Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

PIF : le choix d'Ulysse 

Le Public Investment Fund (PIF), fonds souverain saoudien, a publié mi-avril sa nouvelle stratégie pour la période 2026-2030, actant la nouvelle (et la dernière) phase de la Vision 2030. Après plusieurs années d’expansion du portefeuille de projets, le fonds privilégie désormais une allocation plus ciblée de ses ressources, concentrée sur un nombre plus restreint d’actifs et d’initiatives. Sa nouvelle stratégie est placée sous le signe de la « value realization », entendue comme une phase de création de valeur durable à partir des actifs déjà constitués. Elle s’organise autour de trois portefeuilles prioritaires, un « vision » chargé de structurer six écosystèmes domestiques prioritaires, un « stratégique » destiné à gérer les actifs structurants pour l’économie saoudienne et un « financier » chargé de la diversification et des partenariats internationaux, dans un contexte de recentrage des investissements à 80 % sur le marché domestique.

Avec plus de 900 Md USD d’actifs à date, pour un objectif de 2 000 Md USD à horizon 2030, le PIF dispose désormais d’une taille critique qui lui permet de réallouer son portefeuille à l’échelle de l’économie saoudienne. Dans le cadre de sa nouvelle stratégie, son gouverneur, Yasir Al Rumayyan, a annoncé la cible de 80 % d’investissement sur le marché domestique contre 20 % à l’international (après avoir atteint un pic de 30 % précédemment). Ce recentrage prolonge une inflexion déjà visible : le fonds indique avoir investi plus de 199 Md USD dans de nouveaux projets en Arabie saoudite entre 2021 et 2025 et estime avoir contribué à hauteur de plus de  243 Md USD au PIB réel non pétrolier entre 2021 et 2024, tout en ayant dépensé, avec ses sociétés de portefeuille, plus de 157 Md USD auprès du secteur privé local sur la même période. À l’étranger, les investissements vers les États-Unis dominent avec près de 170 Md USD investis par le fonds dans l’économie américaine depuis 2017. Toutefois, la réallocation du fonds doit être lue autant comme un mouvement de retrait du marché international au profit d’un ancrage national que comme une dynamique de concentration des partenariats internationaux sur des safe assets.

Riyad s’impose dans ce cadre comme le centre de gravité le plus stratégique à court et moyen terme, concentrant les sièges, les fonctions administratives, la demande immobilière, les services, la consommation et une part croissante des emplois qualifiés. Alors que la période récente témoigne d’un financement plus coûteux et d’arbitrages plus serrés, cet ancrage offre au PIF un terrain où les effets multiplicateurs sont plus rapides et visibles. Le recentrage sur Riyad répond ainsi davantage à une logique d’efficacité économique. Par ailleurs, en 2025, la croissance non pétrolière restait principalement portée par la consommation domestique, le tourisme, le crédit et un volume élevé de projets, ce qui renforce la pertinence d’un recentrage sur les espaces où ces dynamiques se concentrent.

A l’ouest, la crise a sensiblement accru la valeur stratégique des infrastructures saoudiennes de la Mer Rouge qui servent de principal débouché de substitution dans le contexte de perturbation des flux passant par Hormuz. D’une part, le corridor Est-Ouest vers Yanbu a offert un débouché de substitution partiel pour les flux de pétrole, avec une capacité technique de 7 M bpj. D’autre part, Jeddah et King Abdullah sont devenus des points d’entrée privilégiés pour le fret conteneurisé, les flux étant ensuite acheminés par route vers l’intérieur du Royaume et les autres marchés du Golfe. Plusieurs armateurs indiquent utiliser un système de land bridge via Jeddah pour desservir l’ensemble de la région alors que plusieurs ports du Golfe restaient à l’arrêt.  Maersk a ainsi indiqué que les volumes à Jeddah avaient augmenté de 40 % depuis le début du conflit. Bloomberg rapporte parallèlement une nette hausse de la demande de transport routier pour des cargaisons de métaux et de biens de consommation, ce qui suggère que la côte ouest saoudienne a aussi servi de point d’entrée pour des flux non pétroliers réorientés puis redistribués par voie terrestre.

