les flux énergétiques mondiaux.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

 

Brèves économiques 

Arabie saoudite

Macroéconomie & Finance

Le FMI souligne la résilience de l’économie saoudienne malgré le conflit au Moyen-Orient — Une mission du Fonds Monétaire International (FMI), conduite à Riyad dans le cadre des consultations Article IV 2026, estime que l’économie saoudienne reste résiliente grâce à des fondamentaux solides, mais que la dynamique de croissance est affectée par le conflit au Moyen-Orient et les perturbations du trafic maritime. Le FMI indique que, selon ses estimations, le PIB a progressé de 4,5 % en 2025, porté par la hausse de la production pétrolière liée à l’assouplissement des coupes OPEP+ et par la vigueur de l’activité non pétrolière soutenue par la demande intérieure. L’inflation est restée modérée, sous les 2 %, et les conditions du marché du travail demeurent favorables. Le FMI souligne toutefois que les perturbations liées aux flux maritimes, notamment via le détroit d’Ormuz, ont pesé sur les exportations et sur l’activité non pétrolière, tout en augmentant les coûts logistiques. Les autorités ont mis en place des mesures de réacheminement des flux commerciaux via pipelines et ports alternatifs, limitant l’impact sur les volumes exportés. Le scénario central du FMI suppose une normalisation des routes maritimes dans les prochains mois, avec une reprise progressive de la croissance, attendue autour de 2 % en 2026, un niveau inférieur à la projection de 3,1 % publiée dans les perspectives d’avril 2026. Le FMI estime cependant que les fondamentaux du Royaume offrent des marges de manœuvre significatives pour absorber le choc, notamment un faible endettement, des réserves élevées et un fonds souverain parmi les plus importants au monde. Il recommande de préserver la stabilité macroéconomique et de poursuivre les réformes de diversification de Vision 2030.

Les réexportations tirent la hausse des exportations non pétrolières saoudiennes en 2025— L’Arabie saoudite a enregistré une hausse de 18,9 % de ses exportations non pétrolières, réexportations incluses, en 2025 par rapport à 2024, selon le rapport annuel sur le commerce international de marchandises publié par General Authority for Statistics (GASTAT). Toutefois, cette progression provient entièrement de la hausse des réexportations, les exportations nationales non pétrolières hors réexportations étant restées quasiment stables, à -0,1 % sur un an. Les exportations totales du Royaume ont progressé de 2,1 % pour atteindre 312 Md USD (1 170 Md SAR), malgré une baisse de 4 % des exportations d’hydrocarbures. Dans le même temps, les importations ont augmenté de 8,8 % à 253,3 Md USD (949,8 Md SAR). Cette dynamique a entraîné un recul de 19,2 % de l’excédent commercial, tombé à 58,7 Md USD (220,2 Md SAR) contre 72,6 Md USD (273 Md SAR) en 2024.  La part des exportations non-pétrolières dans les exportations totales a également augmenté, passant de 35,3 % en 2024 à 38,5 % en 2025, illustrant la montée en puissance progressive des activités non pétrolières dans le commerce extérieur saoudien. La Chine demeure la première destination des exportations saoudiennes en 2025, représentant 14,6 % des exportations totales du Royaume, devant les Émirats arabes unis (10 %) et l’Inde (9,4 %).

L’activité non pétrolière en Arabie saoudite accélère en mai avec un Purchasing Managers’ Index (PMI) à 52,8— L’activité économique du secteur non pétrolier en Arabie saoudite a progressé en mai au rythme le plus rapide depuis trois mois, selon le Riyad Bank Saudi Arabia PMI, publié par S&P Global. L’indicateur est passé de 51,5 à 52,8, signalant une expansion plus soutenue de l’activité dans le Royaume. Cette amélioration reflète notamment une hausse des nouvelles commandes et un renforcement de l’activité commerciale, après un ralentissement observé au cours des mois de mars et avril.

