Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

Le Golfe accroché au dollar, suspendu à la Fed 

La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale intervient dans un moment particulièrement contraint pour la politique monétaire américaine, sur fond d’inflation en lien avec la guerre au Moyen-Orient. La Fed fait ainsi face à un dilemme cornélien : d’une part, les pressions de l’administration Trump qui pousse pour une détente des taux, alors que les Etats-Unis sont confrontés à une inflation ravivée par la guerre. Les rendements américains à dix ans ont atteint leur plus haut niveau depuis février 2025 et le Brent s’échange autour de 115 USD/baril dans un contexte de blocage durable du détroit d’Ormuz. Une telle politique risquerait d’alimenter l’inflation. D’autre part, maintenir une politique restrictive pour tenter de contenir l’inflation au risque de peser sur l’activité et l’emploi.

Pour les pays du GCC, cette tension n’est pas extérieure, elle est importée mécaniquement par l’ancrage de leur monnaie au dollar. Le peg constitue en effet, depuis plusieurs décennies, l’un des piliers de la stabilité macroéconomique du Golfe. À l’exception du Koweït, dont le dinar est arrimé à un panier de devises dominé par le dollar, les monnaies du GCC maintiennent leur monnaie à une parité fixe ou quasi fixe avec le dollar américain. Ce choix reflète la structure même de ces économies, i) les hydrocarbures sont facturés en dollars, ii) une part importante des recettes extérieures et budgétaires est dollarisée, iii) les systèmes financiers sont ouverts aux capitaux internationaux, iv) les grands émetteurs souverains ou quasi-souverains se financent largement sur les marchés en dollars et v) les importations restent assez largement exposées au dollar. Le peg réduit ainsi le risque de change, facilite l’investissement étranger, renforce la confiance dans la stabilité de la monnaie et stabilise les revenus pétroliers en monnaie locale. Le FMI souligne que cet ancrage a longtemps servi les pays du Golfe en soutenant la stabilité macroéconomique.

Dans le contexte actuel, le maintien de taux américains élevés se répercute directement sur les conditions financières du Golfe. Les banques centrales du GCC suivent les décisions de la Fed afin de préserver l’attractivité relative de leurs monnaies et d’éviter des tensions se traduisant par des flux de capitaux sortants. Cette transmission protège les régimes de change mais elle durcit aussi les conditions de crédit au moment où plusieurs économies régionales restent engagées dans des cycles d’investissement élevés et où l’activité ralentit voire est en contraction. En Arabie saoudite, le coût du capital pèse notamment sur le financement des projets de la Vision 2030. Aux EAU, il affecte les bilans des promoteurs et le refinancement des entreprises, bien que la liquidité domestique demeure soutenue par les dépôts publics, les excédents extérieurs accumulés et la profondeur croissante des marchés financiers locaux.

La résilience constatée ne doit pas masquer une tension de liquidité plus diffuse. La guerre US-Iran a réduit certains flux entrants de dollars et a renchéri le financement externe, alors même que les banques du Golfe doivent accompagner des besoins importants de crédit public et privé. La demande émirienne d’un éventuel filet de sécurité en dollars auprès des États-Unis illustre cette logique de précaution : les discussions autour d’une ligne de swap ne répondent pas à une crise immédiate mais rassurent les marchés sur la capacité des autorités à fournir des dollars au système bancaire en cas de stress prolongé. La solvabilité macroéconomique des pays du GCC reste globalement solide, mais l’attention porte désormais sur la disponibilité de la liquidité en dollars dans un contexte de guerre prolongée, de prix élevé des hydrocarbures et de marchés obligataires sous pression, surtout dans les pays moins dotés en réserves.

