Actualités économiques et financières d’Asie du Sud du 15 au 21 mai 2026
Bangladesh
Le gouvernement approuve son plan quinquennal visant 10 millions d’emplois créés d’ici 2030
Le gouvernement bangladais a approuvé un nouveau plan stratégique quinquennal visant à créer 10 millions d’emplois d’ici 2030 et à porter l’économie du pays à 1 000 Mds USD d’ici 2034. Ce programme prévoit une accélération progressive de la croissance, avec un objectif de 8 % de croissance du PIB en 2029-30, contre environ 5 % attendus actuellement. Il ambitionne également de faire progresser l’investissement total à près de 37 % du PIB, tout en ramenant l’inflation à 5 %.
Le plan identifie plusieurs secteurs moteurs pour soutenir cette trajectoire, notamment les technologies de l’information, les énergies renouvelables, l’économie bleue, les industries pharmaceutiques et le cuir. Le gouvernement prévoit aussi d’envoyer 2 millions de travailleurs à l’étranger chaque année (contre 1,1M aujourd’hui), de développer le travail indépendant numérique et de créer environ 1 million d’emplois dans les technologies. Une montée en puissance des infrastructures énergétiques et des réformes destinées à améliorer le climat des affaires figurent également parmi les priorités. Le programme comprend enfin plusieurs engagements sociaux et institutionnels : extension de la Family Card à des millions de ménages vulnérables, hausse graduelle des dépenses publiques de santé et d’éducation à 5 % du PIB, création d’un système de pension pour le secteur privé et soutien renforcé aux PME. Les autorités souhaitent également accroître les recettes fiscales à 10 % du PIB, afin de financer ces ambitions tout en réduisant la dépendance à l’endettement extérieur.
Fitch abaisse la perspective du Bangladesh à « négative » tout en maintenant sa note souveraine à B+
L’agence de notation Fitch Ratings a révisé la perspective du Bangladesh de « stable » à « négative », tout en confirmant sa note souveraine de long terme à B+. Fitch invoque principalement la montée des vulnérabilités macroéconomiques et extérieures liées au conflit au Moyen-Orient, qui expose fortement le pays à une hausse des coûts énergétiques et à un risque de ralentissement des transferts de migrants. Près de la moitié des transferts des expatriés proviennent en effet du Golfe, tandis que les importations de produits énergétiques représentent environ 10 Mds USD par an, soit près de 15 % des importations totales.
Fitch souligne également les progrès limités des réformes dans les finances publiques et le secteur bancaire, ainsi que la faiblesse persistante de la gouvernance, qui réduit progressivement la capacité du pays à absorber les chocs externes. L’agence estime néanmoins que le Bangladesh conserve certains points de résilience, notamment un niveau d’endettement public encore modéré et un accès continu aux financements concessionnels des bailleurs internationaux.
3000 Mds Tk budgétés pour le programme d’investissements de 2026-27
Le gouvernement a approuvé le programme annuel de développement (ADP) pour l’exercice 2026-27, d’un montant record de 3000 Mds Tk (≈ 25 Mds EUR), soit une hausse importante d’environ 50 % par rapport au programme révisé de l’exercice précédent. Sur ce total, 1 900 Mds Tk proviendront de ressources domestiques et 1 100 Mds Tk de prêts et dons des bailleurs. Le gouvernement présente ce programme comme un instrument central de relance de l’investissement public et de mise en œuvre des priorités économiques du nouveau mandat.
Le secteur des transports et communications demeure le principal bénéficiaire (17%), devant l’éducation (16%), la santé (12%) et l’énergie (11%), soulignant un effort particulier vers les secteurs sociaux. Plusieurs grands projets d’infrastructure d’ores et déjà en cours concentrent une part importante des allocations, notamment dans les transports ferroviaires, routiers et l’énergie – à l’image de l’allocation pour la centrale nucléaire de Rooppur (155 Mds soit 5% de l’ADP) et la ligne de métro de Dhaka 5 Nord (74 Mds Tk).
Les autorités font en général face à des difficultés dans la mise en œuvre de l’ADP, avec des taux d’exécution faibles (en particulier dans les secteurs sociaux). Celui-ci atteint à peine 35% sur les 9 premiers mois de l’année fiscale en cours.
Le nouveau programme se caractérise aussi par l’importance des allocations globales (“block allocations”), qui représentent plus d’un tiers du total. Environ 1 170 Mds Tk (≈ 9,7 Mds EUR) ont ainsi été réservés sous forme d’enveloppes spéciales ou non encore affectées à des projets précis, afin de permettre le lancement rapide de nouveaux projets au cours de l’exercice. Dans le même temps, 170 Mds Tk ont été budgétés pour financer les promesses électorales en ce qui concerne les filets sociaux (Family Card, Farmers’ Card).