Tadawul ouvre la voie à une possible titrisation des prêts hypothécaires en Arabie saoudite — Le projet de la Saudi Exchange (Tadawul) consiste à modifier les règles de marché afin d’autoriser des véhicules ad hoc (SPV) à émettre et coter des instruments de dette adossés à des actifs financiers. L’objectif est de faciliter le développement de structures de titrisation sur le marché saoudien. L’enjeu porte principalement sur le portefeuille de prêts immobiliers des banques, qui atteint environ 968 Md SAR (258 Md USD) selon la Saudi Central Bank. Ce volume constitue une base potentielle pour des opérations de titrisation, sans qu’il soit envisagé de titriser l’ensemble de ces créances. Ce projet s’inscrit dans la stratégie de développement du marché de la dette et des sukuk en Arabie saoudite. Il vise à élargir la base d’investisseurs institutionnels et étrangers et à renforcer la profondeur des marchés de financement adossés à des actifs.

Energie, Transport & Infrastructure

NEOM met fin au contrat de la ligne ferroviaire Connector avec Webuild — Le groupe italien Webuild a annoncé fin mai que NEOM avait exercé son droit de résilier le contrat de la Connector High-Speed Line, projet de ligne ferroviaire à grande vitesse reliant plusieurs zones de développement de NEOM et situé dans la région de Sharma, le long de la côte nord de la mer Rouge. Cette résiliation a pris effet le 27 mai 2026. Au moment de l’arrêt du contrat, l’avancement des travaux atteignait environ 20 %, avec un carnet de commandes résiduel estimé à près de 1 Md EUR pour Webuild. Le groupe précise toutefois qu’aucun revenu lié à ce projet n’était attendu en 2026, le chantier étant déjà à l’arrêt depuis plusieurs mois.

Émirats arabes unis

Macroéconomie & Finance

Le PMI non pétrolier des EAU est remonté à 52,6 en mai, après 52,1 en avril, signalant une croissance modérée du secteur privé, et le PMI de Dubaï est en hausse, atteignant 52,0, contre 51,6 le mois précédent. La guerre régionale et la fermeture effective du détroit d’Ormuz ont pesé sur les exportations, les nouvelles commandes et les délais de livraison, ces derniers atteignant leur niveau le plus dégradé depuis avril 2020.

ADNOC envisagerait d’ajouter un pipeline dédié aux produits raffinés vers Fujairah, en complément du pipeline pétrolier existant qui contourne le détroit d’Ormuz. Ce dernier, d’une capacité de 1,5 Mb/j, a permis aux EAU de maintenir une partie de leurs exportations malgré la quasi-paralysie du trafic par Ormuz depuis fin février.

Les fonds souverains du Golfe n’ont pas ralenti leurs investissements depuis le début de la guerre avec l’Iran, selon Global SWF, malgré les perturbations régionales. Les Émirats restent le principal investisseur souverain du Moyen-Orient, avec 3 080 Md USD d’actifs souverains en mars, portés notamment par ADIA, Mubadala et L’imad. Depuis le début du conflit, Mubadala aurait investi plus de 5,6 Md USD dans les marchés développés, contre 330 M USD dans les émergents, et L’imad aurait alloué 1,42 Md USD aux marchés développés et 1,15 Md USD aux émergents.

Le PIB réel des EAU est en hausse de 6,2 % en 2025 pour atteindre 1 900 Md AED (517 Md USD) et le PIB non pétrolier est en hausse de 6,8 % à 1 500 Md AED (408 Md USD). Les secteurs les plus dynamiques ont été la construction (+11,1 %), la finance-assurance (+10,4 %), l’immobilier (+7,9 %) et le transport-stockage (+7,8 %), le commerce restant le premier contributeur au PIB non pétrolier (16,9 %).