Les indicateurs macroéconomiques éclairent directement cette réorientation du PIF. Les comptes publics saoudiens restent sous pression : le budget 2026 projette un déficit de 165 Md SAR (44 Md USD, soit 3,3 % du PIB) en 2026, après avoir atteint 245 Md SAR (65,3 Md USD, soit 5,3 % du PIB) en 2025, dans un environnement où les recettes pétrolières demeurent plus volatiles et où les engagements d’investissement restent élevés. Le Royaume conserve toutefois des marges de manœuvre substantielles, avec 390 Md SAR d’avoirs de réserve selon le ministère des Finances, tandis que le FMI souligne que les buffers externes et budgétaires restent amples, avec des avoirs extérieurs nets de la banque centrale qui s’élèvent à 415 Md USD fin 2024, soit l’équivalent de 15 mois d’importations. Le principal enjeu n’est donc pas celui d’une contrainte immédiate de solvabilité, il est celui d’un usage plus exigeant de ressources encore abondantes.

La crise régionale donne une portée particulière à la nouvelle stratégie du PIF. En mettant à l’épreuve la sécurité des flux logistiques et la capacité des États à maintenir leur trajectoire d’investissement, elle renforce la valeur des choix opérés par le Royaume en matière de hiérarchisation des projets, de concentration territoriale et de consolidation des actifs les plus stratégiques. Dans ce contexte, la priorité accordée à Riyad, la montée en importance de la façade Mer Rouge et le recentrage du PIF sur le marché domestique participent d’une même logique, celle d’un ancrage plus robuste de la transformation saoudienne dans les espaces les plus productifs et résilients. L’enjeu aujourd’hui pour l’Arabie saoudite est de tendre vers une diversification plus cohérente avec ses contraintes macro-financières et plus adaptée à un environnement régional durablement instable. C’est sans doute dans cette capacité à ordonner ses priorités, tout en conservant des marges de manœuvre substantielles, que l’Arabie saoudite affirme aujourd’hui son caractère stratégique à l’échelle régionale et pourrait tirer à terme un bénéfice relatif, par rapport à ses voisins, de la crise iranienne.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

Pétrole et gaz

Brent 24/4/2026 à 12h00 GST : 106,64 USD/Bbl

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Cette semaine, le Brent a poursuivi sa hausse pour s’établir autour de 106,64 USD/b, après avoir gagné près de 13 % sur les quatres séances précédant le 24 avril, dans un contexte d’échec des discussions entre Washington et Téhéran et de paralysie quasi complète du détroit d’Ormuz. Le marché a surtout réagi au durcissement simultané des contraintes diplomatiques et physiques, avec une intensification des attaques iraniennes contre les navires traversant le détroit, malgré une prolongation de la trêve du 7 avril.

Le marché pétrolier demeure dans une phase de perturbation logistique, à laquelle s’ajoute une prime géopolitique. La saisie de deux navires commerciaux par l’Iran, après de nouveaux tirs dans le détroit, marque une étape supplémentaire dans la dégradation de la sécurité maritime. Le blocus naval américain, en place depuis le 13 avril, est également maintenu et a déjà conduit au demi-tour de 31 navires selon les autorités américaines, dont une majorité de tankers. Tant que cette double contrainte perdure, l’enjeu reste celui de la capacité effective à faire circuler les barils du Golfe, au-delà du volume mondial disponible.

En outre, les Etats-Unis s’imposent désormais comme fournisseur de substitution du marché. Bloomberg note que les exportations américaines de pétrole et de produits raffinés ont atteint un niveau record la semaine dernière, ce qui confirme que la réallocation des flux se fait d’abord au bénéfice de l’Atlantique. Kpler précise que les flux de brut américain vers l’Asie de l’Est ont atteint le record d’environ 1,1 mbj le mois dernier, et qu’environ 56 Mb étaient déjà fixés pour mai, soit près de quatre fois la moyenne des douze derniers mois. Bien que cette guerre soutienne les exportations américaines, elle ne compense qu’imparfaitement le déficit de fluidité créé par le blocage du détroit puisqu’elle renchérit les coûts de transport et fait déjà face à des contraintes de capacité portuaire sur la côte américaine du Golfe.

