Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

100 milliards de dollars au soleil 

Abou Dabi accélère la structuration de sa filière renouvelable autour de Masdar. L’entreprise émirienne a signé un accord-cadre avec l’Abu Dhabi Water and Electricity Authority et Emirates Water and Electricity Company lors de la conférence Make it in the Emirates, afin de devenir le développeur prioritaire des grands projets solaires de l’émirat. L’objectif est ambitieux, avec une capacité solaire photovoltaïque appelée à atteindre 30 GW d’ici 2035, contre environ 3,7 GW aujourd’hui. Derrière cette cible, Abou Dabi cherche à s’inscrire dans une stratégie plus large de sécurisation de l’approvisionnement électrique et à adapter son système électrique à une demande appelée à croître rapidement. Le cadre institutionnel retenu est celui du modèle IPP (Independent Power Producer), dans lequel l'État, via EWEC, conserve 60 % du capital de chaque projet, les consortiums privés se partageant les 40 % restants.

Cette trajectoire s’appuie sur une base déjà significative. Abu Dhabi dispose aujourd’hui de deux grands actifs solaires, Noor Abu Dhabi (1,177 GW, en service depuis 2019) et Al Dhafra Solar PV (2 GW, inauguré en novembre 2023), auxquels doivent s’ajouter les projets Al Ajban et Al Khazna, chacun d’une capacité de 1,5 GW. Leur mise en service attendue d’ici la fin de la décennie porterait la capacité solaire installée de l’émirat à environ 7 GW. Le rythme reste toutefois insuffisant pour atteindre la cible de 2035, ce qui explique le rôle renforcé confié à Masdar dans le développement et l’exécution des prochains projets.

Cet engouement répond à une contrainte de demande : la consommation d’électricité progresse avec l’essor industriel, la croissance urbaine et le développement de secteurs très intensifs en énergie, notamment les centres de données et l’intelligence artificielle. Selon Wood Mackenzie, les centres de données ont consommé environ 3 TWh aux EAU en 2025, soit approximativement 2 % d'une demande nationale totale de 173 TWh, une part appelée à doubler d'ici 2030 avec l'accélération de l'adoption de l'IA. Le lancement de Stargate UAE, coentreprise entre Microsoft et G42 dotée de 1,5 Md USD, illustre concrètement l'ampleur des besoins en infrastructure numérique à venir pour le seul émirat d'Abou Dabi. La demande d'électricité aux EAU devrait atteindre 225 TWh d'ici 2040, soit une hausse de près de 30 % par rapport au niveau actuel. Dans ce contexte, le solaire devient un outil de compétitivité autant qu’un levier de transition. La baisse des coûts de production renforce cette trajectoire : le coût du solaire PV aux EAU (2.94 US cents per KWh pour Noor Abu Dhabi contre 4 à 6 US cents per kWh pour une installation thermique typique) est aujourd’hui extrêmement compétitif. Elle ne suffit toutefois pas à elle seule à garantir la sécurité du système électrique. L’enjeu se déplace désormais vers la capacité à intégrer une production intermittente dans un réseau appelé à absorber des volumes beaucoup plus importants d’électricité renouvelable.

C’est tout l’intérêt du projet « round-the-clock », qui associe 5,2 GW de solaire photovoltaïque à 19 GWh de stockage par batteries. L’ambition est de produire une électricité renouvelable plus régulière, à un coût de production estimé par l'IRENA à environ 70 USD/MWh pour ce projet, soit un niveau jugé compétitif avec la production gazière. Pour Abu Dhabi, l’enjeu est de répondre aux besoins du réseau au-delà des seules heures d’ensoleillement. La viabilité de la stratégie solaire émirienne dépendra largement de cette capacité à traiter le stockage comme une infrastructure essentielle, et non comme un complément technologique.

Cette stratégie consolide également le positionnement international de Masdar. L’entreprise revendique désormais un portefeuille mondial d’environ 65 GW de capacités renouvelables fin 2025, dont 45 GW opérationnels, en construction ou engagés, et 20 GW en pipeline avancé, la plaçant aux deux tiers de son objectif de 100 GW pour 2030. Pour financer cette prochaine phase, Masdar prévoit de déployer entre 30 et 35 Md USD en fonds propres et financements de projets d'ici 2030, soit un rythme moyen de 10 GW par an. L'entreprise a par ailleurs renforcé son bilan en 2025 par l'émission d'un troisième green bond, portant le total de ses émissions obligataires vertes à environ 2,75 Md USD. En avril 2026, Masdar a annoncé la création d'une coentreprise à parité avec TotalEnergies, valorisée à 2,2 Md USD, pour consolider leurs actifs renouvelables terrestres dans neuf pays d'Asie.