MGX, le fonds d'investissement IA d'Abu Dhabi, a participé à la levée de fonds de 65 Md USD d’Anthropic (Série H), aux côtés de Blackstone, Greenoaks (USA) et Temasek (Singapour). Le fonds dispose aujourd’hui de participations dans trois rivaux dans le domaine de l’IA — OpenAI, xAI et Anthropic —, se positionnant ainsi comme un investisseur important du secteur avec une stratégie de diversification claire. MGX a récemment déclaré qu'il comptait investir jusqu'à 10 Md USD par an dans l’IA.

Energie, Transport & Infrastructure

ADNOC a annoncé son projet de construire un troisième pipeline dédié aux produits raffinés vers Fujairah, afin de renforcer ses capacités d’exportation en contournant le détroit d’Ormuz. ADNOC dispose déjà d’un pipeline d’une capacité d’1,5 Mb/j et est en train de construire un 2nd pipeline d’une capacité équivalente, qui devrait être finalisé courant 2027. Suite à leur sortie de l’OPEP début mai, les Émirats arabes unis confirment leur stratégie visant à augmenter leurs exportations d’hydrocarbures et mettent en œuvre des projets visant à assurer la pérennité de leurs exportations, notamment via le contournement du détroit d’Ormuz.

AD Ports Group va acquérir le brésilien CLI, opérateur de terminaux portuaires agricoles, pour 835 M USD, marquant son entrée en Amérique du Sud. CLI opère notamment le terminal Sul du port de Santos, principal terminal d’exportation de sucre, maïs et soja au Brésil, et le terminal Norte, plateforme céréalière du port d’Itaqui. L’opération, attendue au S2 2026, doit renforcer les activités agroalimentaires d’AD Ports et relier le Brésil à Khalifa Port et à l’Abu Dhabi Food Hub de Kezad. Cette acquisition s’inscrit également dans le contexte des discussions lancées en 2024 entre les Émirats arabes unis et le MERCOSUR en vue de la conclusion d’un accord de libre-échange (CEPA).

Le gouvernement d’Abu Dhabi a décrété un gel temporaire des loyers pour tous les biens résidentiels, commerciaux et industriels, en réponse aux tensions régionales. L'Abu Dhabi Real Estate Centre (Adrec) précise que tout renouvellement de bail ou nouveau contrat sera maintenu au loyer précédent, sans augmentation, pour une durée non communiquée. Depuis 2016, la hausse des loyers à Abu Dhabi était plafonnée à 5 % par an.

Le Comité des prix des carburants des EAU a relevé les prix de l'essence pour juin, tandis que le diesel recule légèrement. Le Super 98 passe à 3,95 AED (+7,9 %), le Special 95 à 3,83 AED (+7,9 %) et l'E-Plus 91 à 3,76 AED (+8,0 %), tous en hausse par rapport à mai. Le diesel baisse à 4,33 AED (-7,7 %), mais reste très loin de son niveau de février (2,72 AED), après les hausses massives de mars et avril (jusqu'à +72,4 %) liées à la guerre régionale et au prix Brent (supérieur à 100 USD/baril). Ce repli du diesel constitue un soulagement partiel pour les secteurs du transport, de la logistique et de la construction, qui avaient répercuté la hausse sur les consommateurs via des surcoûts.

Lors du Sommet Choose France (1er juin 2026) organisé à Versailles, MGX, Bpifrance et Mistral ont annoncé le projet d'expansion de Campus AI en France, avec l'objectif de porter à 3 GW la capacité de calcul sur le territoire national pour un investissement supplémentaire de 8,7 Md USD. Le premier site, basé à Foujou (Seine et Marne), développera une capacité informatique allant jusqu’à 1,4 GW et devrait être opérationnel en 2028.