Sur le marché gazier, le blocage durable du détroit entraînerait le passage d’un choc conjoncturel à un choc structurel. Le secrétaire général du Gas Exporting Countries Forum (GECF) a indiqué qu’en cas d’arrêt immédiat du conflit, le rétablissement complet du marché gazier mondial prendrait encore entre six mois et un an. Toutefois, si les hostilités se prolongeaient six mois ou davantage, le risque serait celui d’une modification plus durable des équilibres énergétiques, avec un report des décisions finales d’investissement, une réduction de l’investissement amont et une hausse du coût du capital. En effet, le marché gazier devait initialement entrer en situation de suroffre en 2026, jusqu’à ce que la guerre remette en cause ce scénario en comprimant à la fois les flux immédiats et la capacité future à augmenter l’offre.

Les produits raffinés illustrent déjà les effets réels de cette désorganisation. Selon S&P Global, le prix spot du jet fuel en Europe du Nord-Ouest a atteint en moyenne 1 521 USD/t en mars, soit environ 97 % de plus que la moyenne de février avant-guerre, et 1 503 USD/t en moyenne depuis le début d’avril. Cette hausse se transmet désormais aux compagnies aériennes, avec par exemple Lufthansa qui a annoncé la suppression de 20 000 vols entre mai et octobre, soit une réduction de capacité de 1 % et environ 40 000 tonnes de demande de carburant en moins.

En Europe, la Commission a présenté cette semaine son plan « AccelerateEU », qui combine des mesures d’urgence pour faire face à la crise et une réduction de la dépendance structurelle aux énergies fossiles. Bruxelles estime déjà que la guerre a alourdi de 24 Md EUR la facture fossile de l’UE, avec un gaz européen en hausse de 34 % depuis le début du conflit, et un Brent en hausse d’environ 40 %. La Commission envisage désormais d’optimiser la distribution de jet fuel entre États membres et d’assouplir au besoin certaines règles en cas de pénurie, alors que l’AIE estime que des tensions sérieuses d’approvisionnement pourraient apparaître sous cinq à six semaines. Même si l’Europe dépend peu physiquement du Golfe pour son approvisionnement direct, elle reste fortement exposée au canal des prix mondiaux.

Ainsi, il semble que la hausse et le maintien du Brent au-dessus de 100 USD/b traduise l’ajustement progressif du marché à l’idée que le détroit d’Ormuz reste durablement dysfonctionnel, même sans reprise immédiate des hostilités. Par ailleurs, la volatilité fortement accrue des cours génère en elle-même des difficultés d’anticipation préjudiciables aux acteurs économiques.

Hayet AFOU, attachée macroéconomique et financière

Brèves économiques 

Arabie saoudite

Macroéconomie & Finance

Le FMI révise à la baisse ses prévisions - Le FMI a revu à la baisse ses prévisions pour la région Middle East & Central Asia, désormais attendue à 3,6 % en 2025 et 1,9 % en 2026, soit une baisse de 2 points de pourcentage pour 2026 par rapport aux projections de janvier. En Arabie saoudite, la croissance est projetée à 4,5 % en 2025 et 3,1 % en 2026 (-1,4 pp). Malgré cet ajustement, le Royaume conserverait une trajectoire positive, contrairement à certains pays plus affectés comme le Qatar (-8,6 % projetée en 2026), et resterait parmi les économies les plus dynamiques du G20.

Hausse des bénéfices au premier trimestre 2026 - Les principales banques saoudiennes enregistrent des bénéfices en hausse au T1 2026. SNB affiche un résultat net de 1,7 Md USD (+6,7 % en g.a.), Riyad Bank 0,7 Md USD (+5,1 %) et Al Rajhi 1,8 Md USD (+14,3 %), dans un contexte de hausse des revenus d’exploitation et de maîtrise des coûts.

Recul des prix de l’immobilier au premier trimestre 2026 - L’indice des prix immobiliers recule de 1,6 % en g.a. au T1 2026, tout en restant quasi stable sur le trimestre (-0,2 %). La baisse est causée par le segment résidentiel (-3,6 %), notamment le foncier (-3,9 %) et les villas (-6,1 %), tandis que le segment commercial progresse (+3,4 %). Cette évolution intervient dans un contexte de mesures visant à contenir la hausse des prix, notamment à Riyad.

Energie, Transports & Industrie

Contrat de 3 Md USD pour la centrale à gaz Rabigh 2 - ACWA Power et Saudi Energy Co. ont signé un contrat d’achat d’électricité (PPA) de 3,1 Md USD pour le projet Rabigh 2, d’une capacité de 2,3 GW. L’accord, conclu pour 31 ans avec Saudi Power Procurement Co., porte sur le développement et l’exploitation d’une centrale à cycle combiné. Le projet vise à renforcer les capacités de production électrique du Royaume.