1,4 million de personnes ont basculé dans la pauvreté en 2025
La Banque mondiale estime que le taux de pauvreté au Bangladesh a atteint 21,4 % en 2025 contre 20,5% en 2024, ce qui représente environ 1,4 million de personnes supplémentaires tombées dans la pauvreté au cours de l’année 2025. Dans son Bangladesh Development Update (Avril 2026), l’institution souligne que la forte inflation, le ralentissement de la croissance, la faiblesse du marché du travail et les tensions extérieures ont fortement érodé les revenus réels des ménages. C’est ainsi la troisième année de hausse consécutive de la pauvreté, avec au total 4,9 M de nouveaux pauvres depuis 2022.
La Banque mondiale estime néanmoins que la tendance devrait s’inverser dès cette année, même si les gains seront limités par la situation au Moyen-Orient. Ainsi, avant l’aggravation des tensions au Moyen-Orient, la Banque mondiale estimait qu’environ 1,7 million de personnes devaient sortir de la pauvreté en 2026 ; ce chiffre a depuis été ramené à seulement 500 000 personnes.
Bhoutan
Indicateurs macroéconomiques pour le mois de mars 2026
L’inflation annuelle a atteint 6,1% en mars 2026, contre 3,5% un an plus tôt. Cette accélération tient à la hausse des prix alimentaires, de 7,1%, ainsi que des prix non alimentaires, de 6,5%.
Les réserves extérieures se sont établies à 1,32 Md USD, soit une hausse de 165,3 MUSD par rapport au mois précédent. Par ailleurs, les transferts des Bhoutanais résidant à l’étranger ont atteint 119,8 MUSD dont 96 MUSD en provenance d’Australie.
Dans le secteur de l’énergie, les exportations hydroélectriques se sont élevées à 2,1 MUSD, tandis que les ventes domestiques ont atteint 34,9 MUSD. En revanche, les importations d’électricité ont représenté 51,2 MUSD, auxquelles se sont ajoutées des importations d’énergie solaire de 1,4 MUSD.
Inde
Les tensions géopolitiques du Moyen-Orient freinent la croissance du secteur privé en Inde
Selon une enquête PMI (Purchasing Managers Index), la croissance du secteur privé en Inde a ralenti en mai, pénalisée par un recul du secteur manufacturier, notamment la production manufacturière, affectée par la guerre en Iran et un affaiblissement de la demande internationale. En témoigne, la faiblesse des nouvelles commandes à l’export qui enregistrent un plus bas de 19 mois.
Les coûts de production ont fortement augmenté dans l’énergie, l’acier et l’alimentation. L’enquête atteste que les entreprises ont limité la répercussion de la hausse des coûts sur les prix de vente, protégeant les consommateurs mais impactant leurs marges.
Par ailleurs, la production des huit secteurs de base de l’industrie indienne a augmenté de seulement 1,7 % en avril, selon des données officielles publiées récemment, tirée principalement par la production d’électricité, le ciment et l’acier. Néanmoins, en lien avec la guerre au Moyen Orient, plusieurs secteurs reculent lors du mois d’avril notamment le charbon, le pétrole brut, le gaz naturel, l’engrais et les produits pétroliers raffinés.
Le taux de chômage s’élève à 5,2 % en avril
Le taux de chômage en Inde a atteint un plus haut de six mois à 5,2 % en avril, contre 5,1 % en mars, selon les données officielles de l’enquête mensuelle sur la population active (PLFS), qui couvre les personnes âgées de 15 ans et plus.
Selon l’enquête, cette hausse est principalement imputable à une hausse du chômage en zone rurale dans la continuité de la tendance déjà observée au cours des mois précédents.
A noter que les données de ces enquêtes sont à relativiser à la lumière de l’informalité en Inde qui selon l’Organisation mondial du travail représenterait 90% de l’emploi total en Inde.
La faiblesse de la R&D limite la montée en gamme de l’industrie manufacturière indienne
Selon un rapport de CARE Ratings, une agence de notation indienne, le faible niveau des dépenses publiques de recherche et développement (R&D), estimées à environ 0,6 à 0,7% du PIB en Inde, constitue l’un des freins structurels majeurs à la croissance du secteur manufacturier.
A titre de comparaison, les Etats-Unis dédient plus de 3% du PIB aux dépenses de R&D, la Chine 2,5% et la Corée du Sud jusqu’à 5%. Ainsi, le niveau indien demeure loin derrière les standards internationaux.