En devenant l’acteur central du déploiement solaire domestique, Masdar articule ainsi deux priorités : soutenir la transition énergétique interne d’Abu Dhabi et renforcer sa crédibilité comme développeur global de projets bas-carbone. Le virage solaire d’Abu Dhabi repose donc sur son adaptation progressive à une économie plus électrifiée, plus intensive en données et plus exigeante en matière de sécurité d’approvisionnement.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

 

Pétrole et gaz

Brent 15/5/2026 à 12h00 GST : 107,76 USD/Bbl

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Cette semaine, les prix du pétrole ont poursuivi leur hausse, portés par l’impasse persistante des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran, et la tentative de D.Trump et X. Jinping de replacer l’énergie au cœur du dialogue sino-américain. Le Brent s’est échangé autour de 107 USD le baril, en hausse d’environ 6 % sur la semaine et le WTI évoluait au-dessus de 102 USD. La rencontre entre les deux dirigeants à Pékin n’a pas dissipé l’incertitude sur l’issue de la guerre ni sur la réouverture effective du détroit d’Ormuz.

Le sommet Trump-Xi a mis en évidence une convergence autour de la nécessité de maintenir ouvert le détroit d’Ormuz, sans pour autant déboucher sur un signal clair de désescalade. Washington affirme que Pékin serait prêt à acheter davantage de pétrole américain afin de réduire sa dépendance au Golfe. La Chine, premier importateur mondial de pétrole et de gaz, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement dans un contexte où les barils du Golfe sont devenues plus incertains. Les États-Unis, devenus premier producteur mondial de pétrole et de gaz, apparaissent de plus en plus comme fournisseur de dernier ressort, au moment même où la fermeture d’Ormuz a privé le monde de près d’un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de GNL.

Cette diplomatie énergétique reste toutefois contrainte par les sanctions américaines. À quelques jours de la rencontre à Pékin, le Trésor américain a sanctionné une douzaine d’entités et d’individus accusés de faciliter la vente de pétrole iranien à la Chine, dont certaines structures basées à Hong Kong, aux Émirats arabes unis et à Oman. D’un côté, les États-Unis cherchent à maintenir suffisamment de barils sur le marché pour éviter une flambée incontrôlée des prix. De l’autre, ils resserrent la pression sur les circuits de commercialisation du pétrole iranien afin de contraindre Téhéran à faire plus de concessions lors les négociations. Cette tension explique en partie la volatilité actuelle du marché, pris entre la recherche d’un compromis diplomatique et la matérialité d’un choc d’offre toujours plus profond.

Le choc physique reste considérable. Selon l’Energy Information Administration (EIA), les flux de pétrole brut et de produits péswtroliers transitant par le détroit d’Ormuz sont en baisse de près de 6 mbpj au premier trimestre, atteignant 14,6 mbpj contre 20,4 mbpj un an plus tôt. L’International Energy Agency (IEA) estime de son côté que les stocks mondiaux ont chuté au rythme record d’environ 4 mbpj en mars et avril, et que le marché resterait « sévèrement sous-approvisionné » jusqu’en octobre même en cas de résolution du conflit le mois prochain. Ce choc a aussi effacé l’excédent mondial attendu en début d’année. La contraction de l’offre touche directement les producteurs du Golfe. L’Arabie saoudite a indiqué à l’OPEP que sa production avait atteint 6,3 mbpj en avril, son plus bas niveau depuis 1990. La production koweïtienne aurait également été réduite de moitié. Les itinéraires alternatifs, notamment vers la mer Rouge pour l’Arabie saoudite ou via Fujairah pour une partie des exportations émiriennes, atténuent le choc sans pouvoir le compenser.