Projet de relance d’un oléoduc vers Yanbu - L’Irak envisage de relancer un oléoduc reliant Zubair au port saoudien de Yanbu, afin de diversifier ses routes d’exportation. Long de 1 568 km et d’une capacité de 1,6 Mb/j, l’infrastructure est à l’arrêt depuis 1990 et nécessiterait des travaux de remise en service. Ce projet viserait à réduire la dépendance au détroit d’Ormuz.

Le port de NEOM pleinement opérationnel - Le port de NEOM est désormais pleinement opérationnel et traite des flux de marchandises à l’échelle internationale via son terminal multi-usages. Il s’appuie sur un corridor logistique combinant transport maritime et routier, reliant l’Europe et les Amériques aux marchés du Golfe. Cette infrastructure vise à réduire les délais de transit et à renforcer les routes commerciales régionales.

Etude d’une liaison ferroviaire transfrontalière - L’Arabie saoudite et la Jordanie étudient un projet de liaison ferroviaire transfrontalière, avec une extension envisagée vers la Syrie. Le projet vise à renforcer la connectivité régionale et à faciliter les échanges de marchandises. Il pourrait contribuer à la structuration de nouveaux corridors logistiques entre la péninsule Arabique et le Levant.

Projet privé de 267 M USD pour une “Sports City” à Dammam - Un projet sportif de 267 M USD (1 Md SAR) sera développé à Dammam dans la province orientale, à la suite d’un accord signé lors du Sports Investment Forum à Riyad. Le projet, porté par des acteurs publics et privés, vise à développer les infrastructures sportives locales.

Émirats arabes unis

Macroéconomie & Finance

Selon une étude de la banque Emirates NBD, le marché résidentiel de Dubaï est resté dynamique en début d’année 2026, avec plus de 32 200 logements vendus en janvier-février, en hausse de 12 % en g.a. Le conflit régional a toutefois interrompu cette dynamique en mars, avec 12 900 unités vendues, contre une moyenne de 16 100 sur les deux premiers mois de l’année. Sur l’ensemble du T1 2026, le marché demeure néanmoins en hausse, avec plus de 45 200 transferts de propriété, soit +4 % en g.a. Le segment haut de gamme continue de se distinguer : les biens de plus de 10 M AED ont enregistré 2 076 transactions, en hausse de 57 % par rapport au T1 2025. La perspective de la livraison de plus de 50 000 unités d’ici fin 2026, combinée à un environnement économique plus incertain, devrait toutefois accentuer les pressions sur les prix, en particulier dans les zones les plus exposées à l’arrivée de nouvelles offres.

Donald Trump a déclaré le 22 avril qu’un accord de swap de devises avec les Émirats arabes unis était « à l’étude », après des discussions informelles engagées par Abou Dabi sur d’éventuels filets de sécurité financiers en cas d’aggravation des effets économiques de la guerre avec l’Iran. Les autorités émiriennes ont toutefois fermement écarté toute logique d’assistance financière. L’ambassadeur des EAU à Washington a rappelé que le pays dispose de plus de 2 000 Md USD d’actifs souverains et de plus de 300 Md USD de réserves de change, soulignant qu’il ne souffre pas de problème de liquidité en dollars. Selon Bloomberg Economics, la demande émirienne relèverait davantage d’une recherche de crédibilité institutionnelle et de reconnaissance stratégique, dans la lignée des banques centrales disposant déjà de lignes permanentes avec la Fed, que d’un besoin de financement d’urgence.

Alterra, fonds d’investissement climatique basé à Abou Dhabi et doté de 30 Md USD, a annoncé un partenariat avec le fonds américain KKR dans le cadre de son fonds mondial dédié à la transition climatique. L’opération s’inscrit dans la stratégie d’Alterra, lancée à la COP28 à Dubaï en 2023, qui vise à mobiliser jusqu’à 250 Md USD de financements climat d’ici 2030 grâce à des mécanismes de financement mixte destinés à attirer le capital privé, en particulier vers les marchés émergents.