Dans ce contexte, on observe une stagnation de la contribution de la valeur ajoutée brute de l’industrie manufacturière au PIB, environ 16% du PIB depuis une dizaine d’années.
Le rapport Care Ratings met en exergue plusieurs problématique participant à la fragilité de la R&D en Inde telle que la faible densité de chercheurs, les collaborations limitées entre industrie et université, la faible participation privée aux efforts de recherche, et une stratégie basée sur les volumes plutôt que l’innovation.
Sans montée en puissance de la R&D en Inde, le pays pourrait rencontrer des difficultés à produire des biens à haute valeur ajoutée, dépendre des transferts de technologie, et voir son industrie continuer à stagner, et ce, dans un contexte de forte compétition industrielle mondiale.
Maldives
Chute des réserves de change en avril 2026
Les dernières données publiées par la Maldives Monetary Authority (MMA) font état d’une baisse des réserves officielles à 717,9 MUSD fin avril 2026, à comparer à 1331,8 MUSD un mois auparavant. Les réserves nettes sont, quant à elles, passées de 244,8 MUSD fin 2025 à 409 MUSD fin mars 2026 et à 244,2 MUSD fin avril 2026, ce qui ne représente que 16 jours d’importations de biens et services. Le taux de change sur le marché parallèle de la rufiyaa maldivienne (20,83 MVR pour 1 USD) est inférieur de 35% au taux officiel (15,42 MVR pour 1 USD).
Maldives Premier Bank obtient sa licence
La Maldives Monetary Authority a délivré le 18 mai 2026 une licence bancaire à Maldives Premier Bank, qui devient la 9ᵉ banque opérant aux Maldives. Cela renforce la concurrence bancaire et l’accès aux services financiers, même si l’impact macroéconomique immédiat reste limité. Le principal — et apparemment unique — actionnaire de cette banque serait Mohamed Ali Janah, important homme d’affaires maldivien et actuellement conseiller principal du Président Muizzu sur le Commerce et l’Investissement, président de Hotels and Resorts Construction et Hotels and Resorts Investment Maldives / HARIM, un conglomérat actif notamment dans la construction, les technologies de construction, les produits marins et les investissements.
Népal
Suivi du plan de sortie de la liste grise du GAFI
Le ministre des Finances, Swarnim Wagle, a indiqué que le gouvernement poursuivrait les mesures nécessaires à la sortie du Népal de la liste grise du GAFI. La réunion avec une délégation Groupe Asie-Pacifique sur le blanchiment d’argent (APG) a porté sur l’avancement du plan d’action suivi par l’International Cooperation Review Group.
Inscrit sur la liste grise en février 2025, le Népal met en œuvre un plan de 15 mesures visant à renforcer la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, ainsi que la transparence financière. Le ministre a fait état de progrès sur plusieurs indicateurs et d’un suivi régulier par les administrations concernées.
L’APG estime toutefois que des efforts supplémentaires restent nécessaires avant qu’une sortie de la liste grise puisse être envisagée.
Le secteur privé demande un budget centré sur la production et l’investissement
La Fédération des chambres de commerce et d’industrie du Népal (FNCCI) a remis au ministre des Finances, Swarnim Wagle, ses propositions pour le budget 2026/27. Elle demande une politique fiscale plus stable et des mesures permettant de réorienter l’économie vers la production, les exportations et l’emploi.
Selon la FNCCI, l’industrie fonctionnerait à environ 40% de ses capacités, tandis que la part du secteur privé dans la formation brute de capital fixe serait passée de 28% à 16% en quatre ans. La fédération propose notamment un code unifié des recettes et la création d’un organisme autonome chargé de la politique fiscale, afin de réduire l’incertitude liée aux modifications annuelles de la fiscalité.
Cette demande intervient dans un contexte de forte dépendance aux transferts des travailleurs migrants, qui ont atteint 11,55 Mds USD sur les neuf premiers mois de l’exercice 2025/26, en hausse de 31,9% sur un an.
Les organisations patronales recommandent également un soutien ciblé aux industries exportatrices, à l’agriculture, au tourisme, aux technologies de l’information et aux petites et moyennes entreprises. Elles demandent par ailleurs de faciliter l’investissement privé dans les infrastructures, notamment par des partenariats public-privé.
Le ministère des Finances indique vouloir inscrire le prochain budget dans une logique de réforme, avec un suivi plus direct de la mise en œuvre et des résultats. L’enjeu est de réduire la dépendance aux importations et aux transferts extérieurs en renforçant l’investissement productif.