Les exportations américaines de kérosène ont atteint un record de 455 000 bpj la semaine dernière, les raffineurs américains tentant de combler les ruptures d’approvisionnement en Europe et en Asie. Les prix du jet fuel sont en hausse de 61 % à Singapour et de 59 % en Europe depuis le début du conflit, alimentant une pression directe sur les compagnies aériennes. La hausse de la production américaine, atteignant 2 mbpj, pourrait progressivement soulager le marché, mais les stocks européens restent vulnérables.

Dans ce contexte, l’Inde a demandé aux États-Unis une extension de la dérogation permettant l’achat de pétrole russe déjà chargé, alors que l’autorisation actuelle expire le 16 mai. Les raffineurs indiens ont accéléré leurs achats en amont de l’échéance, avec des flux de pétrole russe atteignant un niveau inédit de 2,3 mbpj début mai selon Kpler. Dans un marché où le détroit d’Ormuz reste quasiment fermé, les barils russes constituent un amortisseur essentiel face à la hausse des coûts énergétiques.

La crise énergétique devient aussi une crise de change pour les économies importatrices. Les premières victimes sont les économies asiatiques et émergentes fortement dépendantes des importations d’énergie. La livre égyptienne, le peso philippin, le won sud-coréen ou le baht thaïlandais figurent parmi les devises les plus fragilisées depuis le début de la guerre. Les gouvernements importateurs mobilisent déjà leurs amortisseurs budgétaires et financiers, en réduisant certaines taxes, en maintenant des subventions aux carburants ou en puisant dans leurs réserves de change. Cette stratégie permet d’atténuer le choc social à court terme, mais elle dégrade les marges de manœuvre budgétaires et extérieures. En Inde, Narendra Modi a appelé les ménages à limiter leur consommation de carburants afin de préserver les devises. En Turquie et en Indonésie, la pression sur les réserves et les monnaies illustre déjà la transmission du choc pétrolier au compte courant.

À court terme, le marché reste donc suspendu à trois variables : i) la réouverture effective d’Ormuz, qui ne pourra être immédiate même en cas d’accord diplomatique ii) la capacité des producteurs hors Golfe, notamment les États-Unis, le Brésil, le Canada et le Venezuela, à rediriger davantage de barils vers l’Asie et iii) la réaction des grands importateurs, dont la fragilité financière pourrait amplifier le choc énergétique par le canal des devises. Tant que l’impasse iranienne persiste, le pétrole ne se négocie plus seulement comme une matière première. Il devient un indicateur avancé du risque géopolitique, de l’inflation mondiale et de la fragilité financière des économies importatrices.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

 

Brèves économiques 

Émirats arabes unis

Macroéconomie & Finance

Le fonds souverain d'Abu Dhabi L'imad et Adnoc ont rejoint un consortium d’investisseurs comprenant notamment Global Infrastructure Partners (GIP), BlackRock et Temasek (Singapour), destiné à réaliser des investissements dans les infrastructures à hauteur de 30 Md USD dans la région du Golfe et en Asie centrale. Les secteurs prioritaires sont les suivants : l'énergie, les transports, la logistique, le numérique, l'eau et la gestion des déchets. Cette initiative intervient quelques jours après le lancement par Abu Dhabi de projets de partenariat public-privé d’une valeur de 55 milliards de dirhams (15 Md USD) visant à stimuler des développements majeurs dans les secteurs des transports, des infrastructures et des services sociaux.

Mubadala Energy va financer en fonds propres le projet Commonwealth LNG en Louisiane, une usine d’exportation de GNL de 13 Md USD, dont 9,75 Md USD de financement de projet, avec une mise en service prévue d’ici 2030. Le terminal aura une capacité de 9,5 Mt/an, soit environ 7 % de la production actuelle américaine de GNL, et bénéficie déjà de contrats d’achat avec Glencore, Mercuria, Saudi Aramco, EQT et Petronas. Mubadala détenait déjà 24 % de Caturus, la société de Kimmeridge portant le projet, aux côtés d’autres investisseurs comme BlackRock, CPPIB, Ares et EOC Partners.

Dubai Holding (contrôlée par Al Maktoum) a acquis auprès de l’Investment Corporation of Dubai (ICD) une participation de 22,27 % dans Emaar Properties, valorisée à 6,5 Md USD, portant sa détention totale à 29,73 % et en faisant le premier actionnaire du promoteur.