Energie, Transports & Tech

Le gouvernement de Dubaï a annoncé le 22 avril le lancement du projet de nouvelle ligne de métro « Gold line » à Dubaï d’un montant de 34 Mds d’AED (env. 8 Mds EUR) visant à étendre le réseau de métro à 162 km (+35%) avec une ligne souterraine de 42 km et 18 stations. Cette nouvelle ligne qui doit ouvrir le 9 septembre 2032 (23 ans après le lancement de la première ligne de métro à Dubaï) doit réduire de 23% la congestion sur le corridor le plus chargé de la ligne de métro « Red Line » et supprimer plus de 40 millions de trajets routiers par an. La fréquentation est attendue à 465 000 passagers/jour à horizon 2040, avec un taux de rendement économique estimé à 430% sur 20 ans. Le projet, connecté aux lignes existantes et au futur réseau de Ligne à Grande vitesse (LGV) porté par Etihad Rail, devrait également soutenir la valorisation immobilière (+20% autour des stations). Les appels d’offres sont attendus cette année pour une attribution de la partie génie civil du contrat en 2027.

L’autorité publique des transports de Dubaï « Roads and Transport Authority » a lancé un appel d’offres le 21 avril 2026 pour les études et la conception de l’Airport Express Line, projet de 55 km reliant les deux aéroports de Dubaï (l’Aéroport International de Dubaï - DXB à l’Aéroport International Al Maktoum – DWC). Cette ligne devrait être composée de 5 stations et des services intégrés de type check-in bagages. La date limite de soumission des offres est fixée à juin 2026 par la RTA. À ce stade, aucun montant d’investissement ni calendrier de travaux n’a été communiqué, le projet restant en phase amont et s’inscrivant dans un horizon de réalisation autour de 2033, date prévue d’ouverture de l’extension de l’Aéroport International Al Maktoum.

Aldar a acquis auprès de Kezad, filiale d’AD Ports Group, 163 000 m² d’actifs logistiques pour 650 M AED (177 M USD). La transaction porte sur trois entrepôts multi-locataires situés dans le cluster Al Ma’mourah, occupés à 97 % par 80 locataires issus notamment de l’agroalimentaire, des biens de grande consommation, de la logistique, de l’industrie manufacturière et des services technologiques ; parmi les principaux locataires figurent DHL, Spinneys et Noatum Logistics. Il s’agit de la deuxième acquisition d’Aldar à Kezad après le rachat, en novembre, des entrepôts Noon et Emtelle pour 570 M AED. Pour AD Ports, cette cession représente 65 % de l’objectif minimal de 1 Md AED de monétisation d’actifs fixé pour 2026 ; le groupe précise que les produits seront utilisés pour réduire son endettement et financer une partie de ses projets de croissance.

Qatar

En marges des Assemblées de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), lors de la conférence « Governor Talk : Qatar - transformer un choc en stratégie », le ministre des Finances du Qatar, Ali bin Ahmed Al Kuwari, a mis en avant la capacité du pays à transformer les chocs externes, notamment l’impact du conflit au Moyen-Orient, en leviers de réforme. Il a souligné la solidité du cadre budgétaire et des réserves souveraines comme piliers de résilience, tout en insistant sur l’accélération de la diversification économique et le renforcement de l’intégration au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG). L’objectif affiché est de soutenir une croissance durable de long terme en consolidant les fondamentaux macroéconomiques du pays.

Le ministre des Finances du Qatar, Ali bin Ahmed Al Kuwari, a tenu une série de réunions bilatérales avec plusieurs de ses homologues internationaux, en marge des Assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington. Il y a aussi participé à une réunion des ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du groupe MENAP (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan) sur les défis économiques régionaux, les tensions géopolitiques et la coordination des politiques pour soutenir la stabilité financière et la croissance.

Le Qatar et le Pakistan ont tenu la 1e réunion du groupe de travail conjoint sur le commerce et l’investissement afin de renforcer leur coopération économique bilatérale. Les discussions ont porté sur le développement des échanges, le renforcement des investissements et l’identification de nouvelles opportunités de partenariat.

Le fonds souverain du Qatar, la Qatar Investment Authority (QIA), a participé à une levée de fonds en « série C » d’un montant de 405 M USD de la fintech mexicaine Plata, afin d’accélérer son expansion dans la banque digitale en Amérique latine, au Mexique et en Colombie notamment et soutient le lancement du nouveau fonds régional - qui sera basé à Doha - du fonds européen de capital-risque Speedinvest, destiné à renforcer l’écosystème du capital-risque à Doha et dans la région.