À l’inverse, une baisse des taux américains offrirait un soulagement relatif aux économies du Golfe en réduisant le coût du crédit mais pèserait inévitablement sur l’inflation. Cette baisse serait particulièrement favorable aux secteurs intensifs en capital, (i.e. l’immobilier, la logistique, les transports, les utilities ou les giga-projets saoudiens) et pourrait aussi agir favorablement sur les banques en stimulant la demande de crédit et en réduisant les risques de défaut liés au coût du financement. Mais cette détente monétaire interviendrait dans un contexte où l’inflation est déjà orientée à la hausse sous l’effet des prix de l’énergie, des coûts de transport et des perturbations des chaînes d’approvisionnement. Le FMI indique que le choc lié à la guerre au Moyen-Orient a déjà modifié les perspectives d’inflation mondiale, avec un scénario de référence intégrant une hausse de 19 % des prix de l’énergie en 2026 et une inflation globale de 4,4 %. Pour le GCC, une baisse importée des taux pourrait donc soutenir la croissance non pétrolière, mais au prix d’un risque de surchauffe inflationniste, alors que les prix sont déjà en hausse à l’exception des prix contrôlés.

Ce dilemme révèle la limite structurelle du peg au dollar : il stabilise le change, mais réduit l’autonomie monétaire des pays du Golfe, qui n’ont plus la maîtrise de la totalité du policy mix. Ces pays importent une politique de taux adaptée à l’économie américaine, alors que leurs propres cycles dépendent davantage des prix des hydrocarbures, des dépenses publiques, des grands projets d’investissement et de la liquidité souveraine. Le peg expose ainsi les pays du Golfe à un décalage de cycle monétaire. Quand la Fed relève ses taux, les banques centrales du GCC doivent maintenir des conditions de financement élevées pour défendre l’ancrage au dollar, même si cette orientation pèse sur le crédit domestique. À l’inverse, une baisse des taux américains se transmet rapidement aux économies du Golfe et peut raviver les pressions inflationnistes.

La réponse des pays du GCC ne peut dès lors pas reposer uniquement sur les taux. Pour préserver les bénéfices du peg tout en limitant ses effets secondaires, les gouvernements doivent mobiliser d’autres instruments : politique budgétaire plus contracyclique, gestion active des dépôts publics, encadrement du crédit immobilier, exigences macroprudentielles renforcées, surveillance des expositions bancaires aux secteurs cycliques et priorisation plus stricte des projets publics. Dans un environnement où la Fed hésite entre contenir l’inflation et soutenir l’activité aux Etats-Unis, les pays du Golfe doivent surtout éviter que l’importation de la politique monétaire américaine ne se transforme en importation de déséquilibres domestiques.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

 

Pétrole et gaz

Brent 21/5/2026 à 12h00 GST : 105,79 USD/Bbl

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Cette semaine, les prix du pétrole restent installés à des niveaux élevés, le Brent évoluant autour de 110 USD le baril et le WTI autour de 103 USD. Le marché continue d’osciller entre l’espoir d’un accord entre Washington et Téhéran, alimenté par les déclarations de Donald Trump sur une issue rapide au conflit, et le risque d’une reprise des frappes américaines en cas d’échec des discussions. Cette incertitude maintient une forte prime géopolitique, même si le marché semble désormais moins réactif aux menaces militaires tant qu’elles ne se traduisent pas par une détérioration immédiate des flux physiques.

La principale évolution de marché tient essentiellement à l’érosion rapide des stocks disponibles. Le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a averti que les inventaires pétroliers se dégradaient « très vite », alors que le conflit entre dans sa douzième semaine et que la fermeture quasi complète du détroit d’Ormuz continue de peser sur les flux. L’AIE considère déjà que les pertes d’approvisionnement liées à Ormuz entraînent une baisse des stocks mondiaux à un rythme record, réduisant progressivement la capacité du marché à absorber un nouveau choc. Cette dynamique rend le marché plus vulnérable à une rupture additionnelle, d’autant que la baisse des stocks intervient au début de la saison estivale de déplacements et de la saison agricole, avec des effets déjà visibles sur les prix du diesel et des engrais.

