Lettre économique d'AEOI - Relations économiques avec la France
Les relations économiques entre la France et les pays de la région Afrique de l’Est et océan Indien se caractérisent par un renforcement marqué ces dernières années. Elles reposent sur des leviers complémentaires : un engagement financier croissant en matière de développement, une présence entrepreneuriale en expansion dans des secteurs stratégiques et une intensification des échanges commerciaux. Dans un environnement régional en forte transformation, la France s’affirme comme un partenaire économique structurant et de long terme.
La France, un bailleur bilatéral de premier plan, au cœur du financement du développement régional
La France occupe aujourd’hui une place centrale parmi les bailleurs bilatéraux dans la région, portée principalement par l’action du groupe AFD, dont les engagements ont connu une montée en puissance rapide et significative au cours de la dernière décennie (cf. graphique 1). En particulier, elle se positionne comme le 1er bailleur bilatéral des Comores, le 2e bailleur bilatéral au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, et occupe la 3e place à Madagascar.
Les volumes engagés témoignent de cette tendance : plus de 1,8 Md EUR mobilisés au Kenya sur quinze ans, environ 1,5 Md EUR en Tanzanie, plus de 1,4 Md EUR en Ouganda, environ 1,1 M EUR à Maurice et près de 1 Md EUR en Éthiopie. L’intervention du groupe AFD dans la région se concentre sur des secteurs stratégiques pour les partenaires. L’énergie constitue le premier poste d’engagement, notamment au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda, en Éthiopie et à Maurice, avec en particulier des projets de réseaux électriques et de transition énergétique. L’accès à l’eau et à l’assainissement est un autre axe majeur, notamment à Djibouti, aux Comores, en Tanzanie et au Kenya, à fort impact social. Par ailleurs, l’AFD finance également des infrastructures de transport et de développement urbain, ainsi que des projets en agriculture durable et biodiversité (Madagascar, Kenya, Tanzanie, Rwanda, Comores). L’appui au capital humain est particulièrement marqué au Rwanda (santé, formation), tandis que l’accompagnement des réformes économiques et du secteur privé se développe dans des pays comme l’Éthiopie, Madagascar, le Rwanda, Maurice ou l’Ouganda (cf. graphique 2). L’ensemble s’inscrit dans une montée au premier plan des enjeux climatiques et de finance durable. L’intervention reste en revanche limitée aux Seychelles, du fait de leur statut de pays à revenu élevé.
L’engagement de la France se distingue par une forte articulation avec les bailleurs internationaux (Union européenne, Banque mondiale, Banque africaine de développement, Banque européenne d’investissement), notamment à travers des cofinancements et des mécanismes de type Team Europe (qui visent à maximiser l'impact de l'aide extérieure en unissant les ressources de la Commission européenne). Elle mobilise également des instruments complémentaires (prêts du Trésor, FASEP, FEXTE, interventions d’Expertise France, Proparco), permettant d’articuler financement public, appui technique et soutien au secteur privé.
Une présence économique française en expansion, portée par des secteurs stratégiques et des projets structurants
En matière d’investissements directs étrangers (IDE), la France occupe une place de premier rang dans les économies de la région. Elle est le 1er investisseur étranger à Maurice (hors Global Business - cf. glossaire), où elle détient plus de 40 % du stock d’IDE (cf. graphique 3). La France figure également parmi les principaux investisseurs à Madagascar (4e investisseur étranger) et au Kenya (5e investisseur étranger). Les investissements de la France sont plus modestes en Tanzanie et en Éthiopie, mais sont en expansion : la France est le 3e investisseur européen en Éthiopie, et elle se concentre notamment dans le secteur de l’énergie et des infrastructures dans les deux pays. Bien que les investissements français soient encore limités aux Seychelles et aux Comores, ils enregistrent aussi une hausse récente, et sont axés sur le tourisme, les transports, l’énergie et la pêche.