Sri Lanka
Envolée de l’inflation en avril
L’indice des prix à la consommation de Colombo (CCPI) a enregistré une hausse mensuelle de 2,99 % en avril. En glissement annuel, l’inflation atteint 5,4% fin avril, son plus haut niveau depuis février 2024 ; en moyenne annuelle, elle ressort à 1,6%, son niveau le plus élevé depuis novembre 2024. La hausse des prix a été principalement tirée par les produits non alimentaires, en particulier les transports, le logement-électricité-gaz-combustibles, les restaurants et hôtels, ainsi que l’éducation. Les produits alimentaires et boissons non alcoolisées ont également contribué à la progression, notamment via l’huile de coco, les légumes, le poisson séché, les légumineuses, les œufs et le riz.
L’excédent courant se réduit fortement au 1er trimestre 2026
Il atteint 531,5 MUSD sur la période, affichant une baisse de 43,9% par rapport à la période correspondante de 2025. Sur le seul mois de mars, l’excédent n’a atteint que 44,6 MUSD, soit une chute de 90,7% par rapport à mars 2025. Le déficit commercial de biens s’est creusé à 2,31 Mds USD sur les trois premiers mois de l’année, contre 1,54 Md USD un an plus tôt, les importations progressant de 18,1% à 5,77 Mds USD, bien plus vite que les exportations, en hausse de 3,4% à 3,46 Mds USD. En mars, les importations ont bondi de 30,3 %, tirées notamment par la facture énergétique, les importations de carburants ayant augmenté de 74,7% à 630 M USD. L’excédent du compte des services s’est replié de 20,2% au 1er trimestre, à 973,1 MUSD, et de 42,4% en mars. Les recettes touristiques ont chuté de 36,8% en mars, à 223,7 MUSD, tandis que les arrivées de touristes reculaient de 19,8%, à 183 979 visiteurs ; sur le trimestre, elles reculent de 15%. La résistance du compte courant tient au dynamisme des transferts des travailleurs expatriés, en hausse de 26,5% sur un an à 2,29 Mds USD au 1er trimestre, dont 814,8 MUSD en mars, à comparer à 1,8 Md USD au 1er trimestre 2025.
Forte chute du moral des consommateurs en mars
Selon le Consumer Sentiment Dashboard de Prosoft Research and Insights, l’indice de confiance des consommateurs est tombé de 86 points en février à 70 points, soit la plus forte baisse depuis 2021 et le niveau le plus bas depuis juin 2024. Cette détérioration reflète la pression croissante sur les ménages, dans un contexte de hausse du coût de la vie, d’inquiétudes liées au carburant et à l’énergie, d’incertitudes mondiales liées au conflit au Moyen-Orient, de risques de coupures d’eau et d’électricité en période de forte chaleur, ainsi que de perturbations liées à la grève des médecins publics.
Approbation du National Export Development Plan 2026-2030
Le plan, qui vient d’être approuvé par le Cabinet, constitue le cadre de développement et de promotion des exportations du pays. Il vise à renforcer la compétitivité du pays et à soutenir la croissance. Elaboré par l’Export Development Board, qui a bénéficié d’une assistance technique de la Banque asiatique de développement, il fixe un objectif d’exportations de 30 Mds USD d’ici 2030 (à comparer à 17,3 Mds USD en 2025). Les mesures concrètes pour parvenir à ce résultat n’ont pas été détaillées. Elles devraient inclure des soutiens budgétaires, la mise en place d’un cadre de pilotage et de suivi et une meilleure association entre secteurs public et privé.
Conclusion de l’accord de restructuration de la dette avec la Corée du Sud
Le Sri Lanka et la Corée du Sud ont formellement échangé, le 28 avril, les avenants actant la restructuration de 18 prêts concessionnels accordés via l’EDCF (Economic Development Cooperation Fund coréen), pour un montant d’environ 267 MUSD. Cette étape, intervenue lors du dialogue politique EDCF 2026 au ministère des Finances, s’inscrit dans la poursuite du processus de restructuration de la dette extérieure sri-lankaise. Il s’agit du 12e accord bilatéral conclu par le Sri Lanka, après ceux signés avec, dans l’ordre, la Chine, le Japon, l’Inde, la France, la Hongrie, l’Arabie saoudite, le Royaume-Uni, l’Australie, le Danemark, l’Allemagne et la Belgique. Parmi les pays n’ayant pas encore signé un tel accord figurent l’Autriche, le Canada, l’Espagne, les États-Unis, les Pays-Bas, la Russie et la Suède. Source : Ambassade de Corée au Sri