Toute l'actualité économique et financière hebdomadaire de l'Arabie Saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Koweït, d'Oman, du Qatar et du Yémen.

La lumière (verte) au bout du détroit : la guerre, accélératrice de la révolution énergétique 

L’établissement du cessez-le-feu provisoire entre les Etats-Unis et l’Iran ouvre pour les pays du CCEAG une période d’incertitude qui pourrait se prolonger. Cette incertitude est suscitée par les désaccords déjà apparents entre les Etats-Unis et l’Iran concernant les termes même du cessez-le-feu et du retour à la paix. Elle concerne au premier chef ce qui fut le point névralgique de la guerre, le détroit d’Ormuz, dont la réouverture demeure hypothétique et le statut final (libre passage ou système de péage administré par les deux pays riverains du détroit, l’Iran et Oman) objet d’un désaccord a priori insoluble entre les deux ex-belligérants. Même dans un scénario optimiste, ce désaccord ne sera sans doute pas résolu de sitôt. En conséquence, le trafic dans le détroit ne retrouvera sans doute pas avant longtemps son niveau d’avant-guerre.

L’une des implications de cette situation est que le choc pétrolier et gazier engendré par la guerre pourrait s’atténuer, mais non se résorber entièrement. L’atténuation pourrait résulter, d’une part du libre passage du détroit accordé par l’Iran aux pays jugés amis, aux navires disposés à s’acquitter d’un éventuel droit de passage, et bien sûr à ses propres pétroliers (ces derniers transporteraient déjà environ 2 Mb/j), d’autre part de la sécurisation accrue des routes alternatives au détroit. En particulier, un arrêt effectif des attaques contre le port émirien de Fujairah pourrait permettre aux EAU d’utiliser celui-ci à pleine capacité, tant pour leurs importations que pour leurs exportations pétrolières via l’oléoduc ADCOP (1). L’utilisation à pleine capacité de l’oléoduc saoudien Petroline et du port de Yanbu, sur la mer Rouge (7 Mb/j affichés, soit la quasi-totalité des exportations saoudiennes avant-guerre), devrait également se poursuivre. Mais même ces capacités additionnelles n’équivaudraient pas à un retour complet à la situation antérieure au conflit (2). Ces calculs n’intègrent pas non plus le temps nécessaire à la remise en état des infrastructures physiques endommagées ou détruites pendant le conflit – en particulier les terminaux GNL au Qatar, qui ne pourront pas reprendre leurs exportations avant plusieurs mois. A tout cela s’ajoutera un temps de latence de quelques semaines entre un retour à la normale dans le Golfe et le réapprovisionnement effectif des marchés mondiaux.

L’addition de toutes ces incertitudes, que les calculs de risques effectués par les acteurs de marché pourraient amplifier, signifie que, même dans l’hypothèse optimiste d’un maintien durable du cessez-le-feu, le prix du baril devrait rester à un niveau élevé au cours des prochains mois. La démonstration faite ces dernières semaines des dangers de la dépendance mondiale aux hydrocarbures restera quant à elle valide pour l’avenir.

La conséquence, déjà observée, devrait être un recours limité mais néanmoins accru aux énergies alternatives au pétrole et au gaz. Outre un usage prolongé des centrales à charbon dans la plupart des pays disposant de cette ressource, ce phénomène devrait se traduire par une accélération de la montée en puissance, déjà engagée, des énergies renouvelables et du nucléaire.

Le modèle d’un déploiement accéléré des ENR au service d’une électrification massive de usages finaux est aujourd’hui fourni par la Chine. Quoi que sa consommation d’hydrocarbures et surtout de charbon demeure élevée, la Chine a représenté environ un tiers des investissements mondiaux dans les ENR en 2025. Elle contrôle aujourd’hui entre 60% et 85% de la chaîne d'approvisionnement mondiale en technologies ENR (panneaux solaires, éoliennes, batteries, pompes à chaleur) et est par ailleurs hégémonique dans l’extraction de la plupart des terres rares indispensables à ces technologies. Son électricité, décarbonée à plus de 40%, représente aujourd’hui plus du tiers de sa demande énergétique finale (contre un peu plus de 20% pour les Etats-Unis et l’Union européenne). L’offre chinoise est de plus en plus attractive, notamment pour un nombre croissant de pays en développement. Les exportations chinoises de technologies ENR ont représenté environ 145 Mds $ en 2025 (contre environ 32 Mds $ en 2018) et les exportations chinoises de véhicules électriques ont augmenté de 26% en 2025 par rapport à 2024, ou environ +1600% par rapport à 2019.