Les reports de prêts accordés dans le cadre du dispositif d’urgence de la Banque centrale des Émirats ont atteint 6,2 Md AED, soit 1,7 Md USD, depuis le lancement du paquet en mars en réponse au conflit avec l’Iran. Plus de 60 000 particuliers, 4 300 PME et près de 500 entreprises en ont bénéficié, principalement dans les secteurs du transport, de l’hôtellerie et du divertissement, tandis que les actifs bancaires sont en hausse de 2,1 %, les prêts de 3,2 % et les dépôts de 1,9 % entre le 1er mars et le 1er mai.

Environ 10 % des promoteurs/investisseurs immobiliers à Dubaï ont réduit leurs prix depuis le début de la guerre avec l’Iran, avec un total de 1,7 Md AED de baisses sur plus de 2 800 biens. Les ventes résidentielles ont baissé de près de 20 % en mars, à 37 Md AED, leur plus forte baisse mensuelle depuis la pandémie, tandis que certaines annonces affichent des décotes de 10 % à 50 %, notamment dans l’off-plan et sur des biens revendus avant livraison.

Energie, Transport & Infrastructure

D’après ADNOC Gas, la principale usine de traitement gazier des Émirats arabes unis (Habshan), touchée deux fois début avril pendant la guerre avec l’Iran, fonctionne actuellement à environ 60 % de sa capacité, avec un objectif de 80 % fin 2026 et un retour à pleine capacité en 2027. La division gazière d’ADNOC a vu ses revenus chuter de près de 20 % au premier trimestre, à 5 Md USD, en raison du conflit avec l’Iran et de la fermeture du détroit d’Hormuz. ADNOC Gas prévoit une chute de 20 à 30 % de ses revenus sur l’année 2026, estimés entre 3,5 Md USD et 4 Md USD en 2026, contre 5,2 Md USD en 2025.

Dubai Taxi Company (DTC) a annoncé l’acquisition de National Taxi pour 1,45 Md AED (390 M USD). Cette opération portera la flotte combinée à plus de 14 000 véhicules, fera passer la part de marché de DTC à Dubaï de 47 % à 59 %, et permettra à DTC d’établir sa présence à Abu Dhabi (12 % de parts de marché). La marque National Taxi sera conservée, et la transaction devrait être finalisée au début du troisième trimestre 2026.

AD Ports Group a annoncé une hausse de son bénéfice net de 41 % à 653 Md AED (177 M USD) et un chiffre d'affaires en progression de 25 % à 5,8 Md AED (1,58 Md USD) sur le 1er trimestre 2026 par rapport au Q1 2025. Malgré le conflit, le groupe a assuré la continuité de ses opérations en mettant en place un corridor terrestre pour acheminer les marchandises depuis Fujaïrah et Khor Fakkan, via des couloirs douaniers traversant les Émirats arabes unis, jusqu’aux ports de Khalifa, de Jebel Ali et de Sharjah, en mobilisant 800 camions et quatre nouvelles liaisons quotidiennes d’Etihad Rail. AD Ports a également lancé des nouvelles lignes de services maritimes afin de relier les ports d'Inde, du Pakistan et d'Oman.

L’Abu Dhabi Investment Office et Abu Dhabi Projects and Infrastructure Centre (Adpic) ont annoncé un programme d’investissements de 55 Md AED (15 Md USD) sous forme de partenariats public-privé portant sur 24 projets d'infrastructure pour 2026-2027, la veille du lancement du Abu Dhabi Infrastructure Summit (ADIS - organisé du 12 au 14 mai). Les investissements seront alloués comme suit : 35 Md AED (10 Md USD) pour 11 grands projets routiers (modernisation de routes, création de tunnels, amélioration du réseau), 11 Md AED (3 Md USD) pour des projets dans le secteur de l’eau (construction de barrages, de stockage d’eau, de systèmes de contrôle des inondations), 9 Md AED (2 Md USD) pour huit projets d'infrastructures sociales (installations sportives, établissements de santé, écoles et universités). Durant le discours d’ouverture d’ADIS, le ministre de l’Energie et des Infrastructures Suhail Mohamed Al Mazrouei a annoncé que les investissements futurs réalisés par Abu Dhabi représenteront plus de la moitié des investissements du pays, symbole du renforcement de l’Emirat d’Abu Dhabi au sein de la fédération.