La recomposition des flux profite en partie aux producteurs capables d’acheminer davantage de brut hors du Golfe. Les exportations russes sont en hausse grâce à la reprise complète du terminal de Novorossiysk, avec des flux atteignant 3,67 mbj cette semaine. La Russie apparaît comme l’un des rares fournisseurs capables d’apporter des volumes supplémentaires vers l’Asie, alors que la fermeture d’Ormuz a interrompu environ 15 mbpj de flux pétroliers du Golfe, dont seulement un tiers aurait été redirigé par d’autres routes. Cette recomposition est aussi facilitée, à court terme, par la décision américaine de prolonger jusqu’au 17 juin la dérogation autorisant certaines transactions sur du brut et des produits pétroliers russes déjà chargés sur des tankers au 17 avril, afin d’éviter une tension supplémentaire sur les approvisionnements des pays les plus exposés. Les volumes russes en mer ont ainsi augmenté d’environ 20 % en un peu plus d’un mois, à 118 millions de barils, principalement à destination de l’Asie.

Les producteurs du Golfe accélèrent en parallèle leurs stratégies de contournement d’Ormuz. Les Émirats arabes unis prévoient de doubler d’ici 2027 leur capacité d’exportation de brut via Fujairah, hors du détroit, en accélérant la construction d’un nouveau pipeline vers le golfe d’Oman. ADNOC dispose déjà d’une conduite de 1,5 mbpj reliant ses champs à Fujairah, qui a joué un rôle de relais depuis le début du conflit, mais cette capacité reste inférieure à la moitié de ses volumes d’exportation habituels. L’extension de cette infrastructure s’inscrit dans une logique de résilience logistique, mais aussi dans la stratégie de montée des capacités d’ADNOC, qui vise 5 mbpj dès 2027.

Le marché du gaz reste lui aussi durablement fragilisé. Woodside estime que les marchés sous-évaluent la durée du choc sur le GNL, alors que la fermeture du détroit a affecté près d’un cinquième de l’offre mondiale et que les dommages subis par les infrastructures qatariennes pourraient prendre plusieurs années à reprendre leur activité complète. Les prix spot en Asie et en Europe restent plus de 60 % au-dessus de leurs niveaux d’avant-guerre, bien qu’ils aient reflué par rapport aux pics de mars. Cette normalisation partielle des prix reflète l’installation d’un marché contraint, où les acheteurs cherchent à sécuriser des volumes de court terme et à diversifier leurs approvisionnements hors Moyen-Orient.

À court terme, le marché pétrolier reste donc pris entre deux forces opposées. Un accord politique ou une sécurisation militaire partielle du détroit pourrait faire revenir une partie des volumes et peser sur les prix, surtout si le marché considère qu’une fermeture prolongée est déjà intégrée dans les cours. Toutefois, la baisse rapide des stocks, la persistance des tensions logistiques et l’effet retardé sur le diesel, les engrais et le GNL réduisent la probabilité d’un reflux durable. Même en cas de désescalade, le choc d’Ormuz a désormais dépassé le stade d’une perturbation temporaire et commence à s’inscrire dans les anticipations d’inflation.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

 

Brèves économiques 

Arabie saoudite

Macroéconomie & Finance

Assurance export : Saudi EXIM a porté ses facilités de crédit à 3,5 Md USD au T1 2026 — La banque saoudienne Saudi Export-Import Bank (Saudi EXIM) a annoncé avoir accordé 3,52 Md USD (13,23 Md SAR) de facilités de crédit au T1 2026, montant en hausse de 20,8 % par rapport au T1 2025. Les décaissements liés au financement des exportations ont atteint 1,15 Md USD (4,33 Md SAR), contre 4,31 Md SAR un an plus tôt, tandis que les exportations couvertes par l’assurance-crédit ont progressé de 33,9 % pour atteindre 2,37 Md USD (8,9 Md SAR). Depuis sa création, Saudi EXIM indique avoir accordé un total cumulé de 34,5 Md USD (129,5 Md SAR) de facilités de crédit.