Certains pays du CCEAG paraissent vouloir accompagner cette accélération de la transition énergétique. Les EAU et l’Arabie saoudite, en particulier, ont engagé depuis quelques années des politiques de diversification de leur production électrique : l’Arabie saoudite vise 50% d’ENR dans sa production électrique en 2030, et cette part dépasse déjà 20% aux EAU. Le récent conflit pourrait accélérer l’interconnexion des réseaux électriques des pays de la péninsule arabique. L’Autorité d’interconnexion du CCEAG (GCC Interconnexion Authority, basée à Damman), aujourd’hui principalement une plateforme pour le trading énergétique, réfléchit désormais à la création d’un véritable marché régional de l’électricité. Un tel marché régional aurait incidemment pour effet de renforcer la stabilité et l’attractivité des ENR électriques, et donc d’accélérer leur déploiement.

Plusieurs acteurs du CCEAG cherchent également à renforcer leur positionnement sur les ENR à l’international. Masdar et TotalEnergies ont ainsi annoncé le 2 avril la création d’une coentreprise d’une valeur de 2,2 milliards de dollars visant à accélérer la croissance des énergies renouvelables dans 9 pays d’Asie. Les actifs combinés de cette nouvelle plateforme, basée à Abou Dabi, représentent 3 GW de capacité opérationnelle et 6 GW en développement avancé. Cette annonce est emblématique du nouveau positionnement commercial de plusieurs entreprises énergétiques du CCEAG (le saoudien ACWA Power, notamment, poursuit une stratégie similaire d’expansion en Afrique et en Asie), que la guerre récente devrait accélérer. Un éventuel renforcement, à plus ou moins long terme, de l’influence chinoise dans le Golfe pourrait accentuer cette tendance, via un renforcement du poids des acteurs chinois des ENR parmi les partenaires privilégiés des entités énergétiques golfiques.

(1) Dont la capacité maximale d’environ 1,8 Mb/j, utilisée aux deux tiers avant le conflit, représente environ 60% des exportations émiriennes d’avant-guerre.

(2) Pour rappel, le transit pétrolier (brut + produits pétroliers) via le détroit d’Ormuz était d’environ 20 Mb/j avant la guerre.

(3) Rosatom contrôle plus de 40 % des capacités mondiales de conversion et d’enrichissement de l’uranium et a fourni près de la moitié des réacteurs nucléaires exportés depuis 2020

Quentin Perret, conseiller développement durable

 

Brèves économiques 

Arabie saoudite

Macroéconomie & Finance

Les avoirs extérieurs de la SAMA ont atteint 1 780 Md SAR (476 Md USD) en janvier, en hausse de 10 % sur un an, soit un niveau suffisant pour couvrir environ 22 mois d’importations, contre une moyenne mondiale proche de six mois. Ce ratio, le plus élevé du G20, illustre la capacité du Royaume à absorber des chocs externes tout en soutenant le peg du riyal et le financement des importations stratégiques. Cette dynamique reflète également le choix des autorités de préserver les réserves malgré les déficits budgétaires en privilégiant le recours au marché, ce qui renforce la résilience macrofinancière du Royaume.

Le PMI Riyad Bank est tombé à 48,8 points en mars, contre 56,1 en février, repassant sous le seuil des 50 points pour la première fois depuis août 2020. Le repli reflète une nette baisse des nouvelles commandes et des exportations, affectées par les perturbations logistiques régionales. Malgré ce choc, les anticipations à douze mois restent positives, soutenues par la poursuite des projets publics et des dépenses d’investissement, ce qui suggère à ce stade un ralentissement conjoncturel davantage lié aux tensions régionales qu’à un affaiblissement structurel de la demande domestique.

