Flash Conjoncture Pays avancés - Italie : la diminution du risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2025 est-elle durable ?
En Italie, la part de la population exposée au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale1 a diminué en 2025 (à 22,6 %, après 23,1 % en 2024), atteignant ainsi son niveau le plus bas depuis la crise sanitaire. Cette amélioration au niveau national masque toutefois des disparités territoriales marquées. Dans le Mezzogiorno (Sud et îles méditerranéennes), le taux de pauvreté ou d’exclusion sociale demeure nettement supérieur à la moyenne nationale, à près de 40 % de la population, alors que seulement environ 11 % de la population est concernée dans le Nord-Est (cf. Graphique 1).
Cette amélioration reflète principalement le recul de la part des personnes vivant dans des ménages à très faible intensité de travail, qui s’établit à 8,2 % (après 9,2 % en 2024), en lien avec le dynamisme du marché du travail observé ces dernières années. Selon l’OCDE, la création soutenue d’emplois permanents à temps plein a porté le taux d’activité des 15-74 ans à un niveau historiquement élevé. Il atteint 58,2 % en 2025, son plus haut niveau depuis 1964. Dans le même temps, le taux de risque de pauvreté demeure globalement stable (18,6 %, après 18,9 %), tandis que la part de la population en situation de privation matérielle et sociale sévère progresse (5,2 %, après 4,6 %).
Des signes de fragilité des ménages apparaissent néanmoins en 2025 et pourraient s’accentuer en 2026 avec le choc énergétique mondial provoqué par le conflit au Moyen-Orient. D’une part, la progression de la privation matérielle et sociale sévère en 2025 s’accompagne d’une dégradation des indicateurs de pauvreté énergétique. Selon le Energy Poverty Advisory Hub (EPAH) de la Commission européenne, la part de la population italienne déclarant des arriérés de paiement des factures de chauffage, d’électricité, de gaz et d’eau du logement principal au cours des douze derniers mois progresse de 4,5 % en 2024 à 5,9 % en 2025, son niveau le plus haut depuis la crise sanitaire (cf. Graphique 2). D’autre part, après trois mois de hausses consécutives, l’indice de confiance des ménages se replie en mars 2026 à 92,6 (après 97,4 en février), avec une baisse généralisée de toutes ses composantes tant sur la situation actuelle que sur les perspectives futures, dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.
Les conséquences du choc énergétique sur les ménages italiens dépendront de l’ampleur et de la persistance des tensions sur les prix de l’énergie, en particulier du gaz. L’Italie est fortement exposée aux prix du gaz, en raison d’une dépendance quasi intégrale aux importations (95 % de l’offre totale) et du rôle central du gaz naturel dans le mix électrique (44 % de la production, mais avec un rôle central dans la formation des prix de l’électricité, du fait de la tarification marginale) ainsi que dans les usages résidentiels. Par ailleurs, les ménages sont exposés aux variations de prix, en lien avec la part importante des contrats à prix variables, qui atteint 45 % pour l’électricité et 71 % le gaz en 2024.
La poursuite du conflit au Moyen-Orient pourrait enrayer la dynamique positive de réduction de l’exposition des ménages italiens au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Selon les estimations de Confcommercio2, dans son scénario de base, les tensions énergétiques liées au conflit au Moyen-Orient se traduiraient, en 2026 et 2027, par un surcoût combiné de 434 € par ménage (environ 11 % de la facture annuelle moyenne)3. La persistance des tensions énergétiques devrait directement impacter deux des treize critères de la privation matérielle et sociale sévère, à savoir l’incapacité à faire face à des dépenses imprévues et celle à éviter des arriérés de paiement, ce qui contribuerait à la détérioration des conditions de vie.
1 Il s’agit des personnes se trouvant dans au moins l’une des trois situations suivantes : (1) exposition au risque de pauvreté, (2) privation matérielle et sociale sévère, ou (3) appartenance à un ménage à très faible intensité de travail. Le risque de pauvreté concerne les personnes vivant dans des ménages dont le revenu disponible net (hors imputations et avantages en nature), mesuré sur l’année précédant l’enquête est inférieur à 60 % du revenu médian. La privation matérielle et sociale sévère correspond à la situation des personnes subissant au moins sept des treize critères définis par le cadre européen à l’horizon 2030. La très faible intensité de travail caractérise enfin les ménages dans lesquels les personnes âgées de 18 à 64 ans ont mobilisé moins de 20 % de leur potentiel de travail au cours de l’année précédente.
2 La Confédération générale italienne des entreprises, des activités professionnelles et de l’auto-emploi.
3 L’hypothèse structurante repose sur un maintien du prix du pétrole autour de 100 $ le baril jusqu’au 31 mai 2026. Dans le scénario le plus défavorable, caractérisé par un maintien de ce niveau de prix jusqu’en février 2027, le surcoût est estimé à presque 1 000 € à l’horizon 2027. À titre de contexte, selon le ministère italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique (MASE), en 2023, les dépenses énergétiques d’un ménage type ont atteint 4 008 €. Elles ont été constituées pour 46 % de dépenses de carburants, pour 33 % de dépenses de gaz et pour 22 % de dépenses d’électricité.