Climat des affaires : L’Operating Revenue Index de la General Authority for Statistics en hausse de 10,2 % au mois de mars 2026 — Publié mensuellement, l’Operating Revenue Index mesure l’évolution mensuelle de l’activité et des revenus de plusieurs secteurs économiques clés du Royaume. Cet indice a progressé de 10,2 % en mars 2026 en glissement annuel et de 8,1 % par rapport à février 2026, traduisant une dynamique soutenue de l’activité non pétrolière. Sur un an, la hausse a été portée par le transport et le stockage (+25,8 %), les mines et carrières (+25,5 %) et l’industrie manufacturière (+4 %). En variation mensuelle, la performance a été soutenue notamment par les mines et carrières (+38,6 %), la manufacture (+4,4 %), et les services financiers et d’assurance (+2,6 %).

Aramco affiche un bénéfice net de 33,6 Md USD au T1 2026 porté par la hausse des prix du pétrole — Saudi Aramco a annoncé un bénéfice net ajusté de 33,6 Md USD au premier trimestre 2026, en hausse de 26 % sur un an, soutenu par la hausse des prix du pétrole et l’augmentation des volumes de ventes de brut et de produits raffinés. Le chiffre d’affaires du groupe a progressé de 7 % à 115,49 Md USD, tandis que le bénéfice net s’est établi à 32,04 Md USD contre 25,51 Md USD au T1 2025. Sur une base trimestrielle, le résultat net a bondi de 72,9 % par rapport au T4 2025, porté par l’amélioration des marges et la baisse des coûts opérationnels. Le groupe a généré 30,7 Md USD de flux de trésorerie opérationnels et 18,6 Md USD de free cash-flow.

Energie, Transport & Infrastructure

La startup Pasqal a livré à Aramco le premier ordinateur quantique du Moyen-Orient — Saudi Aramco et la société française Pasqal ont annoncé, lundi 18 mai 2026, la mise en service du premier ordinateur quantique de la région dédié à des applications industrielles, installé dans le centre de données d’Aramco à Dhahran. Le système, basé sur la technologie à atomes neutres, peut contrôler 200 qubits organisés en matrices bidimensionnelles programmables, permettant l’exploration d’algorithmes quantiques avancés et de cas d’usage industriels. Les deux groupes ont également lancé la première plateforme commerciale de “Quantum Computing as a Service” (QCaaS) au Moyen-Orient, offrant un accès cloud sécurisé au matériel quantique. Cette plateforme est ouverte à des organisations externes, notamment des institutions de recherche, des universités et des entreprises, leur permettant d’accéder à l’un des rares ordinateurs quantiques opérationnels au niveau mondial. Wa’ed Ventures, branche de capital-risque d’Aramco, avait réalisé un investissement initial dans Pasqal en janvier 2023 et a accompagné le développement et la localisation des technologies de la société en Arabie saoudite.

La Mecque lance les études de conception de son futur métro — La Commission Royale pour La Mecque et les Lieux Saints a lancé un appel d’offres début mai pour des études de conception initiale du futur réseau de métro de la ville. Le projet prévoit, selon les plans actuels, un réseau de quatre lignes (A à D), comprenant 89 stations et trois dépôts, avec une mise en œuvre par phases entre 2032 et 2045. Le périmètre de l’étude couvre la revue des travaux existants, la conception du réseau, les études d’acquisition foncière et l’intégration des phases futures. La date limite de remise des offres est fixée au 5 août.

Le projet Porta Jeddah attribué à Mobco Civil Construction pour 123 M USD - Saudi Real Estate Company (Al-Akaria), détenue à 65 % par le Public Investment Fund, a attribué à l’entreprise saoudienne Mobco Civil Construction le contrat de construction du complexe immobilier Porta Jeddah, pour un montant de 123 M USD (463 M SAR). Le projet, situé dans le district Al-Nahda à Jeddah, couvre une surface bâtie d’environ 123 000 m² et comprend un hôtel quatre étoiles, des bureaux, des espaces commerciaux, un complexe de loisirs et cinéma ainsi que des infrastructures associées.

Émirats arabes unis

Macroéconomie & Finance

Investcorp Capital, société d’investissement alternatif cotée à Abu Dhabi, a acquis un portefeuille immobilier industriel aux États-Unis valorisé à plus de 200 M USD. Le portefeuille comprend 19 actifs logistiques, représentant environ 1,4 M pi2 , répartis entre Dallas-Fort Worth, Chicago, Indianapolis et Cincinnati. Cette opération fait suite à un autre investissement immobilier américain de 200 M USD dans des actifs de senior living et de logements multifamiliaux en Californie, à New York et dans le New Jersey.