La capitalisation du marché principal saoudien (TASI) a atteint 9 859 Md SAR (2 630 Md USD) fin mars 2026, en hausse de 7,9 % sur un mois (+192 Md USD). Cette progression est principalement portée par les investisseurs domestiques, notamment les entités publiques (+135 Md USD). La part des investisseurs étrangers s’établit à 123 Md USD, soit 4,69 % du total, en léger recul par rapport au mois précédent, confirmant le poids prépondérant des acteurs locaux dans la structure de marché.

Energie, Transports & Industrie

La Royal Commission for Makkah City & Holy Sites (RCMC) prévoit le développement d’un aéroport à La Mecque afin de renforcer les infrastructures de transport face à l’augmentation du nombre de pèlerins (plus de 18 millions de pèlerins étrangers pour l’Umrah en 2025, soit +214 % depuis 2022). Le projet, dont les orientations stratégiques ont été approuvées, devrait être développé en partenariat avec le secteur privé, sans remettre en cause l’équilibre des infrastructures aéroportuaires régionales. Il s’inscrit dans un programme plus large d’investissements dans les transports, incluant notamment le projet de métro de La Mecque (réseau de 4 lignes, 89 stations), actuellement en phase d’études et de structuration, avec un déploiement prévu entre 2032 et 2045.

Saudi Power Procurement Company (SPPC) prévoit de lancer prochainement l’appel d’offres pour une première tranche de 2 GW de capacités de stockage par batteries (BESS), dans le cadre d’un programme visant à déployer jusqu’à 10 GW d’ici 2030. Le projet sera structuré selon un modèle de producteur indépendant d’électricité (IPP), dans lequel des acteurs privés financent, construisent et exploitent les installations. Il prévoit le développement de plusieurs unités (50 à 300 MW) à proximité des centres de consommation afin de renforcer la stabilité du réseau et accompagner l’intégration croissante des énergies renouvelables. Il s’inscrit dans la stratégie énergétique saoudienne, qui vise notamment à porter la part des renouvelables à 50 % du mix électrique à horizon 2030.

Le groupe Sadara (coentreprise entre Saudi Aramco et Dow) a annoncé la suspension temporaire de ses activités de production sur son complexe pétrochimique de Jubail (capacité >3 Mt/an), en raison de perturbations des chaînes d’approvisionnement liées au conflit régional. L’entreprise n’a pas été en mesure de préciser de calendrier de reprise, indiquant que celui-ci dépendra de facteurs domestiques et internationaux. Cette interruption devrait peser sur ses résultats 2026, alors que Sadara a déjà enregistré une perte nette de 5,8 Md SAR (1,5 Md USD) en 2025, dans un contexte de baisse des volumes et de compression des marges.

Neom a annulé un projet d’usine de dessalement par osmose inverse d’une capacité de 150 000 m³/jour, initialement lancé en appel d’offres en 2024, sans perspective de relance sous une nouvelle forme. Cette décision s’inscrit dans une révision plus large des priorités du projet, après l’abandon récent de plusieurs contrats (tunnels de The Line, Ski Village de Trojena) et d’autres projets de dessalement. Elle reflète un recentrage des investissements vers des projets jugés plus prioritaires, dans un contexte de contraintes financières accrues et d’évolution stratégique de Neom, avec une orientation accrue vers des activités industrielles et de data centers.

Émirats arabes unis

Macroéconomie & Finance

Fitch Ratings identifie les prêts immobiliers comme la principale source potentielle de tensions pour les banques émiriennes dans un scénario de conflit prolongé, en raison d’un risque accru de dégradation de la qualité des actifs, de la rentabilité et des coussins de capital si la correction des prix immobiliers dépasse ses projections d’avant-guerre. L’agence anticipait déjà une baisse pouvant aller jusqu’à 15 % des prix immobiliers aux EAU sur le second semestre 2025 et 2026, mais estime désormais que les retombées du conflit pourraient accentuer cette correction. Les prêts à l’immobilier d’entreprise représentaient 13 % des encours bruts fin 2025, contre 20 % fin 2021. Sur le plan prudentiel, Fitch identifie Al Masraf Bank et CBI comme les établissements disposant des marges de manœuvre les plus limitées en fonds propres CET1 dans un scénario de stress sévère, tandis qu’un choc de liquidité correspondant à une fuite de 10 % des dépôts resterait absorbable par toutes les banques notées.