L’agence de développement du Qatar, le Qatar Fund For Development (QFFD), a annoncé un appui technique au secteur financier de la Syrie afin d’identifier ses failles structurelles et réglementaires, en coopération avec le ministère des Finances du Qatar.

L’Emir du Qatar, Son Altesse Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, a reçu Wael Sawan, Directeur général (DG) de l’énergéticien britanno-néerlandaise Shell. Ils ont évoqué la coopération existante dans l’Etat du Qatar et Shell et de la manière de la développer à l’avenir. Pour rappel, l’usine Pearl GTL, qui transforme de gaz naturel en carburants, opérée conjointement par Shell et Qatar Energy (QE) a été largement endommagée lors de la crise.

Selon Reuters, l’entreprise italienne Edison - filiale du français EDF - indique que le Qatar pourrait prolonger le recours à la force majeure sur certaines livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) dans un contexte de tensions régionales. Cette perspective perturbe les flux contractuels et pousse les acheteurs européens à se tourner davantage vers le GNL américain pour compenser.

L’Autorité de l’Aviation civile du Qatar (QCAA) a annoncé la reprise progressive des opérations des compagnies aériennes étrangères vers le Qatar via l’aéroport international Hamad, dans le cadre d’un assouplissement encadré du trafic aérien.

Le Qatar a participé aux Assemblées des États membres de l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle (OMPI), réaffirmant son soutien au renforcement du système international de propriété intellectuelle.

Koweït

KPC déclare une nouvelle fois la force majeure. La holding a adressé à ses clients un avis invoquant la clause de force majeure. La Kuwait Petroleum Corporation (KPC) a justifié ce recours – qui concerne autant les livraisons de pétrole brut que celles de produits raffinés – par le blocage du détroit d’Ormuz. La KPC avait déjà invoqué la force majeure plus tôt cette année, au début du conflit. Selon Bloomberg, la démarche reflète la crainte que le Koweït ne soit pas en mesure de respecter immédiatement l'intégralité de ses engagements de livraison, même après la réouverture du détroit, la reprise devant « probablement prendre du temps ». Malgré cette déclaration, certaines sources indiquent qu’un certain niveau d’approvisionnement pourrait se maintenir, même si les volumes devraient rester limités.

Le Koweït opérationnalise progressivement son centre national de gestion des crises (AMAN). Le Centre national de gestion des crises (AMAN) a tenu des discussions avec le ministère des Travaux publics sur le renforcement de la capacité des infrastructures nationales à répondre à une crise. Les discussions ont également porté sur l'amélioration de l'efficacité des interventions d’urgence, dans le but d'assurer la continuité des services. Cette coopération s'inscrit dans le cadre d'efforts plus larges visant à mettre en place un système national complet de gestion des crises fondé sur l'intégration des rôles et l'échange d'informations afin de faire face à divers scénarios.

Le Koweït accroit ses capacités de stockage. L’administration révise le classement des terrains en vue de la création de nouvelles installations de stockage sous l’égide de la « Kuwait Storage Company », filiale du fonds souverain. Ces installations sont destinées à abriter des denrées alimentaires, des produits pharmaceutiques et des fournitures médicales, avec la possibilité d’étendre ces stocks stratégiques à l’avenir à d’autres types de marchandises. La mesure vise par ailleurs à doter différentes régions du Koweït de centres de stockage public. KSA, créée en 2023, avec un capital de d’environ 153 M USD est active dans les domaines du transport, du stockage réfrigéré et congelé, de l'entreposage douanier, pour le compte des minoteries du Koweït qui gèrent les stocks alimentaires nationaux.

Une application devient obligatoire pour tout virement de fonds vers l’étranger. La banque centrale du Koweït vient de rendre obligatoire pour les agences de change et leurs clients le recours à l’application « Kuwait Mobile ID » pour confirmer l’identité de l’auteur d’une transaction internationale depuis les bureaux de change. L’initiative s’inscrit dans la politique de numérisation de l’administration. Surtout, elle relève de la politique volontariste de l’émirat visant au renforcement des contrôles AML/CFT, en réponse à l’inscription du Koweït sur la liste grise du GAFI et au contexte régional. Les bureaux de changes sont en train d’actualiser leurs plateformes informatiques afin d’établir un lien avec l’autorité koweïtienne pour l’identité (« PACI », sorte d’ANTS) afin d’activer cette authentification en ligne.