Qatar

QatarEnergy (QE) a signé un protocole d’accord avec TotalEnergies, ConocoPhillips et la Syrian Petroleum Company (SPC) portant sur l’exploration pétrolière et gazière offshore en Syrie. L’accord prévoit une évaluation technique du bloc offshore n°3, situé au large de Lattaquié en Méditerranée, ainsi qu’un cadre de discussions commerciales et techniques entre les parties.

Un méthanier transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar a passé le détroit d’Ormuz, le premier depuis le début de la crise. Le méthanier, dénommé « Al Kharaitiyat », aurait passé le détroit le 9 mai et serait en direction du Pakistan. Un autre navire aurait cependant fait demi-tour le 11 mai après s’être approché du détroit. Par ailleurs, le Qatar demanderait aux méthaniers présents dans ses eaux territoriales d’éteindre leur transpondeur, sans que l’information ait été confirmée par QatarEnergy.

La société qatarienne Baladna et le groupe émirien Al Dahra ont signé un protocole d’accord visant à soutenir l’expansion internationale de Balada, notamment en Syrie. L’accord prévoit une coopération dans la gestion de plateformes agricoles, la production et la fourniture de matières premières agricoles (notamment des céréales et des intrants pour l’alimentation animale), ainsi que l’optimisation des chaînes d’approvisionnement pour les opérations de Baladna à l’international.

Le Qatar Investment Authority (QIA) a annoncé étendre son partenariat avec la société de capital investissement américaine General Atlantic. La QIA a promis un engagement de 500 M USD pour renforcer son partenariat avec le fonds américain, incluant des investissements conjoints et des programmes de développement des compétences. Le président et Directeur général (DG) de General Atlantic, William Ford, a également rencontré au cours de sa visite au Qatar le ministre des Finances, Ali bin Ahmed Al Kuwari et le gouverneur de la Banque centrale du Qatar, Cheikh Bandar Al-Thani.

Le gouverneur de la Banque centrale du Qatar (QCB), Cheikh Bandar bin Mohammed bin Saoud Al-Thani, a rencontré Adebayo Ogunlesi, le fondateur de Global Infrastructure Partners (GIP), filiale de BlackRock, afin de discuter des développements récents des marchés financiers mondiaux et des perspectives d’investissement. Pour rappel, GIP avait ouvert un bureau régional à Doha en 2025 dans le cadre du programme fonds de fonds de la QIA.

 

Koweït

T1 2026 : le résultat net de Jazeera Airways atterrit. La compagnie aérienne low-cost koweïtienne a enregistré un CA en retrait de 15,8% à 45,1 M KD (146 M USD) pour le premier trimestre 2026. Ses résultats sont en net recul, la compagnie annonçant une perte de 1,1 M KD (3,6 M USD) contre un bénéfice de net de 4,7 M KD (15,2 M USD). Le nombre de passagers transportés décroit de 25,6% à 925.500. Ces résultats doivent être évalués à l’aune de la fermeture de l’espace aérien pendant tout le mois de mars (au total les vols passagers au départ de Koweït ont été suspendus 57 jours). Le taux de remplissage a augmenté de 2,3 points de, passant de 78,7 à 81,0, reflétant la demande soutenue de destinations clés à travers le réseau, tandis que la part de marché du transporteur est restée stable à 31%.

Le Koweït « privatise » sa dette souveraine. L’émirat vient de placer 2 Mds USD d’obligations auprès d’investisseurs privés. Cette émission marque un tournant : le Koweït passe des émissions obligataires publiques traditionnelles sur les marchés internationaux à un placement privé destiné à des investisseurs institutionnels sélectionnés. Cette approche reflète une stratégie de financement plus tactique, adaptée aux conditions géopolitiques et économiques actuelles de la région. Depuis le milieu de l'année 2025, le montant total des émissions internationales du Koweït s'élève à environ 13,25 Mds USD, auxquels s'ajoutent quelques 3 Mds KD (environ 9,75 Mds USD) d'émissions sur le marché intérieur.