L’indice principal de la Bourse de Dubaï a bondi de 8,5 % après l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, soit sa plus forte hausse journalière depuis décembre 2014. À Abou Dabi, l’ADX General Index était en hausse de 3,5 %, signant sa meilleure performance depuis mars 2024. L’accord, conclu en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz, a également entraîné une chute du Brent pouvant atteindre 16 % et un rebond des marchés mondiaux.

Abou Dabi a récemment levé 2,5 Md USD via des placements obligataires privés, en rouvrant jeudi une émission arrivant à échéance en 2034 pour 500 M USD, après avoir déjà levé la veille 2 Md USD sur cette même maturité ainsi que sur une émission 2029. Ces opérations, conduites par Standard Chartered, interviennent dans un contexte où les marchés obligataires publics du Golfe restent largement fermés depuis le début du conflit avec l’Iran le 28 février. Le rendement des obligations d’Abou Dabi à échéance comparable évolue autour de 4,6 %, après avoir atteint un quasi plus haut sur un an à 4,765 % en mars.

Energie, Transports & Tech

G42 maintient ses ambitions d’expansion internationale malgré les perturbations liées au conflit avec l’Iran, qui a touché des aéroports, ports et au moins un centre de données aux EAU. Le groupe poursuit son projet de campus de data centers de 5 gigawatts aux Émirats, dont une première tranche de 200 mégawatts doit entrer en service cette année, avec OpenAI, Microsoft et potentiellement d’autres acteurs américains comme clients. Le coût total du site pourrait atteindre 250 Md USD selon Bloomberg. G42 avait obtenu l’autorisation d’importer l’équivalent de 35 000 puces avancées de Nvidia et discute aussi avec Google d’un recours à ses TPU, dans le cadre d’une stratégie visant à faire des EAU un pôle mondial de l’IA. Le groupe affirme que sa trajectoire « reste inchangée », tandis que Washington continue d’afficher sa confiance dans le climat d’affaires aux EAU et dans la poursuite des investissements technologiques.

Les autorités émiriennes ont dévoilé le 6 avril les détails du quatrième corridor fédéral, un programme routier de 6 Md AED (1,63 Md USD) destiné à renforcer la connectivité entre émirats. Le projet prévoit un corridor de 68 km comprenant 10 échangeurs majeurs, 4 ponts routiers et entre 6 et 8 voies dans chaque sens. Le Conseil des infrastructures et du logement a également examiné l’avancement d’autres projets fédéraux, notamment le raccordement d’Ajman aux troisième et quatrième corridors, ainsi qu’une étude sur les liaisons de transport entre Dubaï, Sharjah et Ajman. Cette dernière prévoit 10 itinéraires prioritaires intégrant des bus rapides et des voies dédiées, avec des connexions vers des pôles clés comme le métro de Dubaï et les centres-villes.

Qatar

La Qatar Investment Authority (QIA) a participé à la levée de fonds en série G de 575 M USD dans la startup américaine de medtech WHOOP. Ce financement permettra à l’entreprise, désormais valorisée 10,1 Mds USD, d’accélérer la création d’une plateforme mondiale de santé. La startup a par ailleurs signé un partenariat avec le PSG, qui appartient à la Qatar Sport Investment (QSI), filiale de la QIA, jusqu’en 2029.

Deux méthaniers transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar ont tenté de passer le détroit d’Ormuz, mais auraient finalement fait demi-tour. Les méthaniers Al Daayen et Rasheeda avaient chargé leur cargaison à Ras Laffan fin février et avaient initialement indiqué se diriger vers la Chine et le Pakistan.

Invest Qatar, l’agence de promotion des investissements du Qatar, a réuni les dirigeants d’entreprises étrangères présentes au Qatar pour réaffirmer la volonté de l’Etat de maintenir la stabilité et la résilience de l’économie qatarienne.

Le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MOCI) et la Qatar Development Bank (QDB) ont tenu une réunion de coordination entre fournisseurs et entreprises locales afin de renforcer la résilience et la continuité des chaînes d’approvisionnement.