Oman

Le rachat de Socat LLC, filiale omanaise de Sodexo, par le groupe omanais Renaissance Services est officiel depuis début avril alors que la négociation avait été finalisée en début d’année 2026. Socat est un acteur historique du marché omanais, présent depuis 1984 dans les activités de restauration collective et de gestion de services sur site qui s’est développé auprès de clients publics et privés, dans les secteurs de l’énergie (oil & gas), de la santé et des infrastructures. Renaissance Services dont la taille est beaucoup plus importante que celle de Socat est l’un des principaux acteurs omanais du « facility management » avec une offre couvrant à la fois les services maritimes, industriels et de support aux entreprises. L’opération marque le début d’une stratégie de croissance externe pour Renaissance, susceptible de se poursuivre à moyen terme. Elle illustre aussi une tendance de recomposition du marché local, où les acteurs nationaux cherchent à renforcer leur position sur des segments historiquement dominés par des groupes internationaux.

Le ministère de l’énergie et des mines a lancé une nouvelle phase d’attribution par appel d’offres de blocs d’exploration pétrolière et gazière « onshore », couvrant une superficie totale d'environ 48 000 kilomètres carrés, portant sur cinq concessions (blocs 12, 16, 42, 45 et 55) ouvertes aux investisseurs locaux et internationaux. Ces blocs sont répartis dans différentes zones de l’intérieur du pays, principalement dans des bassins sédimentaires connus mais encore partiellement explorés. Ils se situent principalement dans des régions désertiques du centre et de l’ouest d’Oman, notamment à proximité de zones déjà productrices ou prospectives. Le processus d’appel d’offres, structuré en plusieurs étapes, va de la manifestation d’intérêt à la soumission finale des propositions via une plateforme dédiée, vise à garantir transparence et compétitivité afin d’attirer des acteurs énergétiques de premier plan. Les entreprises intéressées disposent d’un délai jusqu’au 30 septembre 2026 pour se positionner.

L’African Bank of Oman (ABO) prévoit de débuter ses opérations en Angola au premier trimestre 2026, avec un capital initial estimé à près de 20 M USD. Cette nouvelle institution financière sera spécialisée dans le financement des entreprises et des projets d’investissement. La banque est détenue par un consortium de cinq sociétés omanaises : New Horizons Development LLC, Western Ocean Investment LLC, Southern Ocean Investment LLC, Renaissance National Development LLC et Northern Breeze Investment SPC. Ces entités, peu visibles sur la scène économique internationale, apparaissent comme des véhicules d’investissement dédiés à ce projet, selon une structuration classique des opérations financières transnationales. African Bank of Oman n’est pas une filiale mais une structure détenue localement par un consortium d’investisseurs via des participations au capital. L’implantation de l’ABO en Angola s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des liens économiques entre Oman et l’Afrique. Elle vise notamment à soutenir le financement de projets dans des secteurs clés tels que les infrastructures, l’énergie et les ressources naturelles, tout en facilitant les flux commerciaux entre les deux régions. À travers cette initiative, Oman confirme son intérêt croissant pour le continent africain et cherche à se positionner comme un acteur financier émergent dans les économies en développement.

Le groupe logistique national omanais Asyad Group a annoncé l’acquisition de la société britannique Ligentia, spécialisée dans les solutions logistiques. Cette opération étend le réseau d’Asyad à 24 pays et 76 villes et marque une nouvelle étape dans la stratégie d’expansion internationale du groupe, après le rachat de Skybridge Freight Solutions en 2024. L’intégration repose notamment sur la plateforme numérique Ligentix, développée par Ligentia, qui permet une gestion avancée des chaînes d’approvisionnement grâce à la visibilité en temps réel et aux analyses prédictives. L’acquisition permet également d’ajouter plus de 6000 clients internationaux au portefeuille du groupe et de renforcer son positionnement dans des secteurs à forte valeur ajoutée, tels que l’industrie, l’automobile, la distribution et le e-commerce. Un centre régional de contrôle des chaînes d’approvisionnement sera établi à Mascate afin de consolider le rôle du Sultanat comme hub logistique régional. Fondée en 1996, Ligentia dispose d’un réseau mondial de 50 bureaux et d’une présence dans des marchés clés en Europe, en Asie-Pacifique et en Amérique. Son intégration au sein d’Asyad vise à créer une plateforme logistique globale, capable de gérer des chaînes d’approvisionnement complexes de bout en bout.

