L’indice composite des directeurs d’achat de S&P Global (Purchasing Managers’ Index – PMI) est un indicateur conjoncturel performant pour prévoir la croissance trimestrielle de l’activité en zone euro. Il couvre à la fois l’industrie et les services, à partir d’enquêtes mensuelles menées auprès d’entreprises, qui indiquent qualitativement si leur activité s’est améliorée, dégradée ou est restée stable par rapport au mois précédent. En l’absence d’informations sur l’intensité de ces variations, S&P interprète un PMI supérieur à 50 comme un signal d’expansion de l’activité, et inversement. L’indice PMI composite est ainsi couramment utilisé dans les approches dites « directes » de prévisions en temps réel (nowcasting)[1].

En dépit de leur pouvoir prédictif, les PMI composites ne sont toutefois pas directement comparables entre pays, et le niveau donné d’un PMI peut correspondre à des taux de croissance de l’activité différents. Depuis 2023, le PMI composite allemand est régulièrement supérieur à celui de la France alors même que la conjoncture est nettement moins favorable outre-Rhin (cf. graphique 1). Plus largement, depuis 2021, la croissance trimestrielle française a été dans la majorité des cas supérieure à celle allemande, alors que le PMI français moyen a été majoritairement inférieur au PMI allemand. Cette divergence suggère l’existence d’effets spécifiques à chaque pays (« effets fixes »), qui peuvent découler de différences dans : (i) les comportements de réponse aux enquêtes, qui peuvent traduire un biais national optimiste ou pessimiste ; (ii) la composition des échantillons d’entreprises, dont le poids dans l’activité économique n’est pas nécessairement aussi représentatif ; (iii) des différences de structure sectorielle, le poids relatif de l’industrie manufacturière et des services variant d’un pays à l’autre (l’industrie manufacturière compte pour 10,7 % de la valeur ajoutée totale en France, contre 19,9 % en Allemagne d’après Eurostat pour 2024).

 PMI composites et croissances trimestrielles du PIB

 

La standardisation des séries de PMI composites permet de comparer les pays en écart à leurs moyennes historiques et de neutraliser ainsi les effets fixes propres à chaque pays. Concrètement, elle consiste à exprimer chaque observation en écart à sa moyenne de long terme, rapportée à sa volatilité (écart-type). Un niveau donné de PMI traduit ainsi une position relative à la moyenne propre à chaque économie, plutôt qu’un niveau absolu difficilement comparable entre pays. Un tel retraitement met notamment en évidence une conjoncture défavorable en France comme en Allemagne en comparaison à leur propre moyenne historique, les PMI standardisés se situant régulièrement en-deçà de ces moyennes (cf. graphique 2) : en 2024 et 2025 la croissance trimestrielle moyenne s’est élevée à +0,2 % en France et +0,0 % en Allemagne, contre +0,4 % et +0,2 % entre 2015 et 2023.

Même une fois rendu comparable entre pays et dans le temps, le PMI composite demeure un indicateur incomplet de l’activité économique, en particulier pour l’Allemagne. L’exclusion du secteur de la construction du champ du PMI composite a pu contribuer à un décalage dans la lecture de la conjoncture, alors même que ce secteur a joué un rôle déterminant dans la récession récente : depuis 2019, sa valeur ajoutée a reculé d’environ −20 %, tandis que la valeur ajoutée totale est restée en légère progression (+1,0 %). Plus largement, la structure productive allemande — caractérisée par un poids élevé de l’industrie et par des cycles sectoriels hétérogènes — est susceptible de brouiller le signal conjoncturel transmis par le PMI composite. Dans ce contexte, la prise en compte d’indicateurs complémentaires apparaît pertinente, en particulier l’indice IFO[2], dont la couverture sectorielle est plus large, incluant notamment la construction. La lecture de la conjoncture allemande depuis 2019 apparaît ainsi plus cohérente à travers cet indicateur, avec des écarts significatifs à sa moyenne historique en 2023 et 2024, signalant une contraction de l’activité plus marquée que ne le suggère le PMI (cf. graphique 2).

 

PMI standardisés et indicateurs conjoncturels allemands

 

[1] La Banque centrale européenne montre, qu’à l’échelle de la zone euro, le PMI composite agrégé constitue un bon prédicteur de la croissance du PIB. Banque centrale européenne (2024), Economic Bulletin, Box “PMI and GDP relationship”, n°1.

[2] L’indice IFO du climat des affaires est un indicateur mensuel publié par l’institut IFO. Il synthétise les résultats d’enquêtes menées auprès de 9 000 entreprises allemandes des secteurs de l’industrie de la construction, du commerce et des services, sur leur situation actuelle et leurs anticipations à six mois.