Le Comité national du système douanier et de la Facilitation du commerce transfrontalier a revu les procédures d’import-export visant à accélérer les procédures de dédouanement et à réduire les délais de traitement des transactions.

Le Qatar a annoncé repousser sine die la 6e édition du Qatar Economic Forum (QEF), coorganisé par l’agence Bloomberg et Media City Qatar. Le forum devait initialement se tenir du 12 au 14 mai.

Koweït

Les transactions en cash, une peau de chagrin.  Le ministère koweïtien du Commerce et de l'Industrie a interdit les transactions en espèces d'un montant supérieur à 10 dinars koweïtiens dans plusieurs secteurs. L’arrêté oblige les entités concernées à recourir exclusivement aux moyens de paiement électroniques. Elle s'applique notamment aux établissements de santé, coiffeurs et barbiers, clubs sportifs, entreprises de lutte contre les nuisibles et les rongeurs. Elle concerne également l'importation, l'exportation et le stockage de pesticides à usage sanitaire.

Pétrole, et si le Koweït allait voir ailleurs ? Plusieurs analystes réfléchissent aux différentes options qui permettraient de compenser les pertes actuellement subies par le secteur pétrolier koweïtien en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz. Selon l'expert pétrolier Abdullah Al-Kandari, la meilleure stratégie consisterait à étendre les activités d'exploration pétrolière et gazière à l'étranger afin de diversifier les sources de revenus de la holding KPC. M. Al-Kandari a toutefois souligné que l'exploration internationale exigeait de la patience, et insisté sur le fait que les investissements de la KPC s'étendaient déjà à l'Inde, à la Chine et au Pakistan, avec des bureaux régionaux au Japon et en Corée du Sud, en plus d'investissements en Australie, au Vietnam, à Oman, en Égypte et en Italie.

« Ptet ben que oui, ptet ben que non » … Moody’s ne se prononce pas sur les effets de la crise sur le Koweït. D’une part, l’agence a affirmé que le Koweït détenait des actifs financiers souverains substantiels et des réserves solides, ce qui lui permettait de maintenir sa stabilité financière même si le détroit d’Ormuz restait fermé pendant une période prolongée. D’autre part, Moody’s a souligné que le Koweït restait une des économies du Golfe les plus exposées en raison de sa forte dépendance aux revenus pétroliers et de l’absence de routes d’exportation alternatives contournant le détroit. Sur les perspectives à long terme, l'agence a averti que « l'instabilité continue pourrait saper les efforts visant à diversifier les économies », en particulier dans les secteurs du tourisme ou de la logistique. L’agence a indiqué qu’« une incertitude prolongée pourrait affaiblir les entrées de capitaux et ralentir les plans de développement » mais que « tout relâchement des tensions pourrait conduire à un regain d’investissements, à un commerce plus fort et à une croissance économique améliorée à moyen terme ».

Construction : les autorités veulent passer la vitesse supérieure. Le Ministre des Finances a demandé aux établissements du secteur public d'accélérer la mise en œuvre des projets du budget 2026-2027 (entré en vigueur le 1er avril). Il s’agit de préserver la croissance économique d’accroître la contribution des revenus non pétroliers aux recettes publiques. Les administrations chargées de superviser les appels d’offre (Agence centrale pour les appels d'offres publics, Bureau d'audit de l'État et le Ministère de la Fatwa et de la législation) ont été priées d’examiner avec diligence les projets qui leur étaient présentés. Le budget 2026/27 détaille 117 nouveaux projets et reprend 51 projets déjà engagés au cours de l’exercice précédent, pour un coût de réalisation total de 3 Mds KWD (environ 10 Mds USD).

