L’eau, une ressource stratégique en crise

ÉDITORIAL | QUE D’EAU, PEU D’EAU ! UN DÉFI COMMUN, UNE OPPORTUNITÉ PARTAGÉE

« Que d’eau, que d’eau ! » s’exclama, dit-on, le président de la République Mac Mahon face à la crue de la Garonne en 1875. Un siècle et demi plus tard, la formule résonne autrement : non plus comme l’expression d’un excès ponctuel, mais comme le reflet d’un déséquilibre global. Car, aujourd’hui, l’eau est à la fois trop abondante ici, insuffisante là, mal répartie, mal utilisée – et de plus en plus stratégique partout.

Ce numéro a été exceptionnellement réalisé en collaboration avec les services économiques de Tbilissi, Bakou, Tachkent et Astana, afin de proposer une lecture allant de la Turquie à l’Asie centrale en passant par le Caucase et les rives de la Caspienne. Dans ce vaste ensemble géographique, les tensions hydriques s’intensifient sous l’effet combiné du changement climatique, de la croissance démographique et urbaine et d’infrastructures insuffisantes ou obsolètes. Partout, un constat s’impose : la gestion de l’eau est devenue un enjeu structurant de développement, de stabilité et de souveraineté. Cette dynamique se décline différemment selon les pays, entre abondance mal valorisée, dépendance aux ressources transfrontalières ou stress hydrique structurel, mais révèle partout les limites de modèles de gestion hérités du XXe siècle.

Dans ce contexte, la France dispose d’atouts reconnus. Son expertise en matière de gestion intégrée de la ressource, d’ingénierie hydraulique, de traitement et de réutilisation des eaux, ou encore de gouvernance des services publics, constitue un levier concret pour accompagner les transitions en cours. Cette expertise n’est pas seulement technique : elle est aussi institutionnelle, économique et territoriale.

C’est dans cet esprit que les ministres turc et français en charge du Commerce extérieur sont convenus de la tenue d’un forum d’affaires consacré aux enjeux de l’eau, au second semestre 2026. Ce rendez-vous réunira entreprises, institutions, bailleurs et acteurs publics autour d’un objectif commun : mettre en commun nos savoir-faire pour répondre aux défis croissants de la Turquie, dans une logique de partenariat face à un environnement incertain.

Les choix qui seront faits aujourd’hui détermineront les trajectoires de demain. Ils appellent des réponses à la fois locales et collectives, pragmatiques et ambitieuses. Plus que jamais, il s’agit non seulement de gérer l’eau, mais de penser son avenir.