Qatar

La Qatar Investment Authority (QIA) a annoncé plusieurs investissements importants ces derniers jours. Le 25 mai, le fonds souverain qatarien annoncé apporter une participation en tant qu’investisseur d’ancrage dans l’augmentation de capital de la Public Power Corporation (PPC), principal fournisseur d’électricité en Grèce et acteur majeur de la transition énergétique en Europe du Sud-Est pour une opération totale qui a permis de lever environ 4,25 Mds EUR en actions nouvelles, auxquels s’ajoutent 250 M EUR d’euros via une cession d’actions propres. La QIA a également annoncé, avec la société publique espagnole COFIDES, la création d’un fonds d’investissement conjoint de 300 M EUR, destiné à soutenir des projets de PME espagnoles dans les secteurs de la transition énergétique, la transformation numérique et l’innovation technologique. Enfin, le fonds souverain a annoncé avoir augmenté sa participation (pour la 3ème fois consécutive) dans Anthropic, géant américain de l’IA à l’origine du modèle de langage Claude, dans le cadre de son tour de financement de Série H, qui a permis de lever 65 Mds USD, valorisant l’entreprise à environ 965 Mds USD.

Trois méthaniers transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) destiné à plusieurs pays asiatiques, dont deux en provenance du Qatar, auraient traversé le détroit d’Ormuz ces derniers jours.

Qatar Airways (QA) a décidé de ne pas verser de bonus annuels à ses 60 000 employés, en raison des perturbations causées par la crise en cours dans le golfe arabo-persique. L’entreprise a subi de fortes perturbations opérationnelles avec la fermeture partielle de l’espace aérien régional, entraînant l’annulation de dizaines de milliers de vols et des pertes estimées en milliards de dollars de revenus.

QatarEnergy (QE) a signé un protocole d’accord avec le gouvernement égyptien et ExxonMobil afin d’étudier la valorisation et la commercialisation des découvertes gazières chypriotes via les infrastructures gazières et de GNL existantes en Égypte.

Le budget de l’État du Qatar a enregistré un déficit de 2,8 Mds USD au premier trimestre 2026, soit le double du déficit observé au dernier trimestre de l’année 2025, selon le ministère des Finances.

 

Koweït

Quand Schlumberger rime avec R&D ... La KPC a attribué le projet « Ahmadi Innovation Valley » (AIV) à « Schlumberger Oilfield Eastern Limited », une filiale de la société mondiale de services pétroliers SLB. Cette attribution fait suite à l'approbation d’un contrat de 385 M USD par le Comité supérieur des achats de la Kuwait Petroleum Corporation (KPC). Le projet AIV est conçu comme un pôle de recherche et d'innovation de pointe, doté d'installations spécialisées et d'équipes techniques axées sur la recherche appliquée pour le secteur pétrolier et gazier du Koweït.

La KPC prudente sur le calendrier d’un retour à la normale. Participant à la conférence « S&P Global Energy Middle East Petroleum and Gas », le directeur général chargé du marketing international de la « Kuwait Petroleum Corporation », Cheikh Khaled Ahmad Al-Sabah, a indiqué que le Koweït pourrait être en mesure rétablir près de 70 % de sa production pétrolière dans les six à huit semaines suivant la réouverture du détroit d'Ormuz. Il a ajouté qu'il faudrait environ un mois supplémentaire pour rétablir les 30 % restants. Ce calendrier reste largement plus prudent que les prévisions des traders spécialisés dont certains tablent sur un rétablissement en 2 ou 3 semaines d’un niveau de trafic comparable à celui atteint pré-crise (en moyenne 140 à 150 navires / jour).

Ne pas confondre vitesse et précipitation... Les automobilistes koweïtiens flashés ou arrêtés après avoir commis un excès de vitesse au-delà de 150 km/h seront désormais punis par une forte amende, leur véhicule étant mis en fourrière. A 170 km/h, ils risquent une peine de prison pouvant aller jusqu’à 2 ans après jugement, à 200 km/h ils sont préventivement emprisonnés… Pour les expatriés la sanction est simple : au-dessus de 150 km/h ils risquent l’expulsion immédiate du pays. Au-delà de 170 km/h cette dernière est automatique et le véhicule confisqué…