Le train Koweït-Riyadh sur les rails ? La commission technique du Conseil municipal du Koweït a approuvé l'attribution des terrains et le droit de passage pour la liaison ferroviaire entre le Koweït et l'Arabie saoudite. Le projet s'inscrit dans le cadre du programme ferroviaire intégré de transport de passagers et de marchandises reliant les États membres du CCG. L’approbation du tracé au Koweït fait suite à l'appel d'offres lancé le 7 mai par les Chemins de fer saoudiens (SAR) pour des services de conseil en conception concernant le tronçon saoudien de la ligne ferroviaire du CCG (date limite de soumission de dépôt des offres est fixée au 30 juin 2026).

Le solaire va briller en juin… Le Koweït devrait annoncer en juin le nom de l'adjudicataire du projet photovoltaïque « Al Dibdibah Power and Al Shagaya Renewable Energy - Phase III - Zone 1 », d'une puissance de 1,1 gigawatt (GW). En juin 2025, l'Autorité koweïtienne pour les projets de partenariat (KAPP) avait lancé un appel d'offres. In fine, seuls trois des neuf soumissionnaires présélectionnés – à savoir les consortiums dirigés par ACWA, Masdar et EDF Renewables.

La propriété intellectuelle, ça rapporte ! Les services liés à la propriété intellectuelle au Koweït connaissent une croissance rapide : dans une déclaration faite lundi à l'Agence de presse du Koweït (KUNA), La sous-secrétaire par intérim du ministère du Commerce et de l'Industrie, Marwa Al-Jaidan a indiqué qu’en 2025 le Département des marques et des brevets avait enregistré 68.632 transactions dans les secteurs des marques, des brevets et des dessins et modèles industriels, générant des redevances totales d'environ 21 M USD. Ce dynamisme incarnait par ailleurs l'engagement de l’émirat en faveur du renforcement de la protection des droits commerciaux et industriels.

Le Koweït introduit un mécanisme automatisé de dédouanement pour accélérer la mainlevée du fret. Le 13 mai, les douanes koweïtiennes ont lancé un mécanisme de pré-contrôle afin d’accélérer la mainlevée des marchandises, accroissant ainsi l'efficacité des services logistiques dans les ports d’entrée terrestres. Les importateurs peuvent désormais engager les procédures de dédouanement par l'intermédiaire du système automatisé avant que les marchandises n'arrivent physiquement dans un port douanier. Cette pré-déclaration sera automatiquement annulée si les marchandises n'arrivent pas dans un délai maximal de 30 jours à compter de la date d'enregistrement.

Sous le soleil du golfe : les réserves de devises étrangères du Koweït fondent au printemps. En avril 2026, le solde des réserves en devises détenues par la Banque Centrale a diminué d’environ 312,7 M de KD (1 Md USD) pour atteindre 10,4 Mds KD (33,5 Mds USD). Ces mêmes réserves affichent un retrait de 4,57% depuis le début de l'année 2026, soit une baisse de près de 495 M KD (1,6 Md USD) en valeur absolue. Les dépôts des banques locales auprès de la Banque centrale ont chuté de 32,33% depuis le début de l’année pour représenter 3,3 Mds KD (10,7 Mds USD) au 30 avril. Les données mensuelles indiquaient une baisse supplémentaire de 25,12% entre mars et avril, signal de conditions de liquidité bancaire plus strictes (Ndlr : Fin avril 2026, les réserves nettes en devises de la France s'élèvent à 31,7 Mds €).

 

Oman

L’Autorité publique omanaise des zones économiques spéciales et des zones franches (OPAZ) a signé un accord d’investissement avec la société coréenne EL B&T pour la création d’une usine de production de véhicules électriques et de cellules de batteries dans la zone économique spéciale de Duqm (SEZAD). D’une valeur approximative d’investissement de 96,2 M OMR (250 M USD), le projet consiste à construire des unités industrielles d’une capacité de production annuelle de 60 000 véhicules et de 1,6 million de cellules de batteries. L’entreprise coréenne prévoit un début de commercialisation à l’horizon de mars 2028. Au-delà de la production, ce projet ambitionne de structurer un véritable écosystème industriel autour du véhicule électrique à Duqm, en attirant des industries complémentaires liées notamment aux batteries et aux composants et renforçant les chaînes de valeur liées.