Oman

Le gouvernement d'Oman a acquis 90 % de SalamAir auprès de Muscat National Development and Investment Company, un consortium d'entités parapubliques omanaises. Le ministre des Transports a indiqué que cette prise de contrôle va i) faciliter la coordination du réseau et de la flotte entre les deux compagnies aériennes ; ii) permettre de minimiser le chevauchement de leurs réseaux (les deux compagnies sont aujourd’hui en concurrence directe sur 16 destinations au départ de Mascate dont Salalah, plusieurs villes de pays du Golfe et d’Inde ainsi que Karachi, Dhaka et Bangkok) ; iii) améliorer la « solvabilité financière » des deux compagnies. Toutefois, cette opération ne conduira pas à la fusion des compagnies aériennes qui continueront d'opérer comme des marques totalement indépendantes et maintiendront leur identité opérationnelle, avec des stratégies de gestion, de finances et d'opérations distinctes. Oman Air et SalamAir ont toutes deux fait face à une forte concurrence sur des routes similaires de la part des transporteurs régionaux, ce qui a entraîné sue elles des pressions financières. L'intervention du gouvernement vise donc à améliorer la performance opérationnelle de SalamAir tout en la maintenant comme transporteur concurrentiel à bas coût. La flotte de SalamAir comprend actuellement six A320-200N, cinq A321-200N, un A321-200NX, et trois A321-200NX(LR) alors que la flotte d'Oman Air comprend dix-huit B737-8, quatre B737-800, deux B737-900ER et neuf B787-9. D’autre part, le ministre a fait savoir que le gouvernement étudiait des options pour lancer une troisième compagnie aérienne, ciblant le marché régional, qui pourrait être incorporée en tant que filiale de SalamAir ou d'Oman Air.

Une nouvelle mesure temporaire de facilitation douanière (avis douanier n° 06/2026 du 4 avril) a été mise en place par les douanes de Dubaï et d’Oman qui vient compléter le dispositif du « corridor vert ». Pour rappel, ce dispositif avait été mis en place par avis douanier n° 04/2026 du 16 mars afin de faciliter l’acheminement des cargaisons initialement destinées à Dubaï et redirigées vers les ports omanais pour être transportées par camions sous scellés douanier vers Dubaï en passant par le poste de frontière à Hatta. Le nouvel avis douanier permet maintenant le sens inverse des flux commerciaux et dispose que les cargaisons internationales arrivant à Dubaï par voie maritime (port de Jebel Ali ou ses zones franches) ou aérienne peuvent être dédouanées sous régime de transit, puis acheminées par camion sous scellés douaniers jusqu’à Oman via le poste frontière de Hatta. Une fois entrées sur le territoire omanais, elles sont dirigées vers les ports (Sohar, Duqm, Salalah) ou les aéroports du sultanat pour être réexportées vers des marchés tiers, sans mise en consommation locale.

Trois producteurs indépendants d’électricité omanais (Phoenix Power Company, Al Batinah Power Company et Al Suwadi Power Company) ont annoncé la signature le 7 avril de nouveaux accords d’achat d’électricité (PPA) avec Nama Power and Water Procurement Company (NPWP), l’unique acheteur d’électricité et d’eau du Sultanat. Ces nouveaux contrats prolongent la durée de vie opérationnelle de leurs centrales thermiques alimentées au gaz de 15 années supplémentaires, à l’issue des PPA actuels. Ensemble, ces actifs représentent plus de 3 500 MW, soit environ la moitié de la capacité de production au gaz du système interconnecté principal (MIS), qui alimente la majeure partie du nord d’Oman.

Phoenix Power Company bénéficiera d’un nouveau contrat courant du 1er avril 2029 au 31 mars 2044, avec une capacité contractualisée comprise entre 1 978 et 2 074 MW. Al Batinah Power Company et Al Suwadi Power Company ont signé des PPA pour leurs centrales respectives (746 MW chacune), valables du 1er avril 2028 au 31 mars 2045. Ces accords présentent plusieurs enjeux stratégiques majeurs pour le système électrique d’Oman. Ils contribuent d’abord à renforcer la sécurité énergétique en assurant la continuité de l’approvisionnement grâce à la prolongation de centrales performantes, alors même que certaines unités plus anciennes sont appelées à être progressivement mises hors service. Sur le plan économique, ces nouveaux PPA permettent d’améliorer l’efficacité des coûts, notamment via une optimisation de la consommation de gaz et des conditions contractuelles plus compétitives. Ils participent également à la stabilité du réseau électrique en renforçant sa résilience face à l’intégration croissante des énergies renouvelables, dont la production est par nature intermittente.