Le tissu d’entreprises françaises se densifie dans l’ensemble de la région. Le Kenya constitue le principal pôle d’implantation avec environ 140 entreprises, suivi par le Rwanda, la Tanzanie et l’Éthiopie qui comptent chacun entre 40 et 50 entreprises. En Ouganda, le nombre d’entreprises françaises a presque quadruplé en 15 ans, passant d’une dizaine au début des années 2010 à environ 35 entreprises aujourd’hui. À Madagascar et à Maurice, la présence française s’inscrit dans la durée, avec des implantations remontant à plusieurs décennies. Ces entreprises contribuent par ailleurs de manière significative à la création d’emplois locaux, représentant plusieurs dizaines de milliers d’emplois directs et un effet d’entraînement important sur les économies locales. Elles s’appuient sur un dispositif structuré (Chambres de commerce bilatérales et clubs d’affaires, Comités des Conseillers du commerce extérieur, communautés French Tech, Business France, Bpifrance), qui favorise l’ancrage des entreprises françaises et accompagne leur développement dans la région.
Les entreprises françaises jouent un rôle structurant dans les projets d’envergure, notamment dans l’énergie, les infrastructures et la logistique. Le secteur énergétique constitue un axe majeur d’engagement, illustré par des projets stratégiques comme l’oléoduc EACOP en Ouganda et en Tanzanie, ou encore les investissements dans les réseaux électriques et les énergies renouvelables au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Les groupes français sont également fortement impliqués dans les infrastructures de transport, l’ingénierie et le développement urbain. Dans les économies insulaires, la présence française est par ailleurs particulièrement marquée dans les secteurs du tourisme, des services, de la finance et de la distribution, en lien avec des flux humains et économiques étroits.
Les liens entre la France et les économies de la région se traduisent également par des flux significatifs de transferts de fonds et une présence marquée du tourisme français. Ces flux sont particulièrement marqués dans les économies insulaires et à forte diaspora. Madagascar se distingue ainsi par l’importance des transferts en provenance de France, qui représentent environ 85 % des flux reçus (cf. graphique 4), ainsi que par le poids du tourisme français, la France étant à l’origine de près d’un visiteur sur deux. À Maurice, la France constitue également le premier marché touristique, représentant plus d’un tiers des arrivées (en incluant La Réunion et Mayotte). Aux Comores, les transferts de fonds en provenance de la diaspora installée en France comptent pour 92 % des transferts de fonds du pays et jouent un rôle macroéconomique central, en soutenant directement les revenus des ménages et la stabilisation du change.
Des échanges dynamiques et globalement équilibrés, aux spécialisations complémentaires
Les échanges commerciaux entre la France et les pays de la région AEOI sont relativement équilibrés et connaissent une progression globale, avec des dynamiques différenciées selon les pays. Les échanges entre la France et la région AEOI ont atteint 3,4 Md EUR en 2025 et les principaux partenaires commerciaux de la France sur zone sont Madagascar, l’Éthiopie et Maurice. La France est un partenaire de premier plan dans plusieurs pays de la région : elle se place en 2ème position à Madagascar et en 3ème position aux Comores et aux Seychelles (cf. graphique 5). Au niveau régional, les balances commerciales présentent des situations contrastées mais tendent globalement vers un relatif équilibre. La France enregistre des excédents dans plusieurs pays (Djibouti, Maurice, Rwanda), tandis que d’autres partenaires, comme Madagascar ou les Seychelles, dégagent des excédents en leur faveur. Dans des économies comme le Kenya ou l’Ouganda, la montée en puissance des exportations locales contribue à un rééquilibrage progressif des échanges.
La structure des échanges reflète une forte complémentarité. Les exportations françaises reposent principalement sur des biens à forte valeur ajoutée. Les principaux postes d’exportations sont les matériels de transport (30,9 % du total des exportations), les produits des industries agroalimentaires (13,4 % du total) et les produits chimiques et pharmaceutiques (8,6 % du total). Les principaux clients de la région sont l’Éthiopie (avec un effet exceptionnel dans les flux de livraison d’Airbus), Maurice et Madagascar. Les importations françaises sont dominées par les produits agricoles et agroalimentaires. Les principaux postes d’importations sont les produits agricoles, sylvicoles, de la pêche et de l’aquaculture et les produits des industries agroalimentaires (64,4 % du total – cf. graphique 6) et les textiles, habillements, cuir et chaussures (20,4 % du total). Les principaux fournisseurs de la France sont Madagascar, Maurice et le Kenya.
Les accords de partenariat économique conclus entre l’Union européenne et plusieurs pays de la région (Kenya, Madagascar, Maurice, Seychelles) constituent un cadre structurant pour la libéralisation progressive des échanges et constitueront un levier de développement à moyen et long terme.