Le ministère de l’Énergie et des Minéraux a présenté la nouvelle stratégie énergétique d’Oman. Elle confirme la place structurante du secteur des hydrocarbures dans l’économie nationale tout en l’inscrivant dans une trajectoire de diversification et de développement durable. Le Sultanat maintient un niveau de production stable, autour d’un million de barils de pétrole par jour, appuyé par des réserves solides estimées à 4,7 milliards de barils de pétrole et à plus de 22 000 milliards de pieds cubes de gaz. Cette stabilité s’accompagne d’un effort soutenu en exploration, illustré par le forage de plusieurs dizaines de puits en 2025. Dans le même temps, le secteur gazier continue de se renforcer, avec une production en hausse et des exportations de gaz naturel liquéfié dépassant les 11 millions de tonnes. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à attirer les investissements étrangers, notamment à travers le lancement de nouveaux appels d’offres pour des blocs d’exploration pétroliers et gaziers ainsi que pour des concessions minières dès 2026. Le développement du secteur minier constitue en effet un autre pilier de cette stratégie. Les autorités entendent accélérer l’exploitation de ressources telles que le cuivre, le chrome ou encore le sel pour renforcer la diversification économique du pays. Oman met aussi fortement l’accent sur le contenu local et l’emploi national dans le secteur de l’énergie avec un taux « d’omanisation » qui dépasse désormais 90 % et génère près de 20 000 emplois directs. Le sultanat vise également une montée en puissance rapide des énergies renouvelables, avec un objectif d’au moins 10 % du mix énergétique dès 2026, pour atteindre jusqu’à 90 à 100 % à l’horizon 2050.

Le ministère de l’Énergie et des Minéraux a présenté la mise à jour de son Plan national de neutralité carbone, accompagné d’un cadre réglementaire pour un marché du carbone, dans l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et de renforcer sa position dans l’hydrogène vert et les énergies renouvelables. Le plan, élaboré par le Centre omanais pour la neutralité carbone vise une réduction de 33 % des émissions d’ici 2035, dont 7 % obligatoire et 26 % conditionnelle selon les financements et technologies disponibles. Les émissions nationales étaient estimées à 94 millions de tonnes de CO₂ équivalent en 2024, avec une projection à 127 millions de tonnes en 2050 en l’absence de nouvelles mesures. Les secteurs du pétrole, du gaz, des transports et de l’électricité représentent environ 70 % des émissions. Le dispositif inclut la création d’un marché du carbone transformant les réductions d’émissions en crédits échangeables, ainsi qu’un registre national via la plateforme « Meezan ».

Oman Electricity Transmission Company (OETC) a annoncé la mise en service de trois importantes sous-stations électriques dans le gouvernorat du Dhofar. Le projet comprend également la construction de lignes de transmission aériennes de 132 kV s’étendant sur 267 kilomètres. Ces infrastructures permettront progressivement le retrait de plusieurs unités de production électrique fonctionnant au diesel. Cette transition devrait réduire les émissions de carbone d’environ 82 000 tonnes par an et diminuer la consommation de diesel de près de 30,5 millions de litres annuellement. OETC, filiale du groupe Nama, assure la gestion du réseau de transport d’électricité à travers tout le pays et exploite également les interconnexions régionales avec le réseau du CCG.

Oman renforce sa sécurité hydrique à travers un projet innovant de stockage souterrain de l’eau (Aquifer Storage and Recovery - ASR), développé par Nama Water Services, afin d’assurer la durabilité des ressources face à la hausse de la demande et aux défis climatiques. Le projet consiste à injecter de l’eau dessalée excédentaire dans des aquifères souterrains pendant les périodes de faible consommation (notamment en hiver), puis à la récupérer en cas de forte demande ou d’urgence. Cette approche permet de constituer des réserves stratégiques sans nécessiter de retraitement lourd, tout en améliorant l’efficacité énergétique du système. La consommation d’eau en Oman est en croissance d’environ 3 % par an, et la production totale a atteint environ 445 millions de m³ en 2025, dont 90 % proviennent du dessalement et 10 % des nappes souterraines. Un projet pilote est actuellement mené dans le bassin de Sharqiyah Sands, avec une capacité de stockage estimée entre 18 et 30 millions de m³, à des profondeurs de 80 à 120 mètres. Ce système devrait réduire la pression sur les usines de dessalement, améliorer l’efficacité énergétique et contribuer à la baisse des émissions. Il s’inscrit dans une stratégie plus large incluant la modernisation des réseaux, la réutilisation des eaux usées et la digitalisation du secteur de l’eau.