Le Sultanat connait une expansion de la culture du blé dans le cadre de sa stratégie de sécurité alimentaire. Cette dynamique repose sur un soutien public renforcé et sur l’introduction de technologies agricoles modernes visant à améliorer les rendements et structurer une production locale encore limitée. La demande annuelle de blé du pays est estimée à environ 350 000 tonnes, tandis que les importations (principalement assurées par Salalah Mills et Oman Flour Mills) atteignent près de 900 000 tonnes, incluant des volumes destinés à la transformation et à la réexportation. Afin de sécuriser l’approvisionnement, les autorités soutiennent le stockage stratégique dans des silos et ont mis en place, à la suite de la crise ukrainienne, un programme d’appui à la filière, tout en encourageant l’achat de production locale. Sur le plan agricole, la campagne 2025-2026 s’annonce favorable. La récolte, débutée à la mi-mars, monte en puissance en avril et mai, avec des signaux positifs dans plusieurs régions, notamment le Najd (Dhofar) et Al Mudhaibi (Sharqiyah du Nord). L’expansion des surfaces est notable ce qui traduit une montée en puissance progressive de la filière. Malgré ces avancées, la production nationale reste encore marginale : elle a atteint environ 10 128 tonnes lors de la saison 2024-2025, soit une fraction des besoins domestiques, ce qui souligne la dépendance structurelle du pays aux importations. Dans ce contexte, le gouvernement poursuit la mise en œuvre du programme d’expansion de la culture du blé (2023-2027), qui vise à accroître significativement la production grâce à l’introduction de variétés à haut rendement, à la modernisation des équipements et à l’appui technique aux agriculteurs. À court terme, certaines zones, notamment dans le Najd, pourraient dépasser 8 000 tonnes de production, illustrant une progression réelle mais encore insuffisante pour combler l’écart entre offre locale et demande nationale.

Ce programme comprend à la fois la construction de nouvelles infrastructures, la modernisation des axes existants et le renforcement de la maintenance routière, notamment pour les routes dégradées par des facteurs climatiques ou arrivées en fin de vie. L’objectif est d’améliorer la fluidité du trafic et la sécurité sur l’ensemble du réseau. Parmi les projets structurants figure l’extension de l’autoroute de Mascate, reliant le parc naturel d’Al Qurum à Halban. Cette refonte vise à réduire durablement la congestion, en agissant non seulement sur la capacité mais aussi sur la conception des entrées, sorties et intersections. Le projet prévoit une meilleure séparation des flux de circulation afin de limiter les ralentissements en chaîne à l’origine des embouteillages. En parallèle, plusieurs projets majeurs sont en cours ou programmés, notamment la mise à double chaussée de la route Ibra (Al-Yahmedi -Al-Qafisi), pour un coût de plus de 186 M OMR (484 M USD), ainsi que l’achèvement ou l’extension de plusieurs axes importants à travers le pays : Al-Ansab - Al-Jafnain, Raysut - Al-Mughsail, Adam - Thamrait, Harweeb - Mitan (Dhofar) et Farq - Nizwa. Ces projets visent à améliorer les liaisons entre les différentes régions et à faciliter les déplacements. Le financement figure dans le budget de l’État pour 2026, qui prévoit environ 900 M OMR (2,3 Md USD) de dépenses de développement, incluant le secteur routier.

La banque a développé ce dispositif en partenariat avec l’entreprise américaine Dynatrace, afin de mieux piloter ses opérations numériques critiques et renforcer sa capacité de réaction face aux incidents. Il repose sur une plateforme d’observabilité alimentée par l’intelligence artificielle, qui centralise et analyse en temps réel les données issues de l’ensemble des systèmes de la banque : applications cœur bancaire, services de paiement, canaux de distribution et interfaces digitales destinées aux clients. En remplaçant plus de vingt outils de surveillance distincts par une solution unifiée, la banque a significativement amélioré sa visibilité opérationnelle et réduit son temps moyen de détection des incidents. Le centre de commandement (Enterprise Command Center ») permet ainsi de passer d’une gestion fragmentée et réactive des incidents à une approche proactive et coordonnée, fondée sur des analyses automatisées et des alertes intelligentes. Les équipes disposent désormais d’une vue consolidée leur permettant d’identifier plus rapidement les anomalies, d’en comprendre les causes et d’intervenir avant que les perturbations n’affectent les services aux clients. Cette organisation vise également à renforcer les capacités internes et à limiter la dépendance aux prestataires externes. Depuis son déploiement, la banque enregistre des gains mesurables en matière de performance opérationnelle et de fiabilité des services numériques. À plus long terme, la prochaine phase du projet prévoit une évolution vers des capacités prédictives, avec le développement d’outils d’apprentissage automatique permettant d’anticiper les incidents, d’automatiser leur résolution (jusqu’au “zero-touch”) et d’intervenir avant tout impact sur les clients.