ADGM a enregistré une hausse de 57 % de ses actifs sous gestion au T1 2026 avec un nombre de gestionnaires d’actifs et de fonds en hausse de 24 % à 179. Le nombre de fonds gérés depuis ADGM a augmenté de 43 % à 263, et les gestionnaires implantés cette année représentent collectivement 4 400 Md USD d’actifs mondiaux. Plusieurs grands acteurs se sont récemment implantés à Abu Dhabi, dont Man Group, Barings, Bain Capital, Capital Group, BlackRock, State Street, PGIM et Nuveen. L’écosystème d’ADGM comptait 13 353 licences actives à fin mars, dont 961 nouvelles licences délivrées au premier trimestre, et 3 741 entités opérationnelles, en hausse de 34,5 % sur un an.

Averi Finance, société d’investissement basée à Dubaï, discute d’une introduction à la Bourse de Johannesburg via une fusion inversée avec le groupe minier sud-africain Mantengu. L’opération prévoirait l’émission de 650 M de nouvelles actions, avec une prise de contrôle de 66,7 % du nouvel ensemble par Averi, qui y transférerait son portefeuille de projets dans l’énergie, les renouvelables et les infrastructures numériques.

Les États-Unis ont sanctionné plus de 50 entités liées à l’Iran, dont plusieurs sociétés basées aux Émirats arabes unis, en Chine et à Hong Kong, ainsi que 19 navires impliqués dans le transport de pétrole iranien par la shadow fleet. Les sanctions visent notamment Amin Exchange, bureau de change iranien, et trois sociétés écran liées à ce bureau dont Alieen Goods Wholesalers LLC, Bold Trading FZE et Materium Group FZE, accusés d’avoir facilité plusieurs centaines de millions de dollars de transactions internationales au profit d’acteurs iraniens déjà sanctionnés.

Energie, Transport & Infrastructure

Selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’Energie (AIE), les stocks pétroliers au port de Fujaïrah ont baissé de près de 70 % entre février et début mai, passant de 20 Mb à 6 Mb. Face à la fermeture du détroit d’Ormuz, les EAU ont augmenté leurs exportations depuis le port de Fujaïrah situé sur le Golfe d’Oman qui est passé de 0,4 Mb/j à 2,3 Mb/j, sous l’effet combiné de l’utilisation à pleine capacité du pipeline Habshan (1,8 Mb/j) et de l’exportation d’une partie des stocks situés à Fujaïrah (les stocks ont baissé de 7,5 Mb au mois de mars et 6,4 Mb en avril).

L'Autorité des routes et des transports de Dubaï (RTA) a invité les sociétés de génie civil à manifester leur intérêt pour le contrat de construction de la nouvelle ligne Gold du métro de Dubaï, avec une date limite fixée au 13 juin. La Gold line du métro sera un réseau entièrement souterrain couvrant plus de 42 kilomètres, avec 18 stations et augmentera de 35 % la longueur totale du réseau du métro de Dubaï. La Gold line reliera Al-Ghubaiba (Bur Dubai) à Jumeirah Golf Estates, en se connectant aux lignes Rouge et Verte existantes ainsi qu'à Etihad Rail. Le projet représente un investissement de 9,2 Md USD, avec une livraison prévue en septembre 2032.

ADNOC a annoncé que le 2nd pipeline reliant Jebel Dhanna à Fujaïrah est déjà achevé à près de 50 % et sera mis en service en 2027 et permettra de doubler la capacité d’exportation pétrolière de Fujaïrah à 3 Mbp/j, contre 1,5 Mbp/j à ce jour.  Suite à la sortie de l’OPEP annoncée le 28 avril dernier, les autorités émiriennes visent une capacité d’exportation de 5 Mbp/j d’ici 2027.