L’effort de guerre plombe le budget de l’émirat. Le professeur Sadiq Al Bassam, chef du département de comptabilité de l’université du Koweït a indiqué anticiper une aggravation des finances publiques au regard des prévisions budgétaires 2026/27. Il considère que la forte baisse des recettes budgétaires (issues à 90% des exportations de pétrole) et la nécessité de maintenir les dépenses d’investissement creuseraient nécessairement un déficit qui pourrait atteindre 14 à 20%. Il a exhorté le Ministre des finances à élaborer un budget « additionnel » pour l’exercice, qui couvrirait tous les aspects financiers liés au conflit. Cet exercice essentiel « clarifierait » la situation et s’adosserait à des cours du pétrole révisés.

Le Koweït mutualise les ressources dans un fonds pour la gestion des crises. Le Koweït approuve un fonds d'intervention d'urgence qui permettra d'assurer un financement rapide des grands projets d'infrastructures, en particulier lorsque des dégâts ou des perturbations affectent des installations nationales. Le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe (KFAED) gérera ce nouveau fonds sous la forme d'un compte spécial. Il collectera les contributions des organismes gouvernementaux, des institutions et des entreprises du secteur privé qui choisissent de soutenir les efforts d'intervention d'urgence. Selon certaines sources, l'objectif est de renforcer la coordination entre les agences gouvernementales, de mieux prioriser les projets, le tout afin d’améliorer la capacité de réponse de l’émirat à des événements imprévus.

 

Oman

La société publique omanaise d’exploration et de production d’hydrocarbures, OQ Exploration and Production (OQEP), prévoit une nette amélioration de ses résultats financiers au deuxième trimestre 2026 grâce à la forte hausse des prix du pétrole. L’augmentation récente des cours du brut devrait se refléter directement dans les revenus de l’entreprise. Pour rappel, OQEP est le 3ème opérateur pétrolier en Oman avec une part de l’ordre de 12 %, derrière PDO (environ 65 %) et Occidental Petroleum (environ 18 %). Le principal facteur de cette hausse est la prime exceptionnelle dont bénéficie actuellement le pétrole omanais. La fermeture du détroit d’Ormuz a entraîné une pénurie de qualités de brut comparables sur les marchés internationaux, faisant bondir le prix officiel de vente du brut omanais. Les exportations d’Oman n’ayant pas été affectées par cette crise, le Sultanat se retrouve dans une position favorable par rapport à plusieurs producteurs de la région. Cette conjoncture devrait permettre à OQEP de renforcer ses capacités d’investissement afin d’atteindre son objectif stratégique de porter sa production nette de 224 000 à 300 000 barils équivalent pétrole par jour d’ici 2030. L’entreprise prévoit d’y parvenir grâce à une combinaison de croissance organique et d’acquisitions ciblées, y compris à l’international. Parmi les projets en cours figurent de nouvelles découvertes réalisées sur les blocs 60 et 48, exploités en partenariat avec la société indonésienne MedcoEnergi. OQEP poursuit également l’acquisition d’une participation de 35 % dans le bloc 28, actuellement exploité par Occidental Petroleum. Cette opération devrait renforcer immédiatement le portefeuille de production de la société une fois approuvée par les autorités omanaises. Dans le secteur gazier, plusieurs projets majeurs sont en attente de décisions importantes. Sur le bloc 11, exploité par Shell avec la participation de TotalEnergies et d’OQEP, les études se poursuivent autour de la découverte gazière de Jaleel. Une déclaration de commercialité n’est toutefois envisagée qu’à l’horizon 2028. Par ailleurs, le développement futur du complexe gazier Khazzan-Ghazeer sur le bloc 61 dépend toujours d’un schéma de commercialisation approuvé par le gouvernement. Malgré ces incertitudes, la hausse des revenus pétroliers et l’avancement de plusieurs projets stratégiques placent OQEP dans une position favorable pour atteindre ses objectifs de croissance à l’horizon 2030.