En 2025, le secteur de la pêche à Oman a poursuivi sa croissance, avec une valeur totale des débarquements de poissons atteignant 576,2 M OMR (1,5 Md USD), soit une progression de 12,7 % par rapport à l’année précédente, où elle s’élevait à 511,3 M OMR (1,3 Md USD). Le volume global des captures a atteint 798 615 tonnes, en hausse de 3,7 % par rapport aux 769 769 tonnes enregistrées en 2024. La pêche artisanale reste le moteur principal du secteur, représentant 715 745 tonnes de captures, soit une augmentation de 3,3 %. La pêche commerciale a également progressé, avec 74 461 tonnes débarquées, soit une hausse de 8,7 %, tandis que la pêche côtière a légèrement augmenté à 8 409 tonnes. La répartition géographique des captures montre que le gouvernorat d’Al Wusta a enregistré la plus grande part de la pêche artisanale avec 246 183 tonnes, suivi du sud d’Al Sharqiyah avec 222 726 tonnes. Les régions de Batinah Nord et Sud ont totalisé 84 883 tonnes, Dhofar 73 824 tonnes, Musandam 50 489 tonnes, et Mascate 37 640 tonnes. Par catégorie d’espèces, les petits poissons pélagiques représentent la majorité des captures artisanales avec 372 740 tonnes, suivis des gros poissons pélagiques (211 776 tonnes) et des poissons démersaux (101 291 tonnes). Les crustacés et mollusques ont totalisé 11 844 tonnes, tandis que les autres espèces ont représenté 11 004 tonnes, les requins constituant le volume le plus faible avec 7 090 tonnes. Ces résultats confirment une croissance régulière et soutenue du secteur de la pêche à Oman, portée par une demande croissante, l’amélioration de la capacité de production et le développement continu des différentes filières artisanales et commerciales. Cette croissance s’appuie sur le développement des infrastructures, la création de comités maritimes communautaires et des programmes de soutien ciblés aux pêcheurs, qui contribuent à la durabilité du secteur et à sa contribution à la sécurité alimentaire et à la diversification économique. Le littoral de Mascate, riche en ressources halieutiques, constitue un atout majeur pour l’activité économique locale, avec des progrès notables tels que le développement de ports de pêche modernes, l’amélioration des installations de débarquement et le lancement d’initiatives aquacoles comme des fermes flottantes et des écloseries. 

Bahreïn

La banque centrale de Bahreïn a signé le 8 avril un accord de swap de devises avec les Émirats arabes unis d’un montant de 20 Md AED (5,4 Md USD) sur cinq ans. L’accord vise à renforcer la liquidité en devises locales et à soutenir les règlements bilatéraux. Pour Bahreïn, il contribue surtout à conforter le coussin de réserves et la crédibilité du peg du dinar, dans un contexte de besoins de financement élevés.

Aluminium Bahrain (Alba) a confirmé que son site de production d’aluminium a été touché le 28 mars lors d’une attaque régionale, entraînant des blessures légères pour deux employés. L’entreprise évalue actuellement l’ampleur des dommages, tout en indiquant que la sécurité et la continuité des opérations restent prioritaires. Cette attaque intervient dans un contexte déjà dégradé, Alba ayant engagé en amont une réduction partielle de sa production (19 % de capacité). Elle souligne la vulnérabilité des infrastructures industrielles stratégiques de la région, alors que le groupe dispose d’une capacité annuelle d’environ 1,6 million de tonnes.