Le Département de la culture et du tourisme d'Abu Dhabi (DCT) et Sphere Entertainment Co. ont annoncé la construction de la Sphère Abu Dhabi sur l'île de Yas, avec un investissement de 1,7 Md USD. Prévu pour fin 2029, le complexe pourra accueillir jusqu'à 20 000 spectateurs et proposera trois types d'événements : expériences immersives multisensorielles, concerts, et événements sportifs ou professionnels. Implanté entre le Yas Mall et SeaWorld Abu Dhabi, la Sphère Abu Dhabi s'inscrit dans une vision plus large de faire de l'île de Yas une destination événementielle mondiale.

Qatar

Le Qatar a participé à la 5e édition de la conférence internationale « No Money for Terror », organisée à Paris en marge de la Présidence française du G7 (PFG7), avec une délégation conduite par le ministre des Finances, Ali bin Ahmed Al Kuwari. Doha y a réaffirmé son soutien aux efforts internationaux de lutte contre le financement du terrorisme et au renforcement de l’intégrité du système financier mondial, ainsi que l’importance de la coopération internationale face aux défis émergents liés aux technologies et aux actifs virtuels.

A l’occasion de sa visite à Paris, le ministre des Finances du Qatar, Ali bin Ahmed Al Kuwari, a rencontré plusieurs dirigeants politiques et économiques, notamment son homologue français, Roland Lescure, le secrétaire général de l’Élysée, Pierre-André Imbert, les dirigeants de BNP Paribas et de Société Générale, ainsi que les membres de l’association économique Qatar-France (Qadran). Le ministre a enfin participé à une réunion ministérielle du G7 à Paris, tenue sous le thème « les défis de l’économie mondiale ».

Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a visité le projet Golden Pass LNG de QatarEnergy (QE) à Sabine Pass, au Texas. La visite a inclus une tournée des installations du projet et a mis en avant le rôle croissant du gaz naturel liquéfié (GNL) dans le soutien à la croissance économique mondiale et à la sécurité énergétique. Le communiqué souligne également l’importance du partenariat entre le Qatar et les États-Unis dans ce domaine.

Le Qatar Science & Technology Park (QSTP), membre de Qatar Foundation (QF), a annoncé le lancement d’un fonds de capital-risque dans la tech de 30 M USD, en partenariat avec d’autres fonds. Le fonds cible des startups deep tech en phase précoce basées au Qatar et opérant dans des technologies à fort impact social ou climatique. Il investira notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle (IA), de la robotique, de la biotechnologie, des matériaux avancés et des technologies propres.

 

Koweït

En voiture ! Le Koweït approuve le tracé du train express le reliant à Riyadh. Le Conseil municipal a approuvé le tracé pour la partie koweïtienne d'une voie ferrée à grande vitesse qui reliera le Koweït à la capitale saoudienne. Le tronçon s'étendrait sur 85 kms des frontières sud-ouest avec l'Arabie saoudite jusqu'à la région de Shadadiya près de la nouvelle université. Les travaux pourraient commencer plus tard cette année et la ligne mise en service en 2030. Des motrices roulant à 300 km/h permettraient de couvrir en moins de deux heures les 500 kms qui séparent l’émirat de Riyadh trois fois par jour Le Koweït travaille également à la complétion de la liaison intra-CCG qui relierait les 6 Etats sur 2.200 kms.

La Cour des comptes jette un froid chez les gestionnaires de fonds gelés. Le Chef du « Bureau d’audit de l’Etat » vient de publier une décision précisant les responsabilités des fiduciaires de fonds gelés. Le texte dispose notamment que les fiduciaires ne peuvent gérer librement les fonds gelés et doivent choisir des placements « raisonnables » garantissant leur capacité à restituer les avoirs dont ils ont la garde si la justice adopte une décision en ce sens. Le texte interdit également au fiduciaire d’entrer en relation avec toute personne ou entité dont les fonds ont été saisis. Celui-ci doit également référer au Ministre de la justice toute requête externe concernant les avoirs gelés et lui remettre un rapport d’activité semestriel. (Ndlr : le « State audit Bureau » est une sorte de Cour des comptes disposant d’un pouvoir d’injonction. Il contrôle également les attributions des marchés publics qui sont soumis à son approbation).

