Flash Conjoncture Pays avancés - L’économie britannique est relativement plus exposée au choc énergétique
Avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, l’économie britannique montrait des signes d’amélioration. L’inflation – quoiqu’encore élevée − refluait graduellement, à +3,0 % en février, après un pic à 3,9 % en juillet 2025, à la faveur d’un reflux de l’inflation des services et d’une baisse des prix de l’énergie. Parallèlement, le PIB mensuel a surpris par son dynamisme en février (+0,5 % contre des anticipations de marché de +0,1 %, cf. Graphique 1), porté par les services (commerce, information et communication, transport et stockage) et une reprise du secteur industriel après des perturbations liées à une cyber-attaque dans le secteur automobile fin août 2025. L’indice PMI composite a aussi atteint en février son niveau le plus élevé depuis septembre 2024 (à 53,7). L’activité devrait ainsi accélérer au 1er trimestre 2026 après trois trimestres de croissance modeste (+0,2 % au 2e trimestre 2025 et +0,1 % aux 3e et 4e trimestres).
L’économie britannique est relativement plus exposée au conflit au Moyen-Orient et au choc énergétique associé. Parmi les pays du G7, le Royaume-Uni est celui dont les perspectives de croissance pour 2026 ont été le plus fortement abaissées dans les dernières prévisions de l’OCDE et du FMI (−0,5 pt chacun, à respectivement +0,7 % et +0,8 %). Selon le FMI, l’ampleur de cette révision s’explique par le poids élevé du gaz dans le mix énergétique britannique et dans le chauffage des ménages et une croissance en-deçà des attentes au 2nd semestre 2025. Les indicateurs conjoncturels les plus récents sont contrastés. Les coûts de production du secteur manufacturier et des services ont connu leur plus forte hausse mensuelle depuis 30 ans en avril, selon S&P. L’indice PMI composite a cependant augmenté en avril et reste au-dessus du seuil expansionniste (à 52,0 après 50,3 en mars), ce qui pourrait s’expliquer par une augmentation temporaire des achats des entreprises par anticipation d’une hausse des prix et d’éventuels problèmes d’approvisionnement.
La hausse des prix mondiaux de l’énergie devrait également alimenter l’inflation britannique, désormais attendue à +3,2 % en 2026 selon le FMI (contre +2,5 % dans ses prévisions d’octobre). Cette hausse serait toutefois graduelle, dans la mesure où (i) les prix administrés de l’énergie ont été fixés pour le 1er semestre 2026 avant le déclenchement du conflit et (ii) des mesures annoncées lors du budget d’automne 2025, entrées en vigueur le 1er avril, devraient contenir l’inflation (prise en charge d’une partie des factures d’énergie des ménages, extension du gel de la taxe sur les carburants jusqu’en septembre 2026, gel des prix des billets de train). L’inflation en mars (+3,3 %) a rebondi comme anticipé, mais l’impact de la crise énergétique sur l’inflation ne devrait pleinement se matérialiser qu’à partir de la révision des prix administrés de l’énergie en juillet. Dans ce contexte, les marchés ont révisé leurs anticipations de politique monétaire, intégrant désormais près de deux hausses de taux directeur de la Banque d’Angleterre (BoE) sur l’année, là où deux baisses étaient anticipées auparavant. Le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, a néanmoins appelé à la prudence compte tenu des incertitudes encourant la trajectoire de l’inflation et sa transmission à l’économie.
Parallèlement, le conflit au Moyen-Orient a ravivé les tensions sur les taux souverains, portant le rendement du gilt à 10 ans à son plus haut niveau depuis 2008 (cf. Graphique 2). Cette hausse renchérit le coût de financement de l’État et réduit significativement les marges de manœuvre budgétaires, dans un contexte où le service de la dette atteindrait environ 110 Md£ sur l’exercice budgétaire 2026-27 selon les dernières estimations de l’OBR n’intégrant pas le conflit au Moyen-Orient, pour une marge budgétaire estimée à 24 Md£ à horizon 2029-30. Dans ce cadre contraint, la chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, a indiqué que le gouvernement considèrerait seulement des mesures ciblées en faveur des ménages les plus vulnérables, si des mesures devaient être mises en place. L’échéance de septembre 2026, à laquelle le gouvernement a prévu de relever la taxe sur les carburants, constituera un test clé de la réponse budgétaire face au choc inflationniste.