Asyad Shipping, acteur majeur du transport maritime détenu par l’État omanais, a annoncé l’ajout de trois vraquiers secs de type Newcastlemax à sa flotte dans le cadre de sa stratégie d’expansion et de modernisation. Les navires Ain Garziz, Ain Razat et Ain Athum, nommés d’après des sources naturelles de la région de Dhofar, ont été acquis sous contrats à long terme pour un montant total de 209 M USD. Construits au Japon, ils affichent une capacité de 208 000 tonnes de port en lourd et sont équipés de technologies conformes aux normes environnementales de l’OMI, incluant des systèmes de réduction des émissions et de traitement des eaux ballastiques. Cette opération s’inscrit dans un plan d’investissement plus large estimé entre 2,3 et 2,7 Mds USD d’ici 2029, visant à moderniser et diversifier la flotte du groupe. Elle intervient après la commande de nouveaux pétroliers VLCC et la cession de certains navires plus anciens. Avec une flotte d’environ 80 navires, Asyad Shipping couvre plusieurs segments du transport maritime, incluant le pétrole, le gaz, les vracs secs et les conteneurs, consolidant ainsi son rôle d’opérateur maritime intégré sur les routes commerciales internationales.

L’usine pharmaceutique Izz Pharma a été inaugurée dans la ville industrielle de Nizwa, dans le gouvernorat d’Al Dakhiliyah. Le site dispose d’une capacité de production annuelle de 20 millions d’unités de solutions intraveineuses (sérum physiologique, réhydratation, médicaments injectables dilués, solutions de glucose ou électrolytes). Implantée sur 20 000 m², l’usine est équipée de technologies modernes et devrait contribuer à la création d’emplois qualifiés tout en soutenant l’expansion future vers les marchés régionaux. Ce projet s’inscrit dans les objectifs nationaux visant à porter la localisation de la production pharmaceutique à 30 % d’ici 2030, à renforcer la sécurité pharmaceutique et réduire la dépendance aux importations. Le secteur de la pharmacie, encore peu développé à Oman, dispose de 20 usines opérationnelles et environ 2000 produits sont fabriqués.

La startup omanaise de technologie hôtelière Fascano a levé 10 M USD afin d’accélérer son expansion régionale et de renforcer sa plateforme cloud dédiée au secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Fondée en 2021, l’entreprise développe une solution intégrée permettant de gérer réservations, commandes, menus digitaux et paiements sans contact via une seule plateforme. Cette levée de fonds a été réalisée avec la participation de plusieurs investisseurs, dont Future Fund Oman (FFO - une des branches du fonds souverain omanais OIA), Cyfr Capital (un fonds d’investissement privé basé dans la région du Golfe, avec une présence opérationnelle à Oman et aux ÉAU) et un investisseur individuel, Son Altesse Sayyid Kamil bin Fahd bin Mahmood Al Said. Cette opération constitue la troisième levée de fonds de la startup et confirme l’intérêt croissant des investisseurs pour les solutions technologiques appliquées au secteur de l’hôtellerie, dans un contexte de transformation numérique accélérée au Moyen-Orient.

Bahreïn

Moody’s abaisse la perspective à négative - Moody’s a abaissé la perspective de Bahreïn à négative, citant l’impact du conflit régional sur ses fondamentaux macroéconomiques. L’agence anticipe une détérioration des finances publiques et de la position extérieure, liée aux perturbations des exportations (hydrocarbures et aluminium), au recul du tourisme et à des réserves de change limitées. Dans ce contexte, le déficit budgétaire pourrait se creuser en 2026 et la dette, déjà estimée à 147 % du PIB en 2025, poursuivre sa hausse.

Lancement d’un projet de dessalement d’eau saumâtre – Le cabinet d’ingénierie Khatib & Alami a remporté un contrat de conseil de 2,2 M USD pour concevoir une usine de dessalement d’eau saumâtre à Ras Abu Jarjur. L’installation, d’une capacité d’environ 73 000 m³/jour, reposera sur la technologie d’osmose inverse. Le contrat inclut également la supervision des travaux de construction.