Dans le radar koweïtien en juin : le marché des opérations du nouveau T2 de l’aéroport. Bien que l’aéroport de Koweït et l’espace aérien aient été affectés par le conflit, l’agence pour la gestion des marchés publics (CAPT) a confirmé la date limite du 2 juin pour la soumission des offres pour l'exploitation, la gestion, l'amélioration de la formation, de l'entretien et du développement des services dans le nouveau terminal passager (T2, en cours de construction par le turc Limak) de l'aéroport international du Koweït. Ce marché, qui devrait être attribué pour une période de 10 ans, englobe également les zones de stationnement des aéronefs ainsi que l'exploitation, l'entretien et la gestion du modèle aéroportuaire.

Au Koweït, le FMI broie du noir. Le centre d’économie et de finance du Moyen-Orient du FMI, basé à Koweït, a averti que la guerre au Moyen-Orient s’était transformée. D’une crise géopolitique elle était devenue un « choc économique prolongé ». Au-delà des bouleversements dans la production (et les exportations) d’hydrocarbures entraînées par la fermeture de détroit, le conflit a causé une perturbation généralisée des marchés de l’énergie et des chaînes d’approvisionnement. La très forte baisse de la fréquentation touristique a accentué la crise, le tourisme étant devenu un des moteurs de la diversification. La forte dépendance aux importations accroît l’insécurité alimentaire des états les plus enclavés ou les plus pauvres. Enfin, les états sont confrontés au dilemme les obligeant à choisir entre soutenir la croissance, contenir l’inflation ou stabiliser les finances publiques. Dans ce contexte sensible, le FMI anticipe désormais une contraction de l’économie koweïtienne d’au moins 6,4% alors qu’en début d’année il tablait sur une croissance supérieure à 2,5%.

Les projets de Capex se maintiennent dans le « pipeline ». L’économiste et ancien conseiller du Ministre des finances, Mohammed Ramadan considère que l’arrêt de la production pétrolière ne devrait pas créer de « défi financier majeur ». Pour arriver à cette conclusion il part du constat que les réserves financières du Koweït lui permettraient de soutenir l’inactivité durablement sans dépendre du secteur pétrolier et souligne une sous-consommation chronique des enveloppes budgétées (60% pour l’exercice précédent : 1,3 Mds KWD budgétés, 800 M KWD engagés). Il rappelle également l’autorisation récente permettant au Ministère des finances d’emprunter sur les marchés jusqu’à 30 Mds KWD. Ramadan considère que la décision de maintenir le niveau de capex budgété envoie un signal positif dans le contexte géopolitique volatil actuel. Enfin, il estime que la priorité absolue devrait être donnée à l’établissement de pipelines reliant les champs/raffineries locaux à l’Arabie saoudite.

 

Oman

Les résultats budgétaires du T1 2026, publiés par le ministère des Finances, confirment une amélioration significative de la position des finances publiques omanaises. Le déficit budgétaire recule de plus de 80 % en g.a., en dépit d’un prix moyen du pétrole sur la période en baisse à 64 USD/b, contre 73 USD/b au T1 2025. Cette évolution est portée en majeure partie par la hausse de la production pétrolière (+7 %, au-delà de 1 Mbj), la progression marquée des recettes gazières (+36 %), ainsi que l’amélioration des recettes non pétrolières (fiscalité). Malgré une augmentation des dépenses d’environ 10 %, la croissance des recettes demeure nettement supérieure, entraînant un resserrement substantiel du déficit. Il convient toutefois de noter que ces données n’intègrent pas encore les effets de la hausse récente des cours pétroliers liée aux tensions régionales, compte tenu du décalage structurel de trois mois dans le cycle de valorisation et de comptabilisation du brut omanais. Leur impact devrait ainsi apparaître à partir du T2 2026. Sous réserve de la persistance des niveaux actuels de prix, l’exercice 2026 pourrait se traduire par un retour à une position excédentaire, offrant des marges budgétaires particulièrement confortables en matière de désendettement, de soutien à la croissance et de renforcement des dispositifs sociaux, dans un cadre de discipline budgétaire désormais structurellement ancré. Cette aubaine sera toutefois tempérée par les mesures de subventions nécessaires pour limiter les effets de l’inflation et le potentiel ralentissement de certains secteurs en raison de la guerre.

Le fonds souverain omanais Oman Investment Authority (OIA) affiche en 2025 une performance globalement robuste, avec un rendement moyen sur cinq ans de 10,4 %, la classant 3ème mondial parmi les fonds souverains et 1er sur les investissements en marchés publics. Les actifs atteignent environ 23 Mds OMR (59,8 Mds USD), pour une exécution des objectifs estimée à 105 %. Au-delà des performances financières, l’élément structurant demeure son rôle budgétaire et économique croissant : 800 M OMR (2,08 Mds USD) versés au budget de l’État et 2,4 Mds OMR (6,24 Mds USD) d’investissements domestiques, dans un portefeuille national de 13,09 Mds OMR (34,0 Mds USD) concentrant les entreprises publiques. Ce dernier affiche un rendement de 15,9 %, confirmant l’amélioration de la rentabilité du secteur parapublic. Le portefeuille international (8,57 Mds OMR / 22,3 Mds USD), réparti sur 52 pays, et le programme de désinvestissement (2,8 Mds OMR / 7,3 Mds USD depuis 2022) traduisent quant à eux une logique de rotation active du capital. Enfin, le Future Fund Oman (capital de 2 Mds OMR / 5,2 Mds USD) a, pour sa part, approuvé environ 1,7 Md OMR (4,4 Mds USD) de projets en 2025, confirmant son rôle désiré de catalyseur d’investissement. Au-delà des chiffres, la dynamique confirme surtout une évolution de nature : l’OIA n’est plus uniquement un investisseur souverain, mais un mécanisme central d’allocation du capital public et de transformation du modèle économique omanais. Si la trajectoire reste solide, elle demeure néanmoins exposée à deux variables clés : la capacité d’exécution des investissements domestiques et la dépendance aux cycles des marchés internationaux.

Le Gulf Mercantile Exchange (GME) a enregistré durant la semaine du 11 mai 2026 un volume record de 69 052 contrats échangés, soit l’équivalent de 69 M de barils de brut omanais, constituant la semaine la plus active depuis la création de la plateforme il y a vingt ans. Ce pic d’activité semble principalement refléter une hausse des besoins de couverture et de gestion du risque des acteurs énergétiques dans un environnement de forte incertitude régionale. S’il confirme le rôle établi du contrat Oman Crude comme référence régionale pour une partie des flux pétroliers à destination de l’Asie, il demeure encore trop tôt pour y voir une évolution structurelle durable du système mondial de benchmark pétrolier.

Les autorités omanaises ont officiellement lancé en mai 2026 le Greater Muscat Structure Plan, principal document de planification urbaine de la capitale à horizon 2040, dans le cadre de la National Urban Development Strategy approuvée par le Sultan en 2021. Le projet vise à accompagner la croissance démographique et économique de Mascate tout en renforçant la résilience climatique et la diversification économique du Sultanat. Le plan s’articule autour de cinq axes stratégiques : verdissement urbain, mobilité intégrée, développement économique, amélioration du cadre de vie et résilience environnementale. Parmi les objectifs structurants figurent la création d’un réseau de métro léger de 55 km, le développement de 313 000 logements supplémentaires, l’activation de nouveaux fronts de mer, ainsi qu’une réduction ciblée de 90 % des émissions carbone à horizon 2040. Les autorités ambitionnent également de renforcer le rôle de Mascate dans l’économie non pétrolière nationale via le développement de quinze clusters économiques spécialisés. Au-delà de la dimension urbanistique, ce document traduit une volonté croissante de structuration territoriale et de planification intégrée du développement omanais. La mise en œuvre effective des projets annoncés dépendra toutefois fortement des capacités de financement, de l’exécution institutionnelle et de l’attractivité réelle des investissements privés dans un contexte budgétaire encore contraint malgré l’amélioration